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Entre le Saint-Siège et Israël, des relations diplomatiques sensibles

ISRAEL

ANDREW MEDICHINI | AFP

Le pape François et la rabbin Abraham Skorka.

Hugues Lefèvre - publié le 16/10/23

Chargées de considérations historiques et théologiques mais aussi politiques et économiques, les relations entre l’État d’Israël et le Saint-Siège sont singulières et délicates. La reconnaissance officielle par le Vatican de l'État d'Israël il y a seulement 30 ans en témoigne. Retour sur les grandes dates de cette relation.

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Alors que la guerre entre le Hamas palestinien et Israël fait de nouveau rage, comme un volcan endormi depuis trop longtemps mais loin d’être éteint, le Saint-Siège tâche de pousser les deux belligérants à la paix. Après l’offensive de grande ampleur menée par le Hamas sur le territoire israélien, qui a ôté la vie à des centaines de civils dans des circonstances barbares, la bande de Gaza se voit placée sous le feu des bombardements en guise de représailles. Pour tenter de trouver une issue durable à ce conflit sans fin, le Vatican a notamment proposé sa médiation, vendredi 13 octobre.Ce faisant, il réaffirme une position tenue de longue date : les deux peuples doivent pouvoir bénéficier des mêmes droits et d’une terre. Dans le même temps, le ministre israélien des Affaires étrangères, Eli Cohen, prononçait vendredi 15 octobre des propos on ne peut plus fermes à l’égard du Saint-Siège, l’accusant de n’avoir pas condamné « clairement et sans équivoque » les actions terroristes du Hamas que le pape François n’a pas mentionné nommément. Comment comprendre la nature, on ne peut plus délicate, des relations entre le Vatican et Israël ?

1904Le père du sionisme rencontre le pape Pie X

Quelques années après la tenue du premier congrès sioniste à Bâle, Theodor Herzl cherche des soutiens à travers le monde pour son projet de foyer juif en Palestine. En janvier 1904, il finit par être reçu au Vatican. Mais le pape Pie X lui oppose un refus ferme. Dans son journal, Theodor Herzl rapporte le discours que le pontife lui aurait tenu : « Nous ne pourrons pas empêcher les juifs d’aller à Jérusalem, mais nous ne pouvons en aucun cas soutenir cela ». « Les juifs n’ont pas reconnu Notre Seigneur, par conséquent nous ne pouvons pas reconnaître le peuple juif », aurait-il ajouté. Ce « non possumus » du pape restera longtemps la ligne du Saint-Siège, surtout préoccupé par le maintien de la paix dans la région, la protection des chrétiens et celle des Lieux saints. 

1948L’inquiétude de Pie XII devant la guerre

Après la proclamation de l’État d’Israël en mai 1948, la région s’embrase. Le pape Pie XII publie une lettre encyclique en octobre de la même année dans laquelle il se désole de « la guerre qui bouleverse la Palestine ». Sans mentionner le nom d’Israël, il confie sa tristesse de voir « le sang des hommes continu[er] de couler » sur la terre que foula le Christ. Le pape s’inquiète aussi de la préservation des Lieux saints. Il reprend par ailleurs l’idée de donner à Jérusalem un « caractère international » qui permettrait notamment de garantir la protection des sanctuaires. Il demande à ce que soient garantis l’accès aux Lieux saints disséminés dans toute la Palestine, « ainsi que la liberté de culte et le respect des coutumes et traditions religieuses ». 

1964Le voyage de Paul VI en Terre Sainte

Le déplacement du pape Paul VI en Terre Sainte en 1964 est un événement historique : jamais depuis saint Pierre un pape n’était retourné sur les chemins de Palestine. Conscient des enjeux politiques de ce voyage, Paul VI préfère lui donner un caractère exclusivement religieux. Il ne prononce pas une fois le nom de l’État hébreu. À cette époque, aucun pays arabe ne reconnaît son existence et le Saint-Siège non plus. Paul VI rencontre toutefois le chef du gouvernement israélien à Megiddo. Dans le sillage de Paul VI viendront ses successeurs : Jean-Paul II en l’an 2000, Benoît XVI en 2009 et François en 2014. 

