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Sœur Malgorzata, la « Mère Teresa polonaise », se mobilise pour les réfugiés ukrainiens

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Facebook Chleb Zycia/courtesy of Malgorzata Chmielewska

Marzena Devoud - publié le 13/03/22

En Pologne, depuis trente ans, sœur Małgorzata Chmielewska consacre l’essentiel de sa vie à aider les sans-abri. Depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine le 24 février, elle s’occupe aussi des réfugiés ukrainiens. Avec la même détermination et le même calme intérieur. Rencontre.

Tout le monde en Pologne connaît bien sœur Małgorzata Chmielewska. Appelée souvent la « Mère Teresa polonaise », cette laïque consacrée gère avec sa communauté Chleb Zycia (Pain de Vie) onze maisons qui accueillent aujourd’hui 300 personnes sans domicile. Une vocation qui naît d’une rencontre personnelle avec le Christ il y a trente ans, suivie de plusieurs tentatives de mettre en pratique ce que la jeune femme comprend de l’Évangile. Elle découvre alors que certaines choses y sont dites de manière très simple : J’avais faim, et vous m’avez donné à manger… Et puis, un jour en 1988, Malgorzata croise des sans-abri qui dorment dans les églises. Elle apprend qu’à la fin de la dernière messe, on les oblige à partir : « Je me souviens d’une amie me disant en les voyant : ‘Nous allons rentrer chez nous retrouver nos lits bien chauds et ces gens vont dans les poubelles et les égouts' », confie-t-elle à Aleteia. De cette phrase naît l’idée de faire pour eux « quelque chose de concret, quelque chose de grand ». Rien d’étonnant que sœur Małgorzata Chmielewska, en voyant la guerre éclater en Ukraine éclater le 24 février, ne réagisse aussi. Elle a décidé en un instant d’accueillir des réfugiés ukrainiens. 

Aleteia : Vous attendiez-vous à cette guerre en Ukraine ?
Sœur Małgorzata Chmielewska : Non, je ne m’y attendais pas. Quand un employé ukrainien qui travaille pour notre communauté a frappé à ma porte le 24 février à 7 heures du matin en criant « C’est la guerre ! », je n’arrivais pas à le croire. J’espérais que Vladimir Poutine n’irait pas jusqu’au bout, même si mon intuition me disait en même temps de me préparer au pire… Il n’y a pas si longtemps, nous avons décidé de fermer l’une de nos maisons d’accueil et je ne sais pas pourquoi, je n’ai pas remis les clés à la mairie à qui le bâtiment appartient. Je me suis dit que peut-être, j’en aurais quand même besoin. Et c’est le cas ! Nous sommes en train de préparer cette maison pour les réfugiés ukrainiens. Dès cette semaine, on pourra y installer vingt familles. Dans d’autres maisons de la communauté, nous avons déjà reçu plusieurs réfugiés. Là où je vis, six familles sont déjà installées. Il s’agit la plupart du temps d’une mère avec ses enfants, accompagnée de sa mère ou de sa belle-mère. 

Comment vont-elles aujourd’hui ?
Je vois qu’il est très important qu’elles disposent d’un espace de vie relativement confortable, bien à elles, et que les enfants puissent jouer ensemble dans une pièce à part. Tous ces détails me semblent essentiels car ces mères et grand-mères sont traumatisées. Quand elles viennent me voir, il y en a toujours une qui pleure. Parfois, elles sont en larmes toutes en même temps.

Comment réconforter une femme qui sait qu’elle peut recevoir à chaque instant la nouvelle annonçant la mort de son mari, de son fils ou de son petit-fils ? 

Chacune a un mari, un fils ou un petit-fils dans l’armée. Nous faisons tout pour les soulager, les réconforter et les occuper. Seulement, comment réconforter une femme qui sait qu’elle peut recevoir à chaque instant la nouvelle annonçant la mort de son mari, de son fils ou de son petit-fils ? 

Vous vous occupez au quotidien de 300 sans-abri polonais. Comment vous organisez-vous pour accueillir en plus les réfugiés ukrainiens ?
Nous avons une double approche. Tout d’abord, nous avons dans deux grandes villes – Varsovie et Cracovie – deux maisons de passage pour les familles qui restent juste quelques jours, le temps de rejoindre leurs proches ou amis quelque part en Pologne. Il faut savoir qu’il y a un million et demi d’Ukrainiens qui vivent et travaillent ici. Une partie des réfugiés a donc un point de chute. Ensuite, dans la maison où je vis et qui est à la campagne, nous accueillons ceux qui ne connaissent personne et ne savent pas où aller. Ces familles resteront probablement plus longtemps chez nous car elles auront du mal à trouver un logement et un travail dans une grande ville : parce qu’il y a des enfants en bas-âge ou parce que leurs mères sont trop fragiles pour se débrouiller seules. 

