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Les corps incorruptibles des saints, un signe de la présence de Dieu ?

Carlo Acutis

© Claire Guigou / I.Media

Marzena Devoud - publié le 10/10/20 - mis à jour le 10/10/23

Conservé dans la basilique Saint-François à Assise en Italie, le corps du bienheureux Carlo Acutis, fêté le 12 octobre, n'est pas "incorruptible", mais "intègre". Mais de quoi parle-t-on quand on évoque ce phénomène ?

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Le tombeau en partie transparent qui renferme le corps de Carlo Acutis laisse apparaître un adolescent bien dans son époque et bien réel. Vêtu d’un jean, de baskets et d’un sweat-shirt, il semble juste dormir, son visage et ses mains donnant l’impression déroutante d’être toujours en vie. « Le corps de Carlo Acutis, béatifié le 10 octobre 2020, n’a pas été retrouvé « intact » mais « intègre », c’est-à-dire muni de tous ses organes, a déclaré le père Carlos Acácio Gonçalves Ferreira, le recteur du sanctuaire de la spoliation d’Assise au moment de l’ouverture de la tombe du bienheureux le 1er octobre 2022. De son côté, au moment de l’exhumation du corps du jeune italien en juin 2018 – conformément aux règles du procès en béatification – son postulateur Nicola Gori a annoncé que le processus de décomposition de ses restes n’avait pas affecté le corps du garçon.

Carlo-Acutis-3.jpg
© Claire Guigou / I.Media
Les visiteurs se pressent pour se recueillir devant le corps du jeune Carlo Acutis.

Cependant, a-t-il souligné à l’époque, « l’enthousiasme devrait être modéré avant qu’une recherche appropriée ne soit effectuée ». Sa mise en garde était compréhensible, car cette nouvelle a enflammé immédiatement l’imagination de nombreux fidèles qui perçoivent le phénomène des corps « incorruptibles » voire « intacts » comme un signe visible de sainteté. Si finalement le corps de Carlo Acutis est dit « intègre » et non pas « intact », les attentes autour de l’incorruptibilité des corps des saints provoquent bien un véritable questionnement. Pourquoi cet état, non explicable par la science la plupart du temps, est mis en valeur par l’Église ? Est-ce l’intervention divine qui permet à certains corps humains de demeurer « intacts » voire « incorrompus » après la mort ?

Un phénomène extrêmement rare

Pour Gilles de Percin, membre du Service catholique des funérailles, il s’agit tout d’abord d’un phénomène extrêmement rare. Il serait de l’ordre de 1 pour 1000 cas. En vingt ans de travail, il a rencontré ce phénomène deux fois, notamment en participant à l’exhumation du père Daniel Brottier (1876-1936), directeur de la fondation des orphelins Apprentis d’Auteuil, béatifié par le pape Jean Paul II en 1984 :

« En présence des personnes en charge de son dossier de béatification, j’ai sorti le corps du père Brottier de son caveau. Ma tête était tout proche de la sienne. Il était nu. Ses vêtements se sont désintégrés, mais son corps est resté entier, intact, jusqu’à ses doigts de pied, ses cheveux et ses ongles. Et une chose m’a frappé : son odeur très agréable, ce n’était pas le parfum de la rose ou de la violette, mais une odeur agréable ».

S’il existe en partie des explications rationnelles à ce phénomène, comme certains soins de conservation donnés aux défunts avant leur mise en terre, ou la nature du sol qui pourrait jouer un rôle important, pour ce professionnel funéraire, il s’agit d’un « signe de sainteté », même si « ce n’est pas ça qui est essentiel », précise-t-il.

Six signes de l’incorruptibilité physique

La première étude des cas d’incorruptibilité physique a été faite par Herbert Thurston, un prêtre catholique anglais de la fin du XIXe siècle. Il a décrit six caractéristiques, devenues depuis autant de pièces à conviction lors des procès en béatification. Elles sont les suivantes :

  • La présence d’un parfum suave émanant du corps ;
  • L’absence de rigidité cadavérique ;
  • La persistance d’une certaine tiédeur du cadavre ;
  • L’absence de putréfaction ;
  • Des écoulements anormaux comme de l’huile ou du sang ;
  • Et enfin des mouvements post mortem.

