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Gérard Sagredo, son martyre a fait la Hongrie catholique

GERARD-DE-Csanad

CC BY-SA 4.0

Gérard Sagredo;

Anne Bernet - publié le 23/09/23

Lorsque l’on parle de l’évangélisation de la Hongrie, c’est le nom d’Étienne, son premier roi chrétien, qui vient à l’esprit. Pourtant, la christianisation n’a porté tous ses fruits que grâce au long apostolat d’un prêtre vénitien, Gérard Sagredo, dont le martyre a vaincu le paganisme et enraciné sa patrie d’adoption dans la foi. L’Église fête sa mémoire le 24 septembre.

Celui qui se nomme alors Giorgio Sagredo est né à Venise le 23 avril 980, héritier longuement attendu d’une des premières familles de la noblesse. Sa voie de patricien semble toute tracée mais Dieu en décide autrement. À cinq ans, l’enfant tombe très malade. Ses parents, qui ont eu un autre fils, prennent alors une décision extrême, conforme aux usages de l’époque : contre sa guérison, ils l’offrent comme oblat au monastère bénédictin San Giorgio en l’île, aujourd’hui San Giorgio Maggiore. Le petit se remet. L’oblation acceptée par le Ciel, il est reçu dans l’ordre de saint Benoît et prend comme nom de religion celui de Gérard. Il ne reviendra jamais en arrière ni ne retournera dans ce monde dont on l’a éloigné si jeune.

Un sujet d’élite

Très vite, ses supérieurs mesurent ses qualités et voient en lui un sujet d’élite. En 1004, frère Gérard est ordonné prêtre puis devient prieur. Ne mérite-t-il pas mieux ? En 1007, on l’envoie poursuivre ses études à l’université de Bologne, l’une des meilleures de la chrétienté. Là, il se plonge dans l’étude des Pères de l’Église, en devient spécialiste et se prend de passion pour saint Jérôme. Il ne peut le deviner mais cet engouement pour le solitaire de Bethléem va changer le cours de sa vie… Rentré à San Giorgio en 1012 pour en être aussitôt élu abbé, Gérard nourrit d’autres projets : se rendre en Terre sainte avec quelques frères et y ressusciter le monastère de Jérôme, disparu au Ve siècle. En 1015, ayant obtenu les autorisations nécessaires, il embarque pour la Palestine. Il ne l’atteindra jamais. En ce mois de mai, la bora, ce vent du nord qui peut rendre la navigation impossible dans l’Adriatique, se lève avec une telle violence que le navire doit chercher refuge sur l’île Saint-André dans l’attente d’une accalmie qui se fera désirer des semaines.

Par chance, Saint-André abrite un monastère bénédictin qui accueille l’abbé de San Giorgio et ses moines. Là, Gérard a la surprise de retrouver l’un de ses camarades d’études à Bologne, le père Rasina, un Hongrois à l’origine de la première fondation bénédictine de sa patrie, cette ancienne Pannonie romaine revenue depuis les invasions du Ve siècle à un paganisme auquel seule la conversion du roi Étienne a enfin permis de s’attaquer. La tâche est immense, des régions entières, mal contrôlées par le pouvoir royal, sont inaccessibles aux missionnaires qui, d’ailleurs, font défaut, comme le clergé diocésain. La Hongrie a un besoin urgent de prêtres et, faute de pouvoir en trouver chez elle, il lui faut aller les chercher à l’étranger, raison de la présence de Rasina sur l’île puisqu’il rentre de Rome où son roi l’a envoyé demander l’aide du pape. Aide qui s’est bornée à de bonnes paroles… Aussi la présence de son ami Gérard paraît-elle au religieux magyar un signe du Ciel. Et de lui dire que, certes, il est bien beau de vouloir relever le monastère de saint Jérôme et s’installer en Terre Sainte mais qu’il y a mieux à faire : évangéliser la Hongrie par exemple, œuvre méritoire entre toutes.

