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Être chrétien signifie-t-il être « béni oui-oui » ?

Kobieta trzyma krzyż przy swoim sercu

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Jean-Michel Castaing - publié le 03/09/23

Le chrétien n’est pas appelé à être un "béni oui-oui". Comment peut-il être ouvert à tous, sans exclusion d’aucune sorte, à l’exemple de Jésus qui fut aussi l’homme des ruptures et des combats ?

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En partageant la royauté du Christ sur l’univers, le chrétien a vaincu la peur. « N’ayez pas peur ! » : c’était l’apostrophe inaugurale du pontificat de saint Jean Paul II. C’est aussi une parole prononcée par Dieu chaque fois qu’il intervient dans l’histoire. Dans ces conditions, il entre dans les qualités du disciple de Jésus d’aborder l’existence sans appréhension particulière. Son modèle est le Christ. Or, en lisant les évangiles, il constate que durant sa vie publique Jésus est allé vers tout le monde, ne refusant aucune invitation, restant toujours « en sortie », de village en village, montant à Jérusalem malgré l’hostilité de certains groupes à son égard. Pareillement, son disciple est appelé à ne refuser aucun dialogue et à élargir toujours plus l’horizon de ses solidarités. 

Si Jésus fut l’homme le plus « ouvert » de tous les temps, le plus libre de préjugés, en revanche il fut toujours sans grande illusion au sujet des hommes.

Être témoin du Christ, c’est manifester l’amour universel de Dieu pour tous les hommes et donc témoigner à chacun d’eux un égal respect, au-delà des différences qui sont parfois sources de conflit. Par son ouverture à tous, le chrétien devient de la sorte un signe eschatologique de la réconciliation de tous les hommes dans la Jérusalem céleste. Le Christ a vaincu l’inertie et la pesanteur du péché qui divise les hommes en les montant les uns contre les autres par la jalousie, la susceptibilité, la concurrence, la fatuité. Dans le sillage du Maître, le style de vie du chrétien témoigne de la victoire de l’Amour sur les replis et l’exacerbation mortifère des différences qui divisent les hommes entre eux.

Exposé en tant que signe de contradiction

Cependant, le « disciple n’est pas au-dessus de son maître » (Jn 16, 20) comme déclare Jésus. Si lui-même fut persécuté, ses disciples doivent s’attendre à l’être à leur tour. Toute l’histoire de l’Église est l’illustration de cette vérité. La raison en est simple : les chrétiens sont dans le monde sans lui appartenir. « Je leur ai donné ma parole dit Jésus à son Père à propos des disciples, et le monde les a pris en haine parce qu’ils ne sont pas du monde, comme je ne suis pas du monde » (Jn 17,14). Si Jésus fut l’homme le plus « ouvert » de tous les temps, le plus libre de préjugés, en revanche il fut toujours sans grande illusion au sujet des hommes : « Il savait ce qu’il y a dans l’homme » est-il écrit dans l’évangile de saint Jean (Jn 2, 25). À son exemple, son disciple fait bon accueil à toute demande d’échange et d’entraide avec ses semblables tout en restant conscient de la « différence chrétienne » qui lui interdit de dire « amen » à tout. 

Cet équilibre entre ouverture et identité est rendu encore plus délicat parce que le disciple ne peut rester silencieux au sujet de ce qui le fait vivre

Car le chrétien n’est pas un « béni oui-oui ». Il sait que le Christ fut aussi l’homme des ruptures et des combats. N’est-ce pas lui qui conseilla à ses disciples d’être « candides comme des colombes et méfiants comme des serpents » ? Ce paradoxe n’est pas si difficile à expliquer si on jette un coup d’œil synthétique sur la vie de Jésus : il est allé vers tous, sans exception, dépassant les cloisonnements et les préjugés de son temps. Toutefois, cette attitude ne l’a pas empêché d’être rejeté et de finir sur une croix. Et ne croyons pas que notre monde actuel soit exempt de cette allergie aux préceptes du Christ. L’Évangile continuera à déranger jusqu’à la fin du monde. Le péché n’aime pas en effet les personnes qui lui contestent son pouvoir sur les hommes. Aussi se charge-t-il de faire comprendre aux disciples de Jésus qu’ils le gênent, au besoin en liguant contre eux des ennemis redoutables.

Ni crispation identitaire ni dilution humanitariste

Dans ces conditions, le chrétien progresse sur un chemin de crête. Ouvert à tous, il reste toutefois sur ses gardes : les Béatitudes contrarient trop la mentalité du monde pour ne pas lui attirer des ennuis. Cet équilibre entre ouverture et identité est rendu encore plus délicat parce que le disciple ne peut rester silencieux au sujet de ce qui le fait vivre. En effet, il ne tire pas de lui-même la force qui le pousse à aller vers les autres. Cette force, il en est redevable à la grâce du Christ. Aussi l’honnêteté intellectuelle et l’obéissance à sa mission le poussent-elles à témoigner explicitement de son attachement au Christ. 

Or, ce témoignage explicite peut susciter des réticences, voire de l’hostilité, dans un monde où le relativisme règne en maître, où l’affirmation sans complexe de l’identité chrétienne est perçue par certains comme une provocation. Notre société « liquide » a tôt fait de se hérisser dès lors que sont évoqués devant elle les mots de « vérité », « dogme », « tradition », « Église ». Le chrétien est prévenu : il navigue entre le Charybde de la crispation identitaire et le Scylla de la dilution humanitariste qui seule a les suffrages de la postmodernité. Tel est le prix à payer de sa fidélité au Christ. De même que Jésus fut un signe de contradiction pour ses contemporains (Lc 2,34), de même le style de vie de son disciple ne plaira pas à tout le monde. Toutefois cette résistance ne doit pas le réfréner dans son ardeur à aller à la rencontre de tous.  

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