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Cinéma : « Sacerdoce », un concentré d’espérance

Film Sacerdoce SAJE

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Blanche Streb - publié le 16/10/23

Ils sont des hommes comme les autres, avec leurs faiblesses et leurs combats intérieurs, mais ce sont aussi des hommes différents qui se donnent avec le désir de servir, dans la confiance et la vérité. L’essayiste Blanche Streb a vu dans les prêtres du film "Sacerdoce", un concentré d’espérance, "celle qui nous fait sortir de nos enfermements, de nos certitudes, de nos indifférences…".

« Le chrétien doit être toujours prêt à rendre compte de l’espérance qui est en lui », l’apôtre Pierre n’y va pas par quatre chemins dans sa première lettre (P 3, 15). Toujours prêt… Waouh. Quelle exigence ! Surtout en ces temps où nous sentons que ce qui atteint ou guette tout le monde, c’est plutôt la tentation de la désespérance. Les chrétiens n’y échappent pas. Je suis frappée de voir le nombre de parcours, livres, conférences qui émergent sur ce thème. Il y a autour de nous et en nous une réelle soif d’espérer.

Jeudi soir, le philosophe Denis Marquet et moi partagions côte à côte pensées et témoignage dans une paroisse de Saint-Cloud, et j’écris ces lignes de retour d’un colloque qui s’intitulait « Quelle espérance portons-nous en ces temps de crise ? ». Hasard de calendrier, cette même semaine je découvrais en avant-première Sacerdoce, le documentaire-évènement qui suit dans leur quotidien cinq prêtres, aussi différents qu’authentiques. Un film qu’on pourrait dire brillant, par la qualité des images, du rythme et des enchaînements, et par sa musique qui transporte, mais que je préfèrerais nommer d’éclairant, par la lumière qui traverse ses cinq hérauts, qui ne se prennent jamais pour des héros. 

La vérité sur les abus

On rencontre le père Matthieu, tout en blanc dans la crasse et la misère des bidonvilles de Manille, qui nous donne d’être saisis aux entrailles avec lui par la misère, la souffrance, mais aussi la merveille des enfants accueillis dans sa fondation. Le père Antoine, qui apporte son sourire et sa guitare en skate-board et en caravane, aux isolés de nos régions si déchristianisées. Le père François, qui en quelques mots-doux transmet la puissance et la force de la foi. Le père Paul, endurant de l’amour, qui rallie ses clochers à vélo et nous édifie par ses confidences et sa clairvoyance sur la mission crucifiante qu’il a embrassée : « Je m’apprête à ne pas être cru. À susciter la défiance. À manger toute ma vie mon pain noir. » Car oui, le drame de la pédocriminalité n’est pas mis sous le tapis, heureusement car sans cela, ce film serait incomplet. Mais à travers ces cinq garçons, on comprend qu’on ne peut pas jeter ni l’Église ni les prêtres à cause des traîtres, à cause de ceux qui, par leur crime, ont trahi. 

Ce sont des hommes comme les autres avec des faiblesses, des blessures. Ils en confient certaines. Mais ils nous aident aussi à comprendre le profond désir de servir qui les anime. Servir avec juste ce qu’ils sont et les petits moyens qu’ils ont. Dans la confiance et l’amour.

Avec le père Gaspard, des jeunes sortent de leur canapé, visent les sommets en osant aborder des sujets forts comme le combat spirituel ou les ravages du porno. En raison de cela, une mise en garde est bienvenue, celle d’attendre avant de montrer ce film aux plus jeunes, ceux qui n’ont pas encore l’âge d’apprendre l’horreur absolue des abus ni l’existence de la pornographie, ce fléau qui contamine toutes les sphères de notre société. Alors qu’un certain discours essaie de la normaliser ou d’en minimiser la gravité, je suis d’autant plus admirative de ces jeunes qui ont eu ce courage d’en parler à l’écran. Ils nous obligent. Car bien sûr, ce sujet dérange, on aimerait le mettre sous cloche, faire comme si cette réalité dont on ne veut pas n’était pas là. Non seulement elle est là, mais elle est gravissime, dans son ampleur et ses conséquences. Leur témoignage quasi héroïque — au regard de la médiocrité ambiante — nous rappelle que la vérité rend libre. Il aidera, je crois, de nombreux jeunes à éviter d’y tomber ou à trouver la force et le soutien pour s’en sortir. Merci à eux, vraiment. 

Les questions qui traversent toutes les vies

Ce film visite donc aussi les ravins du mal et de la mort. Mais même si tous font honneur à la définition que le Larousse donne du mot Sacerdoce : « Fonction qui présente un caractère particulièrement respectable en raison du dévouement à l’égard d’autrui qu’elle exige », ils ne sont pas mis sur un piédestal. Seuls les sommets de l’humilité et de la charité valent qu’on les vise. Ce sont des hommes comme les autres avec des faiblesses, des blessures. Ils en confient certaines. Mais ils nous aident aussi à comprendre le profond désir de servir qui les anime. Servir avec juste ce qu’ils sont et les petits moyens qu’ils ont. Dans la confiance et l’amour. Ce film est donc loin d’être seulement pour les cathos. Au contraire même.

Au fond, les questions qui traversent la vie de ces hommes et de ceux que nous rencontrons avec eux, ce sont celles qui traversent tout le monde et notre société. Quel est le sens de ma vie ? Où trouver ma place ? N’est-ce pas en servant les autres que je me sens le mieux, le plus heureux ? C’est finalement un film sur l’engagement, sur ce qui compte vraiment, sur la liberté d’une vie consacrée aux autres, sur la force d’âme, sur le combat de la fidélité, sur nos luttes intérieures pour choisir le bien, qu’on ait la foi ou pas. Et puis c’est un hymne à l’âme masculine, grâce aussi à des jeunes qu’on voit à l’écran, tellement en quête de beau, de bon, de grand.

En un temps qui nous invite au repli sur soi et à l’enfermement, au milieu d’influenceurs du futile et de divertissements abrutissants, où on réfléchit plus en « sauve-qui-peut ! », en « profite ! »,  ou en « chacun-pour-soi ! », où tant d’êtres humains sont rejetés, isolés, qu’il est bon de se laisser envahir par le souffle missionnaire. Par la beauté d’une vie attentive et donnée qui à elle seule nie ce néant dans lequel trop souvent on croit survivre. 

L’Espérance qui regarde en face

Ce film me semble être un concentré d’espérance. La brute. La vraie. Celle qui nous fait sortir de nos enfermements, de nos certitudes, de nos indifférences… Celle de Bernanos, du désespoir surmonté, celle de Péguy, qui, « seule, portant les autres, traversera les mondes révolus ». Celle qui regarde la souffrance et le mal en face. L’Espérance avec un grand E, celle des grandes épreuves et du grand Amour. Celle qui protège du découragement. Celle qui nous fait désespérer de notre misère pour enfin espérer progresser en s’arrimant au casque du Salut et au bouclier de la foi. Celle qui soutient toute l’existence et résiste à toutes les désillusions. Celle d’une Beauté qui nous sauve. Celle qui conduit à donner sa vie. Celle qui murmure son nom au creux de nos âmes : « Je suis. »

En sortant de la salle noire je repensais à saint Augustin et à cette citation : « ne dites pas les temps sont mauvais. Vous êtes les temps. Soyez bons. Et les temps seront bons ».

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CinémaPrêtresacerdoce
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