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Comment Laudate Deum interpelle les entrepreneurs !

Press conference to present Pope Francis' latest encyclical letter on environment "Laudate Deum"

Antoine Mekary | ALETEIA

Conférence de presse présentant Laudate Deum devant la coupole du Vatican le 5 octobre 2023.

Hubert de Boisredon - publié le 09/10/23

Pour le PDG d’Armor Group, auteur de "Déserter ou s’engager ? Lettre aux jeunes qui veulent changer le monde" (Mame), la lettre apostolique "Laudato Deum" invite les entrepreneurs à devenir co-responsables et créateurs de solutions pour résoudre la crise environnementale.

L’exhortation apostolique Laudate Deum, rendue publique le 4 octobre dernier, jour de la Saint François d’Assise, a fait l’effet d’un électrochoc. Certains attendaient cet encouragement dans leur lutte contre le changement climatique. D’autres trouvent que le Pape va trop loin quand il appelle à un changement généralisé du mode de vie irresponsable du modèle occidental. Ce qui est certain, c’est que son message adressé à « tous les hommes et femmes de bonne volonté » est très clair. Le Pape est en colère. Huit ans après la sortie de l’encyclique Laudato si’ concernant la sauvegarde de la Maison commune, il considère le chemin engagé trop lent et insuffisant. Car nous n’avons plus le temps de corriger les excès de pollution et de consommation d’énergies carbonées. 

Point de rupture

La terre gémit. Les limites planétaires sont franchies les unes après les autres. Nous savons que l’atteinte de l’objectif de l’Accord de Paris d’une neutralité carbone d’ici 2050 est inatteignable au rythme de progrès actuel. Pourtant, atteindre cet objectif est la seule manière de limiter le réchauffement climatique à 1.5°C. En conséquence, que subissons-nous ? Records de chaleur, fonte des pôles et élévation du niveau de la mer, diminution de la biodiversité, incendies de forêts et inondations se succèdent. Des centaines de millions de personnes n’ont d’autres choix que de fuir le manque d’eau et la sécheresse qui s’aggravent. « Le monde s’approche peut-être d’un point de rupture », explique le successeur de Pierre.

Le pape François interpelle les plus riches pour l’inconséquence de leur aveuglement qui affecte directement les personnes les plus vulnérables et les plus pauvres. Il fustige également les climatosceptiques qui ne prennent pas la mesure des informations fournies par les scientifiques du climat comme le GIEC. Il invite même à cesser de critiquer les mouvements écologistes dit radicaux car ils comblent un vide. Ceux qui exercent le pouvoir doivent cesser de mépriser la création, insiste-t-il.

Un appel du divin

Pour nous les entrepreneurs et dirigeants d’entreprise, un tel discours vient nous bousculer. Nous sommes habituellement les adeptes de la croissance. Et de fait, sans croissance, générer de la rentabilité pour nos entreprises est difficile. La tentation serait de considérer le Pape comme naïf, irréaliste, voire de déconsidérer ces paroles en affirmant que ces mots se rapprochent d’affirmations politiques et écologiques, plus que spirituelles. Et pourtant… prendre soin de la création est bien un appel du divin. Que vaut notre prière dans la maison du Seigneur que sont nos églises si nous ne prenons pas soin de notre Maison commune qu’est notre Terre ? Et comme entrepreneurs, nous savons bien que l’environnement économique est pénalisé par la détérioration de la planète, la disparition des ressources, la pollution, l’épuisement des ressources naturelles, les inégalités entre pays du Nord et pays du Sud et les guerres qui en résultent…

Nous, dirigeants d’entreprise, ne pouvons pas rester indifférents et ne pas agir. Nous sommes invités à devenir co-responsables et créateurs de solutions pour résoudre le problème environnemental. La recherche de la maximisation du profit, la croyance que la croissance de l’utilisation des ressources peut être illimitée ou que la solution de tous les problèmes se trouvera dans les technologies ne peuvent plus être notre ligne de mire. Oui, nos entreprises doivent être rentables, mais avant toute chose, nous devons viser mettre notre savoir-faire et nos technologies au service de la lutte contre le réchauffement climatique et de la construction d’un monde plus humain, plus écologique et plus juste. 

Un dialogue intergénérationnel constructif

Comme j’ai eu l’occasion de l’expliquer dans mon livre Déserter ou s’engager ? Lettre aux jeunes qui veulent changer le monde, c’est avec les jeunes, dans un dialogue intergénérationnel constructif, que des orientations pourront être trouvées. Les jeunes sont parfaitement conscients du dérèglement climatique et attendent un engagement ferme et radical de la génération des plus anciens. De nombreuses entreprises s’engagent déjà en ce sens pour l’économie circulaire ou pour les énergies renouvelables. Il convient aussi d’oser dénoncer des comportements qui ne permettent pas ce changement de culture. Quand le Sultan Al Jaber, président du géant pétrolier des Émirats arabes unis et président de la COP28 estime qu’il n’est pas possible de « débrancher le système énergétique » actuel, affirme que « nous devons séparer les faits de la fiction, la réalité des fantasmes », les fantasmes étant la volonté de réduire la consommation des combustibles fossiles, et plaide pour la poursuite des investissements dans l’énergie carbonée, nous constatons bien que nous sommes sur une autre vision pour l’avenir de la Terre que celle de Laudate Deum ! 

La lettre du pape François nous secoue et peut-être indispose certains, mais n’est-ce pas une chance pour nous tous que cette interpellation ?

Espérons cependant que cette COP28 conduise tout de même à une accélération de la transition énergétique. De même, comment, au regard des enjeux climatiques, accepter paisiblement que les Jeux asiatiques d’hiver 2029 soient organisés en Arabie saoudite en plein désert ? De même, n’est-ce pas incohérent d’organiser les prochaines Coupes du monde de football dans plusieurs pays à la fois, et même pour l’édition 2030 sur plusieurs continents, au moment où devrait s’imposer un discernement de l’utilisation de l’avion ?

Quitter le sentiment de la toute-puissance

En prenant du recul, certes, la lettre du pape François nous secoue et peut-être indispose certains, mais n’est-ce pas une chance pour nous tous que cette interpellation ? Le Pape nous exhorte à quitter ce sentiment de la toute-puissance qui nous fait prédateurs. N’est-ce pas une occasion de sortir de nos zones de confort et de nous remettre en question pour choisir d’être plus solidaires des enjeux de l’humanité ? N’est-ce pas une voie pour une conversion du cœur, pour renoncer peut-être à certaines facilités matérielles et finalement nous ouvrir à l’autre et particulièrement aux plus pauvres, à ceux qui souffrent ? Être chrétien n’est pas suivre la facilité du monde, mais suivre Dieu. 

Le Christ lui aussi a interpellé ses contemporains, comme les prophètes avant lui. C’est une manière de nous dire : « Au nom de la foi et de l’espérance qui nous habitent, oui, nous croyons que le monde peut être sauvé, mais cela ne peut se faire sans la libre coopération et la détermination de chacun. » À bon entendeur, salut. Car si nous n’entendons pas, alors probablement nous contribuerons à mettre en péril l’avenir de la Terre et de nos enfants… Que restera-t-il alors de notre réussite professionnelle et économique ? Osons bouger car notre vie vaut bien plus que notre succès financier et économique. Et les jeunes qui nous entourent ont besoin de notre engagement déterminé !

Pratique

Déserter ou s’engager ? Lettre aux jeunes qui veulent changer le monde, Hubert de Boisredon, Mame, 96 pages, septembre 2023, 12,9 euros.
Tags:
Écologieengagemententrepreneur
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