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[HOMÉLIE] « Marche à ma suite, adversaire ! »

JAMES-TISSOT-JESUS-WALKING

Brooklyn Museum

Tableau de James Tissot représentant Jésus cheminant.

Frère Hugues Vermès, o.praem - publié le 02/09/23

Le frère Hugues Vermès, chanoine prémontré de l’abbaye de Mondaye, commente l’évangile du 22e dimanche du temps ordinaire (Mt 16, 21-27). Il invite à interpréter avec les Pères de l’Église la violente réplique de Jésus à saint Pierre : "Passe derrière moi, Satan" (Mt 16, 23).

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Il nous est tous déjà arrivé d’être désagréable, même avec les gens que nous aimons. Qui d’entre nous n’a jamais laissé échapper, sous le coup de l’énervement, une critique, une pique… bien vite regrettée ? Néanmoins, il ne nous est normalement jamais arrivé d’être aussi désagréable que Jésus disant à saint Pierre : « Passe derrière moi, Satan » (Mt 16, 23). Même très énervés, nous ne traitons pas nos proches de « Satan », nous ne leur disons pas « Passe derrière moi, Satan », « Vade retro Satanas ». Comment comprendre que Jésus — qui aime saint Pierre, l’a appelé comme apôtre, lui a confié les clefs de l’Église — soit aussi violent le premier des Apôtres ? Comment comprendre ces mots adressés à saint Pierre, adressés à chacun de nous ?

Satan ou « satan » ?

Par ces mots, Jésus n’identifie bien sûr pas saint Pierre à Satan lui-même, au Diable en personne, à l’Ange déchu exécré. Par ces mots, Jésus qualifie plutôt la réaction de saint Pierre, car le terme « Satan » signifie en hébreu « ennemi », « adversaire ». Comme le précise Origène, le grand exégète grec du IIIesiècle, « il l’appelle “Satan” à cause de cette même ignorance qui l’a mis en opposition, comme adversaire, avec Dieu ». Peut-être séduit par Satan, saint Pierre vient en effet d’adresser une parole ennemie à Jésus, une invitation adversaire qui va contre la mission du Christ : saint Pierre ne veut pas que Jésus meurt et ressuscite, saint Pierre n’accepte pas l’abaissement du Christ dans « la mort, et la mort de la Croix » (Ph 2, 8).

Par ces mots, Jésus s’adresse aussi à chacun de nous : nous aussi, nous nous faisons parfois les « satans », les adversaires de Dieu dans notre péché. Un péché qui consiste souvent, comme Pierre, à refuser que Dieu passe par la faiblesse, un péché qui se fait une fausse image de Dieu, un péché qui conduit à se prendre pour Dieu.

« Va-t’en » ou « suis-moi » ?

Il y a une deuxième explication à ces mots violents de Jésus, une explication qui distingue les destinataires de « Passe derrière moi » d’un côté, et de « Satan » de l’autre. Comme le propose saint Hilaire de Poitiers, Jésus dit à saint Pierre, « Passe derrière moi », alors que le mot « Satan » n’est pas adressé à Pierre, mais va avec la suite qui est adressée au véritable Satan, à celui qui a tenté saint Pierre : « Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute » (Mt 16, 23). Selon cette explication, ce que Jésus dit à Pierre n’est pas « Satan » mais seulement « Passe derrière moi ». 

Ce « passe derrière moi », on l’interprète souvent comme un « va-t’en », « arrière », « vade retro ». Mais, littéralement, en grec hupage opisô mou, ce « passe derrière moi » peut aussi signifier « marche à ma suite », « suis-moi » et donc « imite-moi » : « Imite-moi Pierre, pour comprendre ce que je veux dire ; marche après moi, donne ta vie sur la croix, suis-moi dans le don de soi ». « Passe derrière moi » c’est-à-dire « suis-moi », des mots adressés aussi par Jésus à chacun de nous.

« En me suivant tu seras mon disciple »

Les deux explications de ces paroles du Christ ne s’opposent pas : par ces mots, Jésus invite à saint Pierre de ne pas être un adversaire (« satan »), un ennemi de sa mission en refusant sa Passion ; par ces mots, Jésus invite saint Pierre à marcher à sa suite pour le comprendre. C’est ainsi que l’interprète saint Augustin d’Hippone :

Parce que le Seigneur parlait de sa Passion future, Pierre voulut barrer le chemin du Seigneur Jésus. […] Il voulait marcher devant, et que le Seigneur suive. Mais que dit le Seigneur ? “Passe derrière moi, adversaire !” En marchant devant, tu es pour moi un adversaire ; en me suivant, tu seras un disciple.

« Passe derrière moi, Satan » : ces paroles de Jésus qui nous semblaient si dures, sont donc finalement des paroles de miséricorde : « Tu t’opposes à moi, adversaire à ma mission, mais viens à ma suite, imite-moi, et tu comprendras… » Ces paroles de Jésus, nous les recevons chacun : quand nous sommes des adversaires, quand nous nous rebellons contre l’action de Dieu que nous ne comprenons pas…, marchons à la suite de Jésus, acceptons de donner notre vie comme lui… et alors nous comprendrons. Ces belles paroles de Jésus, adressées à saint Pierre, adressées à chacun de nous, il faut tout de même un peu les expliquer… : évitons donc peut-être de dire à nos proches — même si nous sommes très énervés — « Passe derrière moi, Satan » : cela pourrait être mal reçu !

Tags:
colèreDiableHomélie
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