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Spiritualité
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La dévotion au Sacré Coeur, une réponse à l’amour par l’amour

mozaika z Najświętszym Sercem Pana Jezusa i zbliżającą się siostrą wizytką

Fred de Noyelle / Godong

Chapelle Saint Claude de la Colombière à Paray-le-Monial

Jean-Thomas de Beauregard, op - publié le 23/06/22

Pour la solennité du Sacré-Cœur de Jésus, le frère Jean-Thomas de Beauregard op nous introduit dans la dévotion au Sacré-Cœur, souvent mal comprise. Répondre à l’amour par l’amour, c’est ce que nous enseignent les mystiques, mais d’abord l’Écriture sainte à travers les contacts directs de l’homme avec le cœur de Jésus.

Dans ses Dialogues, sainte Catherine de Sienne rapporte cette parole que Dieu lui adresse : « J’ai voulu que le côté de mon Fils unique fût ouvert, pour te faire voir le secret du cœur. Je l’ai disposé, comme un asile toujours ouvert, où vous pourriez connaître et goûter l’Amour ineffable que j’ai, en trouvant et en contemplant ma Nature divine unie à votre nature humaine. » Cette révélation faite à Catherine de Sienne culmine dans l’expérience mystique de l’échange des cœurs, Jésus ôtant un jour de la poitrine de Catherine de Sienne son cœur à elle pour y placer le sien : « Ma fille, lui dit son céleste époux, je t’ai enlevé ton cœur ; maintenant je te donne le mien pour que tu en vives toujours. »

Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne se repose en toi.

Mais au-delà de cette expérience exceptionnelle réservée peut-être à quelques-uns quant à son étonnante matérialité, chacun est appelé à vivre de l’amour du cœur de Jésus offert sur la Croix. À l’école de Catherine de Sienne, la solennité du Sacré-Cœur invite en réalité à méditer un triple mystère : celui de Jésus vrai Dieu et vrai homme, celui de l’amour divin et humain du Christ, et celui de la Trinité tout entière qui s’écoule sur tous les hommes depuis le côté ouvert du Christ en Croix lorsqu’il remet l’esprit : « L’amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par l’Esprit » (Rm 5, 5)

Vivre l’amour du cœur de Jésus

La dévotion au Sacré-Cœur peut sembler trop sentimentale, jusque dans le thème de la réparation qui lui est associé depuis les apparitions de Paray-le-Monial à Marguerite-Marie Alacoque : l’offrande des souffrances personnelles pour répondre au terrible constat selon lequel « l’Amour n’est pas aimé », le Cœur de Jésus méprisé et délaissé. En sollicitant la sensibilité sous toutes ses formes, mais en oubliant d’autres dimensions humaines et spirituelles, la dévotion au Sacré-Cœur peut rebuter bien des chrétiens. C’est oublier que le cœur, dans l’anthropologie biblique, ne désigne pas seulement le siège de l’affectivité ou de la sensibilité mais aussi celui de la volonté ou encore de la mémoire, avec ces préceptes divins inscrits « sur la tablette du cœur » (Pr 7, 3). De manière contre-intuitive pour un esprit occidental et moderne, c’est même l’intelligence qui est visée le plus souvent lorsque l’Écriture évoque le cœur : « Dieu leur donna un cœur pour penser » (Si 17, 6). Lorsqu’on dit de Salomon qu’il avait « un cœur aussi vaste que le sable qui est au bord de la mer » (1 R 5, 9), c’est en vertu de l’immensité de son savoir qui est décrite dans les versets suivants. C’est d’ailleurs ce que Salomon avait demandé et obtenu de Dieu au tout début de son règne : « un cœur intelligent » (1 R 3, 9).

