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Traditionis custodes : « Toute une génération va désormais se battre pour la libéralisation de la messe »

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Christophe Dickès - Agnès Pinard Legry - publié le 30/12/21

Cinq mois après la publication du motu proprio Traditionis custodes encadrant la messe tridentine, le Vatican a publié, samedi 18 décembre, une "responsa ad dubia" insistant sur une lecture stricte du texte. "Il est difficile de ne pas voir dans cette suppression un dessein purement idéologique", explique à Aleteia l’historien et spécialiste du Vatican, Christophe Dickès.

L’incompréhension ne retombe pas après la publication, samedi 18 décembre, d’une « responsa ad dubia« . Ce document, répondant à des questions sur le motu proprio Traditionis custodes visant à encadrer la messe dite de saint Pie V et qui insiste sur une lecture stricte du motu proprio a profondément troublé les catholiques attachés à la messe tridentine. « Vous avez beau le prendre dans tous les sens, le pontificat actuel vient de supprimer les acquis d’un travail bienveillant et patient de trente années des deux papes Jean Paul II et Benoît XVI », détaille à Aleteia l’historien et spécialiste du Vatican, Christophe Dickès.

Aleteia : Avez-vous été surpris par la publication de cette « responsa ad dubia » quelques jours avant Noël ? Est-ce que cela arrive souvent que des précisions soient apportées après la publication d’un motu proprio ?
Christophe Dickès : Je n’ai pas été surpris dans la forme parce que les textes pontificaux, quand ils sont publiés, ne peuvent prendre en compte la réalité complexe de la vie ecclésiale. Des questions se posent donc au fur et à mesure de leur mise en pratique. Il est naturel que Rome réponde aux doutes ou aux interrogations. Ceux-ci permettent de préciser des points, de corriger ou d’amender. Parfois, Rome choisit de ne pas répondre aux dubia estimant que les textes se suffisent à eux-mêmes : les dubia des quatre cardinaux à propos d’Amoris Laetitia en 2016 est le dernier cas le plus emblématique.

Et dans le fond du texte, quelle a été votre réaction ?
Dans le fond, les réponses de la Congrégation pour le Culte divin affichent clairement la volonté de suppression de l’ancienne forme du rite romain, notamment par la suppression des sacrements (mariage, ordination, confirmation) de l’ancien rite en dehors des paroisses personnelles. Même le Concile de Trente, que l’on croit très dur en matière de discipline, n’a pas été aussi tranchant dans la suppression des formes rituelles. Jusqu’au XIXe siècle, il existait par exemple en France des formes régionales du rite romain.

Comme je vous l’expliquais déjà cet été, il est difficile de ne pas voir dans cette suppression un dessein purement idéologique. Vous avez beau le prendre dans tous les sens, le pontificat actuel vient de supprimer les acquis d’un travail bienveillant et patient de trente années des deux papes Jean Paul II et Benoît XVI. Comme certains médias, on peut ainsi se poser la question de savoir si Rome souhaite programmer la mort des communautés traditionalistes.

En quoi s’agit-il d’une suppression des acquis des deux pontificats précédents?
Créée en 1988, le commission Ecclesia Dei avait pour objectif de « faciliter la pleine communion ecclésiale » des personnes (prêtres, séminaristes, communautés religieuses) qui avaient des liens avec Mgr Lefebvre et qui souhaitaient rester unis au successeur de Pierre. Ce document faisait suite à un indult (Qutatuor abhinc annos, 1984) c’est-à-dire une autorisation sur l’usage du missel romain de 1962.

Comme on le sait, ces deux textes ont été complétés et/ou remplacés en 2007 par le Motu proprioSummorum Ponificum de Benoît XVI, qui a créé deux formes du rite romain : une forme ordinaire, celle de la nouvelle messe ; une forme extraordinaire, celle de l’ancienne messe. Benoît XVI, dans une lettre aux évêques indiquait : « L’histoire de la liturgie est faite de croissance et de progrès, jamais de rupture. Ce qui était sacré pour les générations précédentes reste grand et sacré pour nous, et ne peut à l’improviste se retrouver totalement interdit, voire considéré comme néfaste. » Or, en l’espace de deux ans, entre 2019 et aujourd’hui, le pape François a supprimé l’institution créée par Jean Paul II et a mis un point final à la libéralisation voulue par Benoît XVI. Objectivement, il est difficile de voir une continuité ici mais bien une rupture.