Depuis le premier jour de la guerre, on a pu observer un véritable élan de solidarité des Polonais envers les Ukrainiens. Comment l’expliquez-vous ? 
C’est un élan du cœur, complètement spontané et merveilleux envers celui qui est dans le grand besoin. Cette guerre n’est plus la guerre en Syrie que nous avons pu voir à la télévision. Elle se déroule sous nos yeux, juste à côté. Elle est visible et elle est palpable. Comment ne pas aider ? 

C’est grâce aux réseaux sociaux, que les gens se sont rassemblés immédiatement dans un mouvement populaire incroyable : des personnes ordinaires, des ONG comme des autorités locales… Des échanges « en direct » d’informations et d’entraide se sont organisés en quelques clics à travers différents groupes Facebook. Je vous donne un exemple. Des étudiants cherchaient un mini bus pour partir à la frontière polono-ukrainienne. En voyant leur annonce, j’ai répondu que nous pouvions leur prêter notre voiture. Ils sont partis pratiquement tout de suite pour passer une semaine comme bénévoles à la frontière. D’ailleurs, je leur ai suggéré d’aller plutôt du côté ukrainien, parce que là-bas, les gens frigorifiés attendent trois, parfois quatre jours dans le froid avant de pouvoir passer du côté polonais.

Chaque geste envers une personne qui est dans le besoin est un geste qui vient de Dieu.

L’idée était donc de leur donner des repas chauds, des médicaments et la possibilité de se réchauffer dans notre mini-bus. Ces jeunes étudiants ont pu aider ainsi quelques milliers de personnes. Voilà en quelques clics et textos, tout a été arrangé pour qu’ils puissent le faire. Ce matin même, un évêque protestant de Cracovie, m’a appelé parce qu’il avait besoin d’un lit de voyage pour bébé pour une famille de réfugiés. Il m’a demandé de mettre sa demande sur les réseaux sociaux. En une demi-heure, il avait déjà plusieurs lits à sa disposition. 

N’avez-vous pas l’impression que cet élan de solidarité est accompagné d’un réveil spirituel ?
Chaque geste envers une personne qui est dans le besoin est un geste qui vient de Dieu. Car Dieu est amour. Que ceux qui aident s’en rendent compte ou non, leur geste vient de Dieu. Oui, je pense qu’il y a un réveil spirituel. Les paroisses, les ordres religieux, les associations catholiques travaillent jour et nuit pour aider les réfugiés. Les monastères masculins comme féminins ont ouvert leurs portes. Il se passe quelque chose d’extraordinaire, qui portera certainement ses fruits. Pas seulement une aide concrète aux personnes dans le besoin. Mais aussi une transformation spirituelle : un nouveau regard, au-delà du « clocher de sa paroisse ». Je suis sûre de cela. C’est un grand éveil et une ouverture aux besoins des autres. Vous connaissez les trois « destinations » du Christ ? La première est l’Eucharistie, la deuxième, c’est l’Église en tant que communauté et la troisième, c’est son prochain. Selon moi, cette dernière, nous l’avons souvent oubliée ces derniers temps dans l’Église de Pologne, contrairement à l’Église de France.

Comment faire face à la peur de l’avenir si incertain aujourd’hui ?
Nous devrons probablement renoncer à bon nombre de nos petits conforts et même peut-être à un niveau de vie auquel, nous, les Européens, nous sommes habitués. Les sanctions économiques contre la Russie aurons un impact pour nous aussi. Nous n’aurons donc pas les moyens de nous offrir telle ou telle chose. Alors oui, nous serons peut-être plus pauvres, mais nous serons meilleurs. Je sais que Dieu comblera tous ces manques à condition que nous fassions l’effort de « nous pousser sur le banc de la vie » et laisser un peu de place au prochain. Du point de vue chrétien, il nous faut surtout du courage. 

Face au travail, stress et fatigue que faites-vous pour retrouver des forces ?
Pour les forces spirituelles, j’essaie d’être avec le Christ du matin au soir. Et quand je dors, je sais qu’Il veille sur moi. Et en ce qui concerne mes forces physiques, je me répète et je le répète aux jeunes que dans cette nouvelle situation liée à la guerre et à l’accueil des réfugiés, il ne s’agit pas d’un marathon, mais d’une course de fond. Pour tenir, j’essaie de m’accorder des instants de repos, de lâcher prise. Cela s’applique également à mon travail quotidien « en temps normal » auprès des sans-abri. Il y a des situations qui sont terriblement difficiles. Pour tenir, il faut prendre soin de soi : dormir, manger et ensuite passer à l’action. Nous avons des centaines d’appels téléphoniques par jour, des centaines de choses à coordonner, des centaines de problèmes à résoudre. Pour y faire face, il est essentiel de garder le calme intérieur.

Mais comment ne pas se laisser envahir par la peur, la colère, ou le désespoir ?
Je pense que c’est la prière qui est la clé : dès que j’ai quelques minutes, je prie pour la paix. Et j’essaie de vivre avec le Christ avec cette conscience que c’est Lui qui m’envoie. Mon travail est juste d’être prête à servir. 

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