Autrement dit, toutes les facultés spirituelles de l’homme sont impliquées dans l’idée biblique du cœur, et c’est avec toute cette richesse de significations diverses qu’il faut envisager la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus. Saint Augustin écrivait dans les Confessions : « Mon cœur, là où je suis ce que je suis. » Ce qui est vrai de l’homme pris dans toutes les dimensions de son être l’est aussi du Christ : le cœur, c’est la personne tout entière, dans sa vérité. La dévotion au Sacré-Cœur, c’est donc un dialogue entre tout dans l’homme et tout dans le Christ, jusqu’au plus intime de la Trinité.

La vocation humaine par excellence

Il s’agit de répondre à l’amour divino-humain du Christ en Croix et de toute la Trinité par notre amour humain surnaturalisé par la grâce, c’est certain ! Mais que serait cette réponse d’amour si elle n’était pas fécondée par la lumière de notre intelligence, soutenue par l’effort de notre volonté, ruminée dans notre mémoire ? Ce serait un amour sans objet, sans constance, et sans histoire, autant dire très peu de choses. Et ce serait d’autant plus dramatique que ce cœur-à-cœur avec Dieu est la vocation humaine par excellence, selon les mots bien connus d’Augustin : « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne se repose en toi. » La dévotion au Sacré-Cœur exige donc de mettre en œuvre toutes nos facultés humaines pour répondre à l’amour par l’amour.

L’Écriture Sainte nous enseigne à cet égard. Car en effet, qui ou quoi a été le plus proche du cœur de Jésus lors de sa Pâque ? La tête de Jean, la lance du légionnaire Longin, le doigt de Thomas. Chacun de ces contacts avec le cœur de Jésus livre un enseignement.

Les trois contacts avec le cœur de Jésus pendant la Passion

Le premier contact avec le cœur de Jésus pendant le mystère pascal, c’est la tête de Jean qui a reposé sur la poitrine du Christ à la Cène. Il y a là une union indissoluble de l’intelligence et de l’affectivité, qui déborde sur la volonté puisque Jean a pu unir les battements de son propre cœur à ceux du cœur du Sauveur. C’est donc toute la personne de Jean, toutes ses facultés, qui se sont unies à toute la personne de Jésus par ce contact avec son Cœur. L’Évangile de Jean et ses épîtres, qui unissent étroitement la lumière intelligible la plus éblouissante et l’exigence de l’amour sont le fruit de ce contact avec le cœur de Jésus. Ce n’est pas le moindre des paradoxes que le contact apparemment le plus extérieur (la tête de Jean contre la poitrine de Jésus est matériellement moins proche du cœur que la lance de Longin ou le doigt de Thomas) est en fait le plus pénétrant.

Parce qu’il se fait infiniment proche de nous, Jésus s’offre aux coups de lance de nos péchés.

Le deuxième contact avec le cœur de Jésus pendant le mystère pascal, c’est la lance de Longin qui a transpercé le côté de Jésus pour atteindre son cœur d’où ont coulé le sang et l’eau. Cela nous enseigne que notre proximité avec le Cœur de Jésus est aussi une capacité de le blesser. Parce qu’il se fait infiniment proche de nous, Jésus s’offre aux coups de lance de nos péchés. Mais le même soldat qui, peut-être, a percé le côté ouvert de Jésus, a ensuite confessé sa foi : « Vraiment, cet homme était fils de Dieu ! » (Mc 15, 39). Longin est le précurseur de la dévotion au Sacré-Cœur dans sa dimension de réparation, puisqu’il n’y a peut-être pas de plus grande réparation possible aux offenses contre l’amour divin qu’une véritable confession de foi. On y apprend en outre que c’est jusque dans l’acte même notre péché et dans notre terrifiant pouvoir de le blesser que Jésus offre sa miséricorde et la grâce de la conversion.

Le doigt de Thomas

Le troisième et dernier contact avec le cœur de Jésus pendant le mystère pascal, c’est le doigt de Thomas qui s’enfonce dans les profondeurs des plaies glorieuses du Christ ressuscité, jusqu’au cœur, pour être capable de proclamer sa foi : « Mon Seigneur et