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La responsabilité des parents et le syndrome de Jean-Jacques

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Mathilde Cybulski / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Émeutes à Strasbourg le 29 juin à la suite de la mort de Nahel.

Henri Quantin - publié le 05/07/23

L’appel du président de la République à la responsabilité des parents d’enfants émeutiers est bienvenue. Il faudrait cependant, note l’écrivain Henri Quantin, que la République cesse de prétendre que l’État est meilleur éducateur que les familles.

« Je terminerai mon propos en appelant tous les parents à la responsabilité. » La déclaration d’Emmanuel Macron, depuis la cellule de crise interministérielle, n’est pas passé inaperçue, parfois seulement à cause de son allusion aux jeux vidéo, remarque déjà faite par Donald Trump après la tuerie d’El Paso en 2019. On peut douter que le rapprochement soit du goût de l’un comme de l’autre président. Difficile de ne pas noter, en tout cas, qu’Emmanuel Macron semblait délimiter le périmètre des responsabilités de l’État, pour le réduire comme il pouvait, suggérant qu’il était pris entre un échelon plus petit, la famille, et un échelon plus grand, les réseaux sociaux. Le Président avait quelque chose du professeur chahuté et fatigué, tenant à rappeler qu’il n’est pas chargé de l’éducation de ses élèves qui, en outre, croient plus facilement l’Internet que ce qu’ils entendent en cours.  

Plein exercice de la responsabilité parentale

L’appel, initialement, portait surtout sur l’interdiction de sortie des enfants : « C’est la responsabilité des parents de les garder au domicile. » Suivait toutefois une affirmation que nous garderions volontiers comme la plus importante du quinquennat, si elle avait la moindre chance d’être mise en pratique : « Il est important pour la quiétude de tous que la responsabilité parentale puisse pleinement s’exercer. » Exercer pleinement la responsabilité parentale ! Je ne sais ce qu’en pensent les parents des émeutiers saccageurs, mais voilà bien ce que réclament bien des pères et des mères, face à une République de plus en plus ivre de sa certitude de mieux éduquer — ce qui n’est pas élever — que la famille. On pourrait appeler cette prétention indue de la République le syndrome de Jean-Jacques. Rousseau, en effet, estimait que l’État ferait du bien meilleur travail éducatif que lui : il abandonna ses cinq enfants à l’assistance publique… ce qui lui valut quelques sarcasmes de Voltaire lorsqu’il écrivit son Émile.

Plein exercice de la responsabilité parentale. Si l’appel du président tranchait enfin avec le syndrome de Jean-Jacques, un bien sortirait paradoxalement du chaos urbain de Nanterre et d’ailleurs. Mais quelle crédibilité peuvent accorder aux propos d’Emmanuel Macron les auditeurs qui ont vu son gouvernement et, avant lui, ceux auxquels il a participé, affirmer qu’il fallait « arracher l’enfant au déterminisme familial » pour en faire un citoyen, qu’il était vital d’interdire l’école à la maison pour éradiquer le séparatisme, et, plus généralement, que la mission principale de l’Éducation nationale était l’« émancipation » ? Cyniques ou sincères, tous ses discours présupposent que l’éducation reçue des parents est dans le meilleur des cas à rectifier, dans le pire des cas à effacer. En appuyant sur la touche cancel ?  

La prétention exorbitante de l’État

La vision officielle de la laïcité à l’école, comparant l’héritage familial à un vêtement qu’on déposerait sur un porte-manteau en entrant et qu’on reprendrait en sortant, n’est elle-même guère propice à ce que « la responsabilité parentale puisse pleinement s’exercer ». L’élève doit-il cesser d’être fils de son père et de sa mère quand il écoute un cours ? Le redevient-il seulement par magie, quand ses parents sont convoqués par un professeur ? L’éducation familiale peut-elle raisonnablement être assimilée à un élément vestimentaire, dont on pourrait changer, c’est le cas de le dire, comme de chemise ?

« Et donc, a conclu le président Macron, j’en appelle au sens de la responsabilité des mères et des pères de famille. La République n’a pas vocation à se substituer à eux. » Voilà qui est très bien dit, mais qui est hélas, contredit chaque jour par une prétention exorbitante de l’État, notamment dans l’Éducation nationale, à prendre la place de la famille. La République n’a pas vocation à se substituer aux mères et aux pères de famille, en effet, et nous le retiendrons. Elle a, en revanche, vocation à éviter la guerre civile. Une réflexion sur le contenu de l’éducation qu’elle prétend transmettre à la place de la famille ne sera sûrement pas inutile pour cela.

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Tags:
Éducationviolence
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