1965La déclaration Nostra Aetate du Concile Vatican II

Publiée en octobre 1965, la déclaration Nostra Aetate ouvre une nouvelle page dans les relations de l’Église catholique avec le monde juif. « L’Église croit, en effet, que le Christ, notre paix, a réconcilié les Juifs et les Gentils par sa croix et en lui-même, des deux, a fait un seul », affirment les Pères conciliaires. Dans cette déclaration – qui fut âprement débattue par des patriarches et évêques orientaux trouvant le texte trop politique – est écrit que la mort du Christ ne peut être imputée indistinctement aux Juifs de l’époque « ni aux Juifs de notre temps ». Un secrétariat pour l’unité des chrétiens, chargé du dialogue œcuménique et des relations avec le judaïsme, est créé dans la foulée du Concile. Plus tard, le pape Jean-Paul II parlera des juifs comme des « frères aînés ». 

1993 L’Accord fondamental établit des relations diplomatiques

Ce n’est que le 30 décembre 1993 que les relations entre le Saint-Siège et Israël se normalisent officiellement, avec la signature de l’Accord fondamental. Il rend possible l’établissement de relations diplomatiques l’année suivante. Auparavant, il n’y avait ni ambassade d’Israël près le Saint-Siège à Rome, ni nonciature en Israël mais une délégation apostolique. Des contacts entre les papes et les responsables de gouvernement israélien existaient toutefois. De même, l’expression « État d’Israël » avait pu être utilisée par Jean-Paul II auparavant, reconnaissant alors une situation de fait.

Cet accord diplomatique est facilité par la signature des accords d’Oslo trois mois plus tôt entre Yzthak Rabin, Premier ministre israélien et Yasser Arafat, président du comité exécutif de l’OLP. Ces accords posaient les bases d’une résolution du conflit israélo-palestinien. En 1994 seront également établies des relations officielles entre le Saint-Siège et l’Organisation de libération de la Palestine de Yasser Arafat. 

L’Accord fondamental lance une série de discussions entre Rome et Israël sur des sujets plus techniques. En 1997, les deux États parviennent à un autre accord reconnaissant la personnalité juridique de l’Église catholique. Toutefois, et malgré d’intenses pourparlers, aucun accord juridico-financier global n’a encore pu aboutir quant aux questions liées aux droits de propriété et aux exonérations fiscales pour l’Église en Israël. Avant la création de l’État d’Israël en 1948, les institutions chrétiennes de Terre Sainte étaient exemptées d’impôt, conformément aux accords de Mytilène conclus en 1901 avec l’Empire Ottoman, qui contrôlait la région. Cette question soulève régulièrement de grandes tensions entre Israël et les communautés chrétiennes de Terre Sainte.

2023Le Saint-Siège porte (encore) la solution à deux États

La diplomatie vaticane reste toujours attachée à une solution à deux États, israélien et palestinien. En septembre dernier, avant l’attaque du Hamas contre Israël, Mgr Paul Richard Gallagher, cheville ouvrière de la diplomatie vaticane, plaidait une nouvelle fois à l’ONU pour un plan de paix qui ne se ferait pas « au détriment des populations locales ou des demandes légitimes des Israéliens et des Palestiniens ». Au sujet des Palestiniens, le prélat de nationalité britannique demandait de « reconnaître honnêtement » le fait qu’ils se trouvent dans une « position très faible », à la fois en raison de problèmes de gouvernance interne, mais aussi « de l’attitude de plus en plus autoritaire et militairement invasive de l’État d’Israël ». Réagissant à l’attaque « inhumaine » du Hamas en contre Israël, le cardinal secrétaire d’État Pietro Parolin a reconnu comme le pape « le droit des agressés de se défendre » mais en épargnant les civils de Gaza. Interrogé par Vatican News ce vendredi, le “numéro 2” du Saint-Siège a réitéré la vision d’une solution à deux États « qui permettrait aux Palestiniens et aux Israéliens de vivre côte à côte, dans la paix et la sécurité ».

Tags:
diplomatieIsraëlVatican
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