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Le chrétien n’a pas une mission, il « est » une mission

LOUANGE

Congrès Mission

Congrès mission.

Blanche Streb - publié le 02/10/23

Devenu l’incontournable du week-end où nous fêtons la petite Thérèse de Lisieux, la "grande" sainte patronne de la mission, le congrès "Mission" s’est déroulé dans une dizaine de grandes villes de France. Invitée à animer plusieurs tables rondes au congrès Mission de Marseille lors de la venue du Pape puis à Lyon le 1er octobre, notre chroniqueuse Blanche Streb revient sur les mille visages de la mission qu’elle y a entrevus.

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Deux guides aînées, foulard rose au cou, sourires aux lèvres, m’accueillent sur le parvis. Un peu plus loin, des bénévoles aux gilets oranges flanqués d’un salutaire « Jésus sauve » portent des cartons, font la sécurité, machinent on-ne-sait-quoi, servent joyeusement des cafés, accueillent intervenants et invités, auteurs et artistes, responsables d’associations et journalistes, experts et professeurs, religieux et consacrés, tous ceux qui viennent expliquer, enseigner, témoigner, donner des ateliers, transmettre, animer des temps de louanges ou des veillées. Ici, pour que ça roule, à chacun sa mission.

À Marseille comme à Lyon, au cœur de tous ces visages, de ces paroles entendues, de ces villages de stands qui donnent un aperçu de la palette extraordinaire d’actions concrètes et variées auxquelles les chrétiens s’attèlent dans la vie de la cité, partout flotte cette question à laquelle beaucoup répondent déjà concrètement dans leur visible vocation : le chrétien a-t-il une mission singulière, et quelle est-elle dans les temps que nous vivons ? 

La mission a mille visages

Notre histoire est peuplée de grands et beaux missionnaires. Des siècles plus tard, leurs vies nous sont encore transmises, que ce soit par des livres jaunis par le temps, par de rutilantes BD pour enfants, par l’Église qui les a béatifiés ou par les autels qui leur sont dédiés. Leurs visages sont accrochés dans les coins prières. On les implore. Ils nous inspirent. Ayons confiance. Notre temps aussi est riche de beaux missionnaires, nous en voyons tous les jours, tout près de nous, congrès ou pas, reconnus ou pas, dans l’humble fidélité, car l’Esprit saint est à l’œuvre, aujourd’hui comme hier. Les temps sont durs, certes, mais cela les rend favorables à la mission.  

Et la moisson est immense. De la protection de la terre aux colocations solidaires, de la culture sacrée à l’accueil des réfugiés, de la transmission de la foi à celle de la vie, nous ne sommes pas tous sensibles aux mêmes appels. Mais « à chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien. Les dons de la grâce sont variés, mais c’est le même Esprit. Les services sont variés, mais c’est le même Seigneur. Les activités sont variées, mais c’est le même Dieu qui agit en tout et en tous » (1 Co 12, 4-11). La mission a mille visages, puisqu’elle a le visage de ceux qui la vivent. Et pour que « ça roule », à chacun ses talents à mettre à profit.  

Serviteurs visibles et invisibles

Les courageuses et créatives initiatives, comme les défis, ne manquent pas. À Marseille, dans une table ronde dédiée aux enjeux de la mission au temps de l’intelligence artificielle et des réseaux sociaux, j’ai contemplé ce que des penseurs importants de notre temps ont à nous apporter. Je me suis émerveillée du fécond zèle apostolique, enrobé d’une joie profonde et inspirée, que porte le frère Paul-Adrien d’Hardemare, lumière missionnaire au cœur de TikTok, de Youtube et d’Instagram. Au cours de ces journées, j’ai croisé ou échangé en profondeur avec des personnalités que j’admire comme avec beaucoup d’inconnus au bataillon, tant au sein de la ferveur du vélodrome que dans les écrins de rencontre de ces congrès, créés et portés par des centaines de bénévoles humbles et discrets. Serviteurs visibles pour certains. Invisibles pour d’autres, mais dont la mission n’aura pas été des moindres. Partout, pour que ça roule, à chacun sa mission. Dans une basilique de Fourvière bondée, pendant la messe d’envoi, que je vivais en toute simplicité dans la crypte à côté de la pétillante Prénom Marlène, artiste missionnaire de l’Amour et de l’humour, je repensais à cette extraordinaire parole d’Édith Stein (“Vie cachée et épiphanie, Source cachée in Œuvres spirituelles) : 

