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« Cuisiner dans l’esprit Laudato Si’ fait du bien au corps et à l’esprit »

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Fabrice Velgas/CLD

Anne Moreau, l'auteur du livre "Ma petite cuisine Laudato Si’"

Marzena Devoud - publié le 05/11/21

Cuisiner dans l’esprit de l’encyclique Laudato Si’ tout en privilégiant les plaisirs de la table, tel est le pari d’Anne Moreau, auteur de "Ma petite cuisine Laudato Si’". Rencontre.

Anne Moreau, 36 ans, à la fois diététicienne, psycho-nutritionniste et enseignante à l’Institut Paul Bocuse, a toujours été préoccupée par la question de la nutrition saine et durable. La publication de l’encyclique Laudato Si’ du pape François en 2015 l’a inspirée pour écrire un livre qui, pour la première fois, cherche à traduire concrètement les intuitions de l’encyclique. Dans Ma petite cuisine Laudato Si’, Anne Moreau propose 56 recettes savoureuses, avec des conseils pratiques pour une alimentation saine, gourmande, accessible et anti-gaspillage. Rencontre.

Aleteia :Cuisiner Laudato Si, cela veut dire quoi ?
Anne Moreau : Cela veut dire remettre du bon sens, et en même temps tous les sens dans l’assiette ! Cuisiner Laudato Si’, c’est prendre soin de notre santé, consommer moins, mais mieux. C’est aussi prendre le temps pour s’émerveiller des fruits de la Création. Cuisiner fait partie d’une « créativité généreuse et digne, qui révèle le meilleur de l’être humain », comme l’a écrit le pape François dans son encyclique.

Vous évoquez dans votre livre un chiffre qui fait peur : un décès sur cinq est causé par la mauvaise alimentation. Où se trouve la solution concrète face à ce fléau ?
Il y a 2 milliards d’adultes en surpoids dans le monde et les maladies cardiovasculaires restent la première cause de mortalité. Bien sûr, cette réalité est complexe, mais il est clair que nos habitudes alimentaires sont mises en cause. Indiscutablement, l’augmentation de la consommation d’aliments ultra-transformés (AUT) accroît fortement le risque de mortalité. Mais la bonne nouvelle, c’est que si la cause du mal est dans l’assiette, la solution l’est aussi ! En se mettant aux fourneaux, on prend le temps de veiller sur sa santé et celle de ses proches. C’est logique : la personne qui cuisine porte naturellement plus d’attention à la qualité de ce qu’elle veut préparer. Elle achète un produit de meilleure qualité comme par exemple un poulet bien nourri, qui a vécu en liberté et couru au grand air.

En quelque sorte, cela revient à cuisiner maison pour manger vrai ?
Oui, manger vrai signifie manger le plus de produits qui existent naturellement dans la Création. Un conseil simple pour ne pas se tromper lorsque vous faites des courses : demandez-vous si votre grand-mère serait capable de reconnaître le produit en question. Elle reconnaîtrait un poisson mais pas un surimi. En général, les saveurs « vanille » ou « fruits des bois » ou « aliments à base de… » n’augurent rien de bon… Et le corps voit bien la différence et sa santé en est affectée. Je pense que la responsabilité du chrétien est d’y faire attention en consommant de façon ajustée et en faisant les bons choix. Certes, notre alimentation s’est enrichie d’apports venant d’autres pays, mais le bon sens doit toujours nous guider et fixer l’équilibre.

Ma petite cuisine Laudato Si
Soupe au potimarron aux brisures de châtaignes selon la recette d’Anne Moreau.

Manger local et de saison est l’une des règle d’or pour une cuisine éco-responsable. Quand on est pressé par le quotidien, comment faire sans trop se prendre la tête ?
Ce n’est pas compliqué, moins que d’acheter des tomates en hiver ! Quand on fait les courses au supermarché, on perd le sens de la saison. Ce n’est pas le cas au marché. Alors oui, il est essentiel d’aller au marché, de rencontrer les producteurs, de leur demander comment utiliser une blette par exemple, leur demander des conseils.

Manger local, c’est apporter des nouvelles saveurs dans son assiette. Mais c’est aussi recréer du lien. Cela rend heureux et fait du bien au corps comme à l’esprit.