La peur de la mer

Méritoire ou pas, le projet n’emballe pas Gérard. Son but, c’est Bethléem. Rasina change de tactique. Il a vu que l’expérience maritime des pauvres moines vénitiens a été catastrophique et que l’idée de reprendre la mer les effraie. Savent-ils qu’il existe un moyen, plus rapide, sûr et agréable d’aller en Orient ? Par le Danube qui coule non loin de la capitale hongroise Albe Royale (Székesfehérvá, en latin : Alba Regia) où, chaque été, le roi Étienne rassemble ses fidèles pour discuter des affaires du royaume. Dans sa vive piété, nul doute qu’il facilitera le voyage de Gérard, et celui-ci, soulagé de ne pas reprendre la mer accepte d’accompagner Rasina en Hongrie, halte très courte sur le chemin de la Palestine. Il ne sait pas qu’en fait, c’est pour le restant de ses jours qu’il part…

Pourquoi Gérard, qui n’a que faire des titres, des honneurs, de l’argent, se laisse-t-il convaincre ? Sans doute une fois sur place, il a vu l’attente de ce peuple qui réclame des prêtres et que son cœur s’en est ému. 

Car, fin août, Étienne, au lieu de laisser repartir Gérard, enthousiasmé par le sermon que celui-ci a prononcé à l’occasion de l’Assomption, s’écrie : « C’est Dieu qui t’a mené ici, saint homme ! » et il lui propose, en même temps que l’évêché de Mures, le poste de précepteur de l’héritier du trône, le prince Émeric. Pourquoi Gérard, qui n’a que faire des titres, des honneurs, de l’argent, se laisse-t-il convaincre ? Sans doute parce que, une fois sur place, il a vu l’attente de ce peuple qui réclame des prêtres et que son cœur s’en est ému. 

Gérard « civilise » les Hongrois

En fait, comme il le comprendra vite, l’évêché offert n’existe que dans les projets royaux car cette région est en pleine rébellion et sa noblesse en discussion avec l’empereur à Constantinople, lequel, de son côté, offre son aide en échange de la conversion des Hongrois à l’orthodoxie… Gérard aura son diocèse quand Étienne l’aura conquis et cela prendra une dizaine d’années. En attendant, il se donne de tout cœur à l’éducation du prince héritier sur qui repose l’avenir de la Hongrie catholique. Par chance, Émeric est vertueux et doué. Tous les espoirs sont donc permis.

En attendant mieux, retenu huit ans à la cour, Gérard « civilise » les Hongrois. À ces nomades vivant sous la tente et se déplaçant avec leurs troupeaux dans la puszta, il prône les mérites de la sédentarisation, de l’agriculture et des constructions en dur, faisant venir d’Italie des architectes qui doteront la capitale de ses premiers édifices en pierre, dont un asile destiné aux pèlerins, rédige, en latin, un livre de préceptes moraux destinés au prince qui fera longtemps autorité et accepte plusieurs missions diplomatiques en France et à Rome.

Cette existence ne le satisfait guère. Aussi souvent que possible, Gérard se réfugie dans l’ermitage qu’il s’est bâti en forêt de Bakony où il vit avec un faon, qu’il a sauvé de chasseurs, et un loup qu’il a recueilli blessé et qui s’est attaché au religieux tel un chien à son maître, tout comme au faon devenu biche avec laquelle il dort enlacé, ressuscitant la paix du paradis terrestre. Au fil du temps, l’ermitage devient le monastère de Bakonybel. Enfin, en 1023, les conquêtes d’Étienne permettent à Gérard d’accéder au nouveau siège épiscopal de Marosvar Csanad, région conquise sur les païens. En fait, les missionnaires orthodoxes ont déjà bien déblayé le terrain et même construit quelques chapelles et un monastère, que Gérard récupère et place sous l’invocation de saint Georges. Ses visites pastorales se passent au mieux, dans des régions partiellement évangélisées où il n’a plus qu’à baptiser et confirmer des populations gagnées au Christ. Là encore, il vante les mérites de la sédentarisation, fait surgir les futures cités hongroises autour des églises neuves, et fonde les premières écoles du pays.