Dans la nuit la plus obscure surgissent les plus grandes figures de prophètes et de saints. Mais le courant de la vie mystique qui façonne les âmes reste en grande partie invisible. Certaines âmes dont aucun livre d’histoire ne fait mention, ont une influence déterminante aux tournants décisifs de l’histoire universelle. Ce n’est qu’au jour où tout ce qui est caché sera manifesté que nous découvrirons aussi à quelles âmes nous sommes redevables des tournants décisifs de notre vie personnelle.

La mission chrétienne en fin de vie

Le chrétien a-t-il une mission singulière ? À Lyon, au cœur d’une poignante table ronde dédiée à la mission de la dernière heure : la fin de vie, les intervenants ont esquissé des réponses de toute beauté. Laetitia Calmeyn, théologienne et ancienne infirmière en soins palliatifs, a rappelé que les vrais missionnaires, ce sont les plus fragiles, ce sont ceux, qui malgré la souffrance, donnent leur oui à ce qu’ils ont à vivre. Les vrais missionnaires sont dans les hôpitaux, ce sont les marginalisés car leurs oui sont d’une telle profondeur que la vie se communique à tous à partir de leurs vies à laquelle ils ont consenti. Il y a un vrai enjeu de leur permettre de découvrir cette mission singulière qui est la leur. Quand quelqu’un à travers l’épreuve de la maladie, de la souffrance et de la mort dit oui profondément à la vie, ce oui peut ouvrir des portes à des personnes qu’il ne connaît même pas. 

Plus je vieillis, plus l’autre m’édifie, et plus je me dis que le chrétien n’a pas une mission. Il est une mission. Quel boulot… Heureusement, la grâce est à l’œuvre.

La mission chrétienne en fin de vie est d’oser avoir « une présence réelle ». C’est elle qui rend l’alliance possible. À travers l’accompagnement qu’ils peuvent recevoir ou qu’ils peuvent offrir, les chrétiens témoignent de cette question de la présence réelle. Aumônier d’hôpital, Costantino Fiore a rappelé la puissance de ce rôle d’être témoin de l’amour inconditionnel de Dieu, donné à tout le monde, sans condition. Témoin de la valeur de la vie jusqu’au bout, quel que soit l’état, tout petit, très âgé, ou très fragile. Car la fragilité de la vie ne compte pas face à ce don immense de l’existence. Nous sommes aussi porteurs de communion, pas seulement dans le sens eucharistique, mais dans celui de savoir que la communion est toujours possible, grâce au lien vital qui est toujours présent. Nous sommes tous porteurs de communion.

Avec la grâce

Le chrétien a-t-il une mission singulière ? Plus je vieillis, plus il m’est donné de rencontrer des personnes qui m’édifient, sages et savants ou petit enfant, quels que soient leurs talents, dans la simplicité comme dans l’éclat, dans la parole qui étincelle comme dans le silence qui unit, dans la plus haute pensée comme dans la plus simple vérité, dans l’éblouissement de la force comme dans celle de la faiblesse, dans l’amour de l’Autre qui se fait exemple et non théorème… Plus je vieillis, plus l’autre m’édifie, et plus je me dis que le chrétien n’a pas une mission. Il est une mission. Quel boulot… Heureusement, la grâce est à l’œuvre. Elle nous travaille. Travaillons, humblement, fidèlement, sans nous inquiéter. Pour qu’au soir de notre vie, nous puissions murmurer avec l’apôtre des nations : « Mais ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu, et sa grâce, venant en moi, n’a pas été stérile. Je me suis donné de la peine plus que tous les autres ; à vrai dire, ce n’est pas moi, c’est la grâce de Dieu avec moi » (1Co 15, 10). 

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