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Sainte Marcelline, première abbesse de l’histoire

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Canva AI I Cette illustration a été créée à l'aide du logiciel d'intelligence artificielle de Canva.

Anne Bernet - publié le 16/07/23

Sœur aînée d’Ambroise de Milan, l’un des quatre Pères de l’Église d’Occident, Marcelline inventera la première communauté religieuse féminine de l’histoire. L’Église fête sa mémoire le 17 juillet.

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Si la vie consacrée féminine est apparue dès la naissance de l’Église, il lui faudra plus de trois siècles pour commencer à prendre la forme qui sera la sienne de nos jours. Cette évolution est due à une Romaine de haute naissance qui ne se contentera pas d’être la sœur de deux frères célèbres. Les Pères de l’Église, hormis saint Augustin, encore est-ce à des fins édifiantes et non pour le plaisir de parler de lui, disent en général bien peu, malheureusement, de leur famille. Saint Ambroise n’échappe pas à ce qui nous semble un défaut, et ne l’était pas en son temps. Aussi n’en savons-nous pas autant que nous l’aimerions sur ses proches, surtout s’il s’agit de femmes qu’il convient, par décence, de laisser dans l’ombre. Cependant, si l’évêque de Milan ne nous livre même pas le nom de sa mère, il se montre plus disert s’agissant de sa sœur aînée, Marcellina. Il est vrai qu’il la tient en haute estime. À bon droit.

L’éducation religieuse des garçons

Si Ambroise est né à Trèves vers 340, nous n’avons pas la moindre idée de la date de naissance de Marcelline, première-née de la famille qui a sans doute quatre ou cinq ans de plus que ses frères, Satyrus et Ambroise. Cela suffit, étant une fille et sa mère s’étant retrouvée prématurément veuve après que le père, Aurelius Ambrosius, préfet du prétoire des Gaules, l’un des postes les plus importants de l’empire, ait été victime des querelles politiques sanglantes opposant entre eux les fils de Constantin, pour qu’elle ait eu tôt des responsabilités dans la famille.

Au décès du père, les Aurelii Ambrosi quittent Trèves et regagnent Rome. Ils y retrouvent la maison ancestrale et l’appui de leur vaste et influente famille qui aidera les garçons à faire carrière quand ils en auront l’âge. Comme toutes les fillettes dans les mêmes circonstances, Marcellina aide sa mère à veiller sur ses cadets. Il ne s’agit pas de tâches ménagères mais de participer à l’éducation religieuse des garçons, tâche rendue d’autant plus difficile que l’usage contemporain est de ne pas les laisser accéder au baptême avant l’âge mûr, dans la crainte, alors que la confession n’existe pas encore, que les péchés commis après le sacrement soient impardonnables. Il faut donc leur donner, pour survivre sans l’aide de la grâce, une armature morale extrêmement forte. S’agissant d’Ambroise et Satyrus, le succès est assez évident. Quant à Marcellina, elle va décider de ne pas se marier, alors même que les beaux partis se pressent à sa porte. 

Devant le pape Libère

D’époux, elle n’en veut qu’un : le Christ, choix auquel sa mère consent, bien que la chose soit mal vue dans l’aristocratie romaine, et dans une famille encore en grande partie païenne. L’on considère alors volontiers, et cela durera longtemps, que le célibat chrétien constitue une trahison des intérêts de l’empire en un temps de forte dénatalité. Marcelline prend le voile le soir de Noël 352 à Saint-Jean-de-Latran, prononçant ses vœux devant le pape Libère, familier de la famille, qui donnera à cette occasion une homélie sur la grandeur de la virginité. 

Cette cérémonie entérine le choix de vie de la jeune fille qui pratique déjà depuis de nombreuses années une vie ascétique, jeûne, se mortifie de mille façons, ne boit jamais de vin, veille pour se consacrer à la prière, lit les textes sacrés et s’applique à l’étude, répondant à ceux qui veulent la modérer par ce verset de l’évangile : « L’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » Devenu évêque, Ambroise la reprendra tendrement, et lui reprochera, par ses pieux excès, non seulement de nuire à sa santé, mais surtout de ne pas offrir aux autres un exemple imitable, alors que c’est cela qu’on attend d’une supérieure.

Le sort des vierges consacrées

C’est là, en effet, précisément, la nouveauté qui fait la grandeur de Marcelline. Depuis qu’il existe des vierges chrétiennes, l’usage, renforcé par les persécutions qui auraient rendu suspectes des communautés de filles célibataires, est que la consacrée ne change rien, extérieurement, à sa vie. Elle reste au sein de sa famille, sous sa protection, ordonnant son quotidien selon ses inspirations.

Tout cela est bon s’agissant de jeunes filles qui cherchent les voies de la sainteté, beaucoup moins pour celles dont la vocation s’étiole après quelques années et leur fait regretter de n’avoir pas cherché le mariage et les plaisirs de la vie. Si la plupart ne vont pas jusqu’à briser leurs vœux, pour ne pas perdre les avantages que l’Église réserve aux vierges, il s’en trouve, en assez grand nombre, qui se conduisent en célibataires émancipées et deviennent objet de scandale, tant pour leur communauté que pour les païens, toujours très nombreux. Saint Jérôme dénoncera ainsi « les vierges maquerelles », et celles qui, habillées à la dernière mode, courent les rues à la recherche d’une aventure amoureuse. Il serait déjà délicat de gérer ces pseudo religieuses mais il y a pire. S’appuyant sur ces cas et les commentaires qu’ils provoquent, des malveillants, par haine du christianisme, portent contre des innocentes des accusations calomnieuses, certains d’être crus et de porter atteinte à la réputation de l’Église. Marcellina demandera ainsi un jour à Ambroise d’intervenir pour sauver une jeune consacrée de Vérone, que le voisinage accuse, sans preuve, de se prostituer clandestinement, d’être enceinte, et aucun bébé n’étant venu au monde, d’avoir assassiné son enfant… Tant qu’à faire !

Un premier couvent de femme

Alors, Marcellina a une idée : réunir les consacrées sous le même toit, leur faire mener une vie commune, sous la conduite d’une supérieure, comme cela se fait dans les monastères masculins. Ainsi ces femmes se serviront-elles mutuellement de caution morale, à l’abri des accusations fallacieuses, se soutiendront dans l’observance de leur choix de vie, et seront modérées, dans d’éventuels excès de piété, par leur abbesse.

Marcellina va donc, après la mort de sa mère, transformer la maison familiale de l’Aventin en un premier couvent de femmes, initiative que l’Église imposera ensuite. Son autre titre de gloire, non le moindre, est d’avoir obtenu d’Ambroise qu’il rédige à l’intention de sa communauté le De Virginibus, « Les Vierges », éloge de sa sœur et choix d’exemples de sainteté à leur offrir. Malgré ses jeûnes et ses privations, Marcellina survivra à ses cadets. Elle meurt un 17 juillet, sans doute en 398, sûrement à Rome. Ses reliques ont été par la suite portées à Milan, où elle repose au côté d’Ambroise.

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Saint
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