Les questions soulevées et les réponses apportées vous semblent-elles pertinentes ? Je pense notamment pour les diocèses français dont certains ont déjà pris des mesures il y a quelques semaines.
Depuis la publication du motu proprio Traditionis Custodes, et à la suite de différents entretiens entre les évêques et le Pape, on comprenait schématiquement que le pouvoir épiscopal reprenait la main au détriment de l’ancienne commission romaine Ecclesia Dei. Or, les dubia apparaissent pour le coup comme une reprise en main de Rome qui apporte davantage de restrictions.

N’est-ce pas le pape François lui-même qui ne cesse de dire qu’il faut privilégier l’esprit à la loi, selon les mots de saint Paul ?

À cet égard, on peut s’étonner que Rome se lance dans une forme de juridisme : n’est-ce pas le pape François lui-même qui ne cesse de dire qu’il faut privilégier l’esprit à la loi, selon les mots de saint Paul ? On voit d’ailleurs des personnes bien éloignées des milieux traditionalistes s’étonner d’une telle dureté romaine. Je vous renvoie aux propos publics du père Daniel Ange ou encore dernièrement de ceux de Jean-Pierre Denis, ancien patron de l’hebdomadaire La Vie.

Enfin, le problème est que les dubia posent aussi d’autres questions ! J’ai personnellement demandé à des canonistes si les anciennes communautés Ecclesia Dei (Fraternité Saint-Pierre, Institut du Christ Roi, Institut du Bon Pasteur, etc.), qui ont l’usage exclusif de l’ancien rite, étaient concernées par l’interdiction des sacrements. Aujourd’hui, je n’ai pas de réponse claire sur le sujet.

Un tel document comporte-t-il des risques de fracturation de l’Église ?
En adoptant une position stricte, toute une génération qui n’a pas connu la guerre liturgique des années 1960-1970, va désormais se battre pour la libéralisation de la messe, ceci en cas de conflits avec les autorités diocésaines. Chaque communauté va naturellement défendre son pré-carré parce qu’elle voit dans cette décision une profonde injustice. Or, comme l’expliquait dernièrement l’historien Guillaume Cuchet dans son livre Le catholicisme a-t-il encore un avenir en France ?, la transmission de la foi s’opère davantage dans ces communautés de fidèles qu’ailleurs. Ces communautés sont donc vivantes, donnent des vocations, ceci dans un monde ultra-sécularisé et qui ne cesse de se déchristianiser. Ces communautés, loin d’être isolées du monde, se reconnaissent dans les constats du pape Benoît XVI sur les minorités créatives.

Inévitablement aussi, d’autres retourneront dans la Fraternité Saint Pie X au regard de la considération qu’a suscité leur fidélité au siège romain. Plus grave, des vocations qui ont mûries au sein des communautés traditionalistes vont se retrouver en face d’un véritable choix de vie. C’est ici le plus terrible de cette affaire. Alors que vous avez grandi spirituellement dans un univers, votre avenir va être suspendu à une autorisation romaine et celle-ci pourra, possiblement, vous demander de renier votre propre cheminement dans la Foi et son expression liturgique. Des vocations risquent donc de se perdre ou, à tout le moins, de créer de graves cas de conscience.  

Dit autrement, les deux textes romains des six derniers mois créent une bombe à fragmentation que les évêques vont devoir gérer dans les mois futurs. Personnellement, je pense que l’église, souillée en son âme par les affaires de pédo-criminalités, a d’autres priorités et qu’elle ne peut se permettre le luxe d’une crise de ce genre.

Propos recueillis par Agnès Pinard Legry

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