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Ne sacrifions pas l’Arménie aux intérêts économiques !

Armenie

ANTONI LALLICAN / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP

Stepanakert, Haut-Karabagh, 12 janvier 2021.

Hubert de Boisredon - publié le 17/10/23

La lâcheté européenne devant l’agression azérie contre les Arméniens du Haut-Karabagh indigne le chef d’entreprise Hubert de Boisredon. Il dénonce une déviance de fonctionnement de notre économie.

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Les terribles violences des guerres qui se déroulent actuellement en Israël, à Gaza et en Ukraine appellent notre prière. Mais un autre drame se joue actuellement en Arménie, presque en silence, aux confins de l’Europe. Nous devons collectivement nous réveiller et demander à nos dirigeants européens de réagir beaucoup plus fortement car c’est non seulement un peuple qui est martyrisé, mais c’est aussi notre histoire, notre foi et nos racines qui sont menacées.

Quelle est la situation ? Située dans la région du Petit Caucase, en Asie occidentale, l’Arménie possède des frontières terrestres avec la Turquie à l’Ouest, la Géorgie au Nord, l’Azerbaïdjan à l’Est et l’Iran au Sud-Est. La religion chrétienne est une composante importante de l’identité nationale. Les Arméniens vivent sur leurs terres ancestrales depuis 3.000 ans. Ils ont subi une extermination systématique de la part de l’Empire ottoman en 1915, qualifiée de « génocide arménien » par lequel ont péri 1,5 million d’Arméniens. L’Arménie devient indépendante en 1991, lors de la dissolution de l’URSS. Une tension historique demeure cependant entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie autour de la question du Haut-Karabagh, une région majoritairement arménienne, mais convoitée par l’Azerbaïdjan. 

Rayer l’Arménie de la carte

Après un blocus de plusieurs mois pour couper les communications et affamer la population, l’Azerbaïdjan est passé à l’offensive et a sonné le coup de grâce en attaquant la région du Haut-Karabagh le 19 septembre, jetant sur les routes de l’exode 100.000 Arméniens sur les 120.000 habitants qui y habitent depuis plus d’un millénaire. Ils sont dépossédés de leur terre ; ils ont tout perdu. Les vers de Charles Aznavour sont malheureusement une nouvelle fois réalité : des Arméniens connaissent à nouveau « la faim, le froid et la misère »… Le dictateur Ilham Aliyev a clairement affirmé ce qu’il voulait faire : rayer l’Arménie de la carte. Le risque qu’il aille plus loin encore dans son offensive est donc bien réel. La province du Syunick qui est au sud de l’Arménie est potentiellement menacée.

L’Arménie est une terre chrétienne à la jonction de l’Europe et de l’Asie. Ce qui se passe actuellement est extrêmement grave : Mgr Pascal Gollnisch, directeur de l’Œuvre d’Orient, explique que des églises et des monastères sont détruits, des croix rasées, des civils humiliés. L’Europe a toujours été aux côtés de l’Arménie, protégeant ces populations chrétiennes contre ses ennemis. Et pourtant cette fois-ci, jusqu’à présent, elle laisse faire cette agression azérie, réagissant simplement par quelques molles déclarations. Or comme le crient le patriarche de Cilicie des Arméniens, Sa Béatitude Raphaël Bedros XXI et Mgr Raphaël Minassian, patriarche de l’Église catholique arménienne, c’est le génocide de 1915 qui se répète sous nos yeux. 

Lâcheté européenne

Comment en sommes-nous arrivés à cette lâcheté européenne ? Il faut oser dénoncer l’accord qui a été signé le 18 juillet 2022 à Bakou, capitale de l’Azerbaïdjan, entre la présidente de la Commission européenne, Ursula van der Leyen, et le dictateur Ilham Aliev, visant à doubler les importations de gaz azerbaïdjanais pour compenser une partie du gaz russe soumis aux sanctions. Pour diversifier ses approvisionnements après la guerre en Ukraine, l’Union européenne s’est en effet tournée vers le gaz azerbaïdjanais. Le contrat a rapporté 15,6 milliards d’euros à Bakou avec l’objectif que ce pays double ses exportations gazières vers l’UE d’ici 2027. En vue, 20 milliards de mètre cubes par an, contre 8 milliards en 2021. L’opportunité était trop belle pour l’Azerbaïdjan d’utiliser cette nouvelle dépendance de l’Europe pour préempter la région stratégique arménienne de l’Artzakh. 

