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[HOMÉLIE] Dans la barque de l’Église, « Seigneur, sauve-nous ! »

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Public Domain

"Jésus marchant sur l'eau", d'Ivan Aivazovsky.

Christian Lancrey-Javal - publié le 07/08/23

Le père Christian Lancrey-Javal, curé de la paroisse Notre-Dame de Compassion à Paris, commente les lectures du 19e dimanche du temps ordinaire (1R 19, 9-13 ; Ps 84 ; Rm 9, 1-15 ; Mt 14, 22-33). Pourquoi la scène de Jésus marchant sur les eaux est-elle si importante ? C’est dans la barque de Pierre que Jésus nous sauve, avec nos frères.

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Pourquoi l’Esprit saint a-t-il incité Pierre à demander à Jésus de le faire marcher comme lui sur l’eau, car c’est bien une inspiration divine qui lui fait dire cela : « Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux » (Mt 14, 28), et que Jésus ratifie : « Viens ! » (v. 29). Pourquoi ? Pour qu’en marchant sur l’eau, Pierre prenne conscience du pouvoir que Dieu peut donner aux hommes ? Saint Matthieu l’écrit de la guérison du paralytique et du pardon de ses péchés : « Voyant cela, les foules furent saisies de crainte, et rendirent gloire à Dieu qui a donné un tel pouvoir aux hommes » (Mt 9, 8). Il ne suffit pas que Jésus ait le pouvoir de marcher sur l’eau : il est Dieu. Mais ce pouvoir, et sa symbolique, d’échapper aux eaux de la mort — ce pouvoir est donné aux hommes (Jn 20, 23) :

Recevez l’Esprit saint. À toute personne à qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus.

Dans la barque de Pierre

Ce sont deux choses distinctes que la divinité de Jésus d’une part, et la divinisation qu’il nous offre par son Incarnation d’autre part, de participer à sa divinité, d’entrer dans la vie éternelle, par lui, avec lui et en lui, de triompher pour toujours de la mort et du péché. Ce sont deux choses distinctes, et le lien entre les deux constitue notre relation au monde. À la question : pourquoi le Seigneur dit-il à Pierre de sortir de la barque et descendre sur l’eau ? — la réponse est : pour que Pierre sache le pouvoir qu’il aura par la grâce de Dieu, au-delà du raisonnable ! Mais qu’il sache aussi ce qui lui arrivera quand il cèdera à la tentation de vivre sans Jésus : ce jour-là, cette nuit-là, Pierre a expérimenté ce qu’il vivrait désormais dans le monde s’il lui venait à l’esprit de quitter Jésus des yeux. Il le vivra à la Passion quand il le reniera, répondant par trois fois qu’il ne le connaît pas : il s’enfoncera dans la honte !

Voilà pourquoi cette scène est si importante pour nous et pour tous les baptisés qui ont été plongés dans la mort et la résurrection du Christ : l’Église est la barque de Pierre. Elle est et elle sera toujours chahutée par les flots, peu importe. Ce qui importe est le seul secours sur lequel nous pouvons compter : le Christ ! Dès que nous sortons de l’Église, dès que nous sortons de notre famille quand nous avons la chance qu’elle soit chrétienne, dès que nous sortons de tout milieu chrétien où nous avons la chance de vivre, pour aller dans le monde, nous demeurons en sécurité si nous gardons les yeux fixés sur le Christ. Demeurez en moi, dit Jésus (Jn 15, 4). Il suffit que nous nous laissions distraire, détourner par les circonstances, impressionner par le vent, les bourrasques de l’actualité, pour perdre pied et nous enfoncer.

Avec le Christ et avec ses frères

Ce n’est pas le rôle des prêtres de commenter les événements qui agitent la société — nous ne sommes pas des éditorialistes ! — notre rôle est de montrer l’unique Chemin de Salut : le Christ Jésus ! Lui seul est « vainqueur du monde » (Jn 16, 33). Et pour cela d’enseigner la Parole de Dieu et à prier : « Seigneur, sauve-moi ! » quand la peur nous gagne, et que la raison défaille face aux événements que nous vivons. La prière exacte est : « Seigneur, sauve-nous ! » Voyez ce que fait le Christ avec Pierre : il le fait remonter dans la barque. Il ne l’amène pas sur l’autre rive, le rivage de la Résurrection où les disciples verront le Seigneur après Pâques (cf. Jn 21). Dans l’évangile de saint Jean, lorsque « les disciples virent Jésus qui marchait sur la mer, ils furent saisis de peur. Mais il leur dit : “C’est moi. N’ayez plus peur.” Les disciples voulaient le prendre dans la barque ; aussitôt, la barque toucha terre là où ils se rendaient » (Jn 6, 21). Ici, chez saint Matthieu, Pierre sort de la barque, marche sur l’eau, et s’enfonce dans la mort ! Jésus le sauve et le ramène dans la barque avec ses frères car on ne peut pas être avec le Christ sans être avec ses frères. C’est pourquoi la phrase exacte est : « Seigneur, sauve-nous ! » 

Souvenons-nous, en cette veille de l’Assomption de la Vierge Marie, que Jésus, avant de confier sa Mère au disciple qu’il aimait : « Voici ta mère » (et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui), Jésus a d’abord confié ce disciple qu’il aimait à sa mère : « Femme, voici ton fils » (Jn 19, 26). C’est le regard qu’il nous demande de porter sur le monde : ces hommes et ces femmes, ce sont vos sœurs et vos frères. Et l’attitude qu’il nous demande d’avoir à leur égard : aimez-les, vous aussi, comme je vous aime, dit Jésus.

Prier comme il faut

Troisième leçon de cette page d’évangile sur les événements de notre époque qui nous bouleversent, s’il est juste, comme dit saint Paul dans la deuxième lecture de ce dimanche, « d’avoir dans le cœur, une grande tristesse, une douleur incessante » pour nos frères ou à cause d’eux, comme saint Paul tournons-nous résolument vers le Christ « lui qui est au-dessus de tout, Dieu béni pour les siècles » (Rm 9, 1-5).

Et faisons-le dans le calme ! « Le vent tomba » (Mt 14, 32). L’espérance chrétienne vient apaiser notre cœur, car le Christ intime le silence aux démons comme aux éléments déchaînés. Il fait taire tout ce qui peut nous accabler : une des grandes nouveautés chrétiennes et des ruptures d’avec l’ancienne Alliance est l’arrêt des lamentations ! Finies les plaintes et les récriminations, les gémissements, disparus les geignards ! Avec le Christ, plus question de passer son temps à se plaindre et se lamenter… Prier oui, gémir non. Dans un passage sans équivalent de la Lettre aux Romains, saint Paul dit que la Création tout entière gémit en travail d’enfantement, et il ajoute que l’Esprit saint lui-même se manifeste en nous par « des gémissements inexprimables » (Rm 8, 22. 23. 25)… tant, explique-t-il alors, que « nous ne savons pas prier comme il faut ». Prier comme il faut ? Oui : invoquer le Christ, le prier ensemble, unis dans le même Esprit : « Seigneur, sauve-nous ! »

Tags:
HomélieJésusMiracle
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