Cependant, la tradition d’allier ce phénomène inhabituel à la sainteté est très ancienne. C’est saint Cyrille (vers 315‑387), évêque de Jérusalem, qui le premier en a posé le principe :

« Même lorsque l’âme s’est enfuie, sa vertu et sa sainteté imprègnent encore le corps qui l’a hébergée ».

En 1215, sous l’impulsion du Pape et grand canoniste Innocent III, le concile de Latran a décidé de classer les « signes » physiques de sainteté, comme l’incorruptibilité des corps, derrière les vertus manifestées par le saint de son vivant. À ce sujet, Christiane Rancé, auteur du Dictionnaire amoureux des saints, s’étonne. « Comment ne pas accorder d’importance à ce phénomène dans une religion justifiée par le mystère de l’Incarnation ? Celle de Dieu fait homme ? (…) « Comme le signifie saint Cyrille, l’apparence du corps mort est censée révéler la vraie nature du défunt. Aussi, parmi les critères de sainteté, l’Église des premiers siècles retient d’emblée l’incorruption du cadavre car il s’agit de l’irradiation de la présence de Dieu, d’une manifestation de l’âme. C’est tout le mystère de la sainteté », confie-t-il à Aleteia

SAINT JEAN MARIE VIANNEY
FRED DE NOYELLE / GODONG / PHOTONONSTOP / AFP
Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859) surnommé le Curé d'Ars.

Ils sont nombreux, les saints dont le corps a été préservé de la putréfaction naturelle après leur décès. Constat parfois fait par hasard, lors de l’ouverture du cercueil des années après l’enterrement, pour y extraire un doigt ou un coeur comme relique miraculeuse. C’est notamment le cas de sainte Thérèse d’Avila, comme le précise toujours Christiane Rancé dans son ouvrage sur la vie de la mystique espagnole. Huit mois après sa mort, en juin 1583, le provincial Jérôme Gracian fait exhumer son corps au prétexte d’offrir à Thérèse une sépulture plus digne d’elle. Il explique alors qu’elle était « si entière » dans son corps féminin que lui et son compagnon sortirent de la pièce pendant qu’on la déshabillait… tellement son corps était « réel ».

102 cas de saints incorruptibles recensés

On observe le même phénomène chez sainte Catherine Labouré (1806‑1876), Fille de la charité, à qui la Vierge est apparue dans la chapelle Notre-Dame-de-la-Médaille-miraculeuse de la rue du Bac à Paris. Aujourd’hui, les fidèles prient devant son corps intègre, exposé aux yeux de tous dans une châsse en verre. Les médecins qui l’avaient exhumé pour les besoins du procès en béatification, avaient alors découvert qu’il était « intact » alors que l’enterrement avait eu lieu cinquante-sept ans auparavant.

On peut citer beaucoup d’autres cas : sainte Catherine de Sienne, sainte Bakhita, saint Philippe Néri, sainte Bernadette Soubirous, saint Jean-Marie Vianney, Padre Pio… Joan Carroll Cruz, l’auteur de The Incorruptibles publié en 1977, poursuivant le recensement du père Thurston à l’aide de sources ecclésiastiques, a authentifié 102 cas d’incorruption des corps des saints. Il faut rappeler toutefois que le Vatican considère avec une extrême prudence ce phénomène car bien souvent les saints réputés incorruptibles ont été embaumés.

POPE FRANCIS
Marcello Castigliego / Wikipédia
Saint Padre Pio (1887-1968).

Intact, intègre, incorruptible ou incorrompu ?

Pour la bonne compréhension du langage propre à la procédure canonique voici les définitions exactes de quelques termes clés : 

– Corps « intact » voire « incorruptible » ou « incorrompu » : qui subit peu ou pas de putréfaction, évitant le processus normal de décomposition après la mort. Autrement dit, selon le sociologue des religions Jacques Maître, il s’agit d’un « corps défunt qui reste comme vivant puisqu’il ne se décompose pas, et/où le corps vivant est comme éternisé dans la mort, puisqu’il ne connaît ni alimentation ni excrétion »

– Corps « intègre » : qui est muni de tous ses organes mais qui subit le processus normal de décomposition.

Ces saints dont le corps est demeuré intact :

Tags:
Béatification et canonisationCarlo AcutisMortSaint
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