Nous ne pouvons pas, au nom d’une volonté de maintenir un confort économique, pactiser avec des régimes qui martyrisent leurs populations.

Jeudi 5 octobre, le Parlement européen a adopté, à une large majorité, un texte réclamant à l’Union européenne la « suspension » de cet accord et appelant à des « sanctions ciblées » contre l’État azerbaïdjanais. « Est ce qu’acheter du gaz à Bakou est moins coupable que d’en acheter à Moscou ? », a demandé en préambule du vote, l’eurodéputé François-Xavier Bellamy. À Paris, le président du groupe Les Républicains au Sénat, Bruno Retailleau a interpellé la Première ministre Élisabeth Borne pour que la France prenne des mesures beaucoup plus radicales pour protéger ce peuple martyr qui a face à lui un dictateur dangereux et déterminé. Le nouveau vice-président du Sénat en France, le communiste Pierre Ouzoulias dénonce aussi « le jeu d’une realpolitik épouvantable ». Défendre l’Arménie dépasse la logique des partis politiques ; il s’agit de l’honneur de la France !

Comme dirigeant d’entreprise et comme chrétien, il me paraît essentiel d’alerter nos contemporains sur ce drame humain qui menace nos racines aux frontières de l’Europe. Je m’étais engagé aux côtés de l’Œuvre d’Orient pour soutenir les minorités chrétiennes et yézidies persécutées par Daech en Irak.  Ce qui se passe actuellement est d’une même nature. Il est aussi le signe pour moi d’une déviance de fonctionnement de notre économie. Nous ne pouvons pas, au nom d’une volonté de maintenir un confort économique, pactiser avec des régimes qui martyrisent leurs populations. La décision d’augmenter les achats européens de gaz à l’Azerbaïdjan équivaut à financer l’épuration ethnique que les Arméniens subissent. Ceci est d’autant plus grave quand on sait qu’une bonne partie du gaz importé d’Azerbaïdjan est russe ! Devant le peu de réactions de la communauté internationale, le risque, souligné par le secrétaire d’État américain Antony Blinken, est que l’Azerbaïdjan envahisse bientôt toute l’Arménie dans les semaines à venir. Ce serait une honte pour l’Europe !

Être fidèle à l’essentiel

La cause arménienne est plus qu’une terre à défendre, c’est un combat pour la défense de la liberté des chrétiens à vivre leur foi aux frontières de l’Europe. Ce drame nous interpelle également sur l’importance comme acteurs de l’économie d’être à la hauteur de nos valeurs. Être fidèle à l’essentiel de ce qui nous anime doit être placé au-dessus de l’appât du gain et de contrats énergétiques prometteurs. Il faut espérer à ce titre que les contrats d’approvisionnement d’hydrocarbures signés récemment par certains énergéticiens français et européens avec le Qatar avec l’accord du Hezbollah ne nous lieront pas contre nos valeurs essentielles pour défendre le Liban dans la crise israélo-palestinienne actuelle. 

Certains prôneront la « real politik ». Mais n’y a-t-il pas d’autre voie que de la dépendance et la compromission avec nos valeurs ?

Les mots de Sylvain Tesson dans le magazine Le Point du 14 octobre dernier résonnent en moi : « Pourquoi l’Europe a-t-elle laissé faire envers les Arméniens ce qu’elle ne laisse pas faire ailleurs ? […] Ô que la chute de la maison d’Artzakh réveille l’Europe pour qu’elle s’avise enfin de prêter secours à ce qui lui a toujours ressemblé au lieu de vendre son âme à ce qui lui sera un jour hostile ! »

Certains prôneront la « real politik ». Mais n’y a-t-il pas d’autre voie que de la dépendance et la compromission avec nos valeurs ? Ne serait-ce pas le moment de nous engager résolument à défendre ce peuple qui nous est si proche et d’inviter nos contemporains à une réelle sobriété énergétique au nom de la lutte contre le réchauffement climatique et de notre liberté ? J’en appelle à ce que la France et l’Europe prenne des sanctions extrêmement fortes contre le régime de Bakou et suspende ses achats de gaz, en associant les Français et les Européens à l’enjeu de défendre nos valeurs et notre liberté dans cette période critique de l’histoire. 

Tags:
ArménieAzerbaïdjanGuerre
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