Ce qui permet aussi de recréer du lien avec des producteurs-artisans qui sont au plus près de la réalité. Cela aussi, c’est l’esprit Laudato Si’ … Manger local, c’est apporter des nouvelles couleurs et des nouvelles saveurs dans son assiette. Mais c’est aussi recréer du lien. Cela rend heureux et fait du bien au corps comme à l’esprit.

Vous évoquez dans votre livre un autre chiffre choc : 10 millions de tonnes, c’est le poids annuel du gaspillage alimentaire chaque année en France. Comment cuisiner de façon éthique et anti-gaspillage ?
Pour moi c’est encore une question de bon sens. Premièrement, il ne faut pas tomber dans le piège de la peur de manquer. Il faut se contenter de consommer ce dont on a besoin, et seulement ce dont on a besoin. C’est la clé. Le chrétien doit faire intérieurement un acte de foi et se dire qu’il n’a pas besoin du trop, il n’a pas besoin de sur-stocker ni de sur-consommer. Apaisé et confiant, ce consommateur ira alors chercher ses légumes de saison, il apprendra à mesurer la juste quantité, la juste qualité et le juste besoin. Au lieu d’aller vite, il prendra aussi le temps de s’émerveiller devant la Création. Pour moi, c’est un processus de petits gestes qui peut transformer en profondeur notre façon de vivre. Impossible de ne pas penser à cette phrase du pape François : « Lorsque nous jetons de la nourriture, c’est comme si nous l’avions volée à la table du pauvre, de celui qui a faim ! »

Vous préconisez également d’alléger sa cuisine en ustensiles et équipements… En quoi ce minimalisme est-il nécessaire selon vous ?
Je pense que cela vaut la peine de se poser la question tout simplement : de quoi ai-je vraiment besoin ? Si on se sépare du superflu, on laisse de la place à l’essentiel et tout se remet dans l’ordre. Avoir une cuisine surchargée de robots, c’est manquer de place, mais aussi avoir le réflexe de se décharger du geste de cuisiner. Alors que faire une pâte à la main nous fait entrer autant dans la matière que de donner du sens. La cuisine prend du temps ? Oui, absolument. Mais n’est-ce pas un temps mieux utilisé que celui qu’on perd sur son smartphone chaque jour ?

Le bonheur requiert de savoir limiter certains besoins qui nous abrutissent, en nous rendant ainsi disponibles aux multiples possibilités qu’offre la vie.

Se balader dans la campagne, cultiver son jardin, cueillir, cuisiner, voilà une belle reconduction. Cette pensée du pape François m’inspire chaque jour : « Ce n’est pas moins de vie, ce n’est pas une basse intensité de vie mais tout le contraire. Le bonheur requiert de savoir limiter certains besoins qui nous abrutissent, en nous rendant ainsi disponibles aux multiples possibilités qu’offre la vie. L’heure est arrivée de réaliser que cette joyeuse superficialité nous a peu servi. »

Votre livre est solidaire : vous vous engagez à reverser 50% des droits d’auteur au profit de Lazare, une association qui anime et développe des colocations solidaires entre des jeunes actifs et des personnes sans-abris. Pourquoi Lazare ?
Ce livre est né d’une rencontre avec mes amis de Lazare. Depuis longtemps je suis proche de cette association. J’y enseigne bénévolement les bases d’une « alimentation positive ». Et c’est justement cette expérience chez Lazare qui m’a encouragée à rassembler dans un livre mes recettes et ma vision d’une cuisine respectueuse de notre « maison commune ».

Que mijotez-vous pour ce soir ?
Un reste de soupe de potimarron avec un peu de lait de coco et des brisures de châtaignes ramassées le week-end dernier en famille. En entrée, il y aura peut-être aussi une tartine du pain dur qui reste, avec du miel, du comté et des noix. Comme dessert, il me reste un fond de compote de pommes. J’en aurai pour cinq minutes : juste un petit coup de four pour la tartine. C’est simple, 100% saison et 100% savoureux !

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Ma petite cuisine Laudato Si’, Anne Moreau, éditions CLD, octobre 2021, 240 pages, 24,90€

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