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Ukraine : gagner une guerre sans la faire

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Un camion militaire russe dans la région de Rostov qui borde la République populaire autoproclamée de Donetsk, le 23 février 2022.

Jean-Baptiste Noé - publié le 23/02/22

Russie et États-Unis ne cessent de faire croître les tensions en Ukraine. Chaque pays maîtrise sa communication, sa diplomatie et son discours pour tenter de gagner la guerre sans la faire. Pour notre chroniqueur, rédacteur en chef de la revue « Conflits », les deux parties ont atteint aujourd’hui leurs principaux objectifs.

Nul besoin de faire une guerre ouverte pour la gagner. La dissuasion, l’intoxication informationnelle, le bluff et les épreuves de force peuvent permettre de gagner une guerre, à condition que l’adversaire soit convaincu que l’autre puisse réellement intervenir. L’affrontement en Ukraine démontre une nouvelle fois la loi de la guerre : l’armée est au service du politique. Une guerre est gagnée quand les objectifs politiques sont atteints ; l’armée est un moyen pour atteindre les objectifs politiques fixés. 

Objectifs russes atteints

Que voulaient les Russes ? D’une part, empêcher que l’Ukraine intègre l’OTAN, ce que les Américains avaient promis en 1991, mais ce qu’ils semblaient vouloir remettre en cause. Ils voulaient aussi clore définitivement le chapitre Crimée ouvert en 2014 en faisant en sorte que la communauté internationale ne remette pas en cause l’annexion de la presqu’île. Enfin, il s’agissait de garantir l’autonomie des républiques de Donetsk et de Lougansk, ce Donbass qui a fait sécession de l’Ukraine depuis 2014 et qui est depuis en conflit militaire avec Kiev. Tous ces objectifs sont atteints. En envoyant ses troupes au Donbass, Moscou est perçu comme un libérateur par ces populations russes qui connaissent une guerre de tranchées depuis huit ans. L’indépendance qui existait de fait depuis 2014 est désormais officiellement reconnue par la Russie, à défaut du reste de la communauté internationale.

Les résultats politiques russes ont donc été obtenus, pour l’instant sans guerre ouverte, mais en maîtrisant la tension, la communication et la dissuasion. Pour cela, il a fallu montrer les muscles en déployant l’armée à la frontière de l’Ukraine, infiltrer des troupes de mercenaires formées et équipées par l’armée russe, mais sans l’uniforme de Moscou et menacer d’une invasion. Ce que la Russie a opéré s’appelle une politique de dissuasion. C’est aussi une stratégie militaire et c’est aussi une façon de gagner la guerre. Si l’armée russe était faible, personne n’aurait cru une invasion possible. Moscou a pu engager un bras de fer et atteindre ses objectifs parce qu’elle a les moyens militaires de sa politique. 

Objectifs américains atteints également

Comme les Russes, les Américains ont atteint leurs objectifs. Il s’agissait d’éviter que l’Ukraine, surtout sa partie Est, ne tombe sous le contrôle complet de Moscou. C’est pour l’instant assuré. Il est probable qu’un partage se fasse dans les prochaines semaines : le Donbass russophone aux Russes, l’ouest ukrainien pro-occidental dans le giron de l’Occident. Il s’agissait aussi de redonner une nouvelle vie à l’OTAN. Il y a quelques mois encore le président Macron pouvait dire que l’OTAN était en état « de mort cérébrale ». Donc que celle-ci ne servait à rien. La crise ukrainienne a montré l’utilité de l’OTAN et permet donc aux Américains de justifier son existence et son budget ainsi que la présence de troupes américaines en Europe de l’Est, notamment dans les pays baltes et en Pologne.

L’Ukraine a permis de sortir l’Organisation de son état de moribond et de lui redonner une justification politique et militaire. Les États-Unis ont donc eux aussi gagné. 

La menace russe en Ukraine pouvait faire craindre une menace russe dans les pays baltes, des pays où les Russes représentent près de 20% de la population, essentiellement concentrés dans les capitales, et où ils sont très présents dans les entreprises portuaires. La crainte d’une annexion de l’Ukraine permet donc, en parallèle, d’éveiller la crainte d’une annexion de ces territoires. D’où l’utilité de l’OTAN, non plus contre la menace soviétique, mais contre la menace russe. D’autant qu’au même moment, l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord est en train de rédiger son livre blanc pour les années à venir, document qui sera présenté au public au début de l’été 2022. Avec la menace russe, les projections otaniennes prennent donc une dimension plus large. L’Ukraine a permis de sortir l’Organisation de son état de moribond et de lui redonner une justification politique et militaire. Les États-Unis ont donc eux aussi gagné. 

La guerre de l’information

Dans cette guerre, l’armée russe a joué pleinement son rôle de dissuasion et la communication son rôle d’intoxication et de conditionnement des populations. La dramaturgie militaire fut bien menée, avec une menace d’invasion sans cesse présentée comme proche, d’abord fin 2021, puis en janvier, puis durant les Jeux olympiques ; toujours repoussée afin de maintenir la tension politique. Ce narratif guerrier était autant adressé aux alliés européens qu’aux Russes, comme moyen de faire monter la pression aussi chez eux, voire de les pousser à la faute. Ce à quoi nous assistons est une véritable guerre, ce que les Anglo-saxons appellent le political warfare, ce que l’on traduit en français par « guerre par le milieu social ». D’une certaine façon, c’est aussi ce que les Chinois font à l’égard de Taïwan en ne cessant de répéter qu’ils vont prendre l’île : préparer les esprits est la meilleure façon de faire accepter le fait accompli.

Si la raison domine, les belligérants devraient en rester là, accepter ce partage du territoire, prendre leurs gains et faire retomber la tension. Mais dans un affrontement des puissances, le futur n’est jamais complètement prévisible ; des imprévus et des dérapages sont possibles, faisant alors passer la guerre par le milieu social à la guerre militaire ouverte.

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