Les tribus païennes s’insurgent

Tout irait au mieux en ces années 1030 si le prince Émeric ne se tuait dans un accident, laissant Étienne, sexagénaire et malade, sans héritier… Conscients que la mort du roi est affaire de mois, nombre de seigneurs magyars qui ont accepté le baptême sous la contrainte et supportent mal la tutelle royale, songent au moment où ils pourront secouer le joug de la monarchie et de l’Église pour revenir au paganisme. Si Gérard annonce l’imminence d’une révolte, une persécution contre le clergé catholique et son propre martyre, c’est peut-être moins affaire de don de prophétie que lucidité et capacité à écouter les rumeurs d’insurrection qui enflent.

En 1038, Étienne meurt, laissant la couronne à un certain Aba Samuel, chrétien de façade qui se mue en tyran et reste sourd aux admonestations de Gérard qui a le courage de dénoncer ses agissements. En 1044, ce mauvais souverain est assassiné, et un autre chrétien, André, lui succède. Celui-là est un faible qui paraît incapable de faire face aux difficultés. En 1046, les tribus païennes s’insurgent. André maintient cependant les cérémonies de son couronnement dans la future Budapest. Fin septembre, Gérard, qui doit les présider, se met en route, avec les autres prélats et la fine fleur du clergé. Une fois de plus, il annonce son martyre et précise lesquels, parmi ceux qui l’accompagnent, partageront son sort et lesquels survivront. Cela ne le dissuade pas de partir, sûr d’accomplir la volonté de Dieu. 

La victoire du martyr

Le 24 septembre, alors que le clergé qui précède les troupes royales, atteint Pest, les païens qui occupent les collines dominant le Danube fondent sur cette procession. Tous ceux dont Gérard a prédit la mort sont tués, en effet, dans l’attaque. Ordre a été donné de le prendre vivant et les assaillants s’emparent de lui, puis, constatant qu’il est trop vieux pour marcher, le ligotent sur son char qu’ils vont hisser avec lui au point le plus élevé de l’endroit, qui y gagnera le nom de Mont Saint-Gérard. Arrivés au sommet, les tortionnaires vont en précipiter le véhicule et son passager vers le fleuve. Arrivé en bas, Gérard est encore en vie et les païens vont s’acharner sur cet agonisant, lui arrachant les cheveux, puis le cœur avant de lui trancher la tête. 

À leurs yeux, la mort de l’évangélisateur est une victoire. Ils se trompent. Soulevé de colère, le roi André, jusque-là si pusillanime, se change en champion de la foi. Ses armées se ruent sur les assassins et les mettent en fuite. Contre toute attente, malgré les obstacles, la Hongrie restera catholique, sa conversion cimentée par le sang de Gérard Sagredo. Les rois de Hongrie élèveront plusieurs sanctuaires en son honneur et y feront transporter sa dépouille mortelle. Elle disparaîtra lors d’une insurrection en 1514. Une partie des reliques sauvegardées, sera, en 1900, rapportée à Venise où l’on peut les vénérer en l’église San Donato de Murano. 

En savoir plus

Vie de saint Gérard Sagredo: apôtre et martyr de la Hongrie chrétienne
Une synthèse de la vie du grand évangélisateur de la Hongrie parue pour la première fois en 1900. Né à Venise en 980, Gérard devient moine puis abbé du monastère bénédictin San Giorgio. Le roi saint Etienne de Hongrie lui confie l’éducation de son fils. Ermite puis premier évêque de Csanad, il évangélise les populations. Enlevé par les païens, il est lapidé puis jeté dans le Danube en 1046. ©Electre 2023
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