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En France, le Pape a décentralisé l’Église… vers le sud

Cathédrale Notre-Dame-de-l'Assomption d'Ajaccio

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La Cathédrale Notre-Dame-de-l'Assomption d'Ajaccio.

Hugues Lefèvre - publié le 21/09/23

Le voyage du Pape à Marseille symbolise la façon dont le pontife argentin a sensiblement décentralisé l’Église de France en dix ans de pontificat. En nommant en l'espace d'un an un cardinal à Marseille puis un autre à Ajaccio, il a déplacé les curseurs vers le sud alors que le catholicisme français était traditionnellement porté par Paris et Lyon.

Vendredi 22 septembre, pour la première fois depuis 490 ans, un pape foulera les rues de la deuxième ville de France. Malgré ses huit voyages dans l’Hexagone, Jean Paul II n’avait en effet jamais mis les pieds à Marseille en tant que pape. Benoît XVI avait pour sa part réservé son unique voyage dans l’Hexagone à Paris, la capitale, et à Lourdes.

Comme un symbole, le ‘pape des périphéries’ a bien voulu revenir en France – après son passage express à Strasbourg en 2014 – mais seulement pour Marseille, ville ouverte sur le Bassin méditerranéen. Ce coup de projecteur sur le sud vient éclairer l’évolution des rapports d’influence au sein de l’Église en France. En mars 2013, quand le pape François arrive sur le trône de Pierre, les sièges de Paris et de Lyon sont occupés par deux poids lourds de l’épiscopat, les cardinaux André Vingt-Trois, alors président de la conférence des évêques de France, et Philippe Barbarin, Primat des Gaules.

La politique du pontificat est d’en finir avec le mythe du grand diocèse.

Mais en dix ans, ces deux pôles vont perdre de leur influence. À Lyon d’abord, l’affaire Preynat entraîne la démission du cardinal Barbarin en 2020, un mois après avoir été relaxé par la Cour d’appel de Lyon dans cette affaire qui aura ébranlé tout le diocèse. À Paris ensuite, le successeur du cardinal Vingt-Trois, Mgr Michel Aupetit, voit sa démission être acceptée par le Pape en décembre 2021, ce dernier confiant dans une conférence de presse que les « commérages » autour de l’archevêque rendaient son gouvernement impossible.

« La décentralisation s’est faite naturellement, après des démissions douloureuses dans ces deux diocèses », souffle un haut diplomate du Saint-Siège. Dans les deux cas, Rome a fait le choix de nommer des successeurs aux personnalités plus discrètes, censées apaiser les tensions au sein de leur Église.

« Mais il est aussi vrai que la politique du pontificat est d’en finir avec le mythe du grand diocèse », abonde notre source, qui rappelle qu’il n’y a plus aujourd’hui d’évidence dans le choix des cardinaux depuis l’arrivée du pape François. Le pontife de 86 ans s’autorise en effet à délaisser d’anciens sièges cardinalices historiques, comme c’est le cas actuellement à Milan, Venise, Naples, Turin, Cracovie, Berlin ou encore Dublin. De même, l’ancien jésuite a opéré des choix inédits, comme celui de créer cardinal l’évêque de San Diego en Californie en laissant ostensiblement son archevêque métropolitain – celui du puissant diocèse de Los Angeles – sans barrette rouge. « Le Pape nous surprend à chaque fois. Il nomme les personnes qu’il veut. C’est le privilège du Pape », confirme un autre diplomate, Mgr Christophe Pierre, nonce apostolique à Washington, qui a eu la surprise d’apprendre qu’il serait créé cardinal le 30 septembre prochain.

Déplacer son regard sur la Méditerranée

Le choix du Pape de redonner à Marseille un cardinal – Mgr Bernard Panafieu l’avait été en 2003 – résulte certainement du très bon contact tissé avec Mgr Aveline, qu’il a rencontré pour la première fois en 2019 au Maroc. Mais le chef de l’Église catholique a sans doute aussi voulu inviter les fidèles français à déplacer leur regard sur la Méditerranée, un espace où se mêlent les grands défis de la migration, du réchauffement climatique ou encore des conflits. « Je pense que le fait qu’Aveline soit cardinal à Marseille et moi en Corse montre que le pape veut mettre en avant la place de la Méditerranée comme berceau de civilisation », abonde l’autre futur cardinal français, Mgr François-Xavier Bustillo. « Avec ces choix et le fait de venir à Marseille, il semble mettre en valeur des lieux périphériques, mais mieux placés d’un point de vue culturel et géopolitique », ajoute-t-il.

De son côté, le cardinal Aveline a fait beaucoup de pédagogie auprès des catholiques français pour expliquer que ce voyage était aussi pour eux l’occasion d’un déplacement intérieur, une conversion du cœur pour rejoindre le pape dans son pèlerinage méditerranéen et y recevoir son message. En somme, ce voyage à Marseille s’inscrit pour la France dans le sillage du discours que l’alors cardinal Jorge Mario Bergoglio avait prononcé durant le conclave de 2013 à ses frères cardinaux :

Au sujet du prochain pape, il faut un homme qui, à partir de la contemplation et de l’adoration de Jésus Christ, aide l’Église à sortir d’elle-même pour aller vers la périphérie existentielle de l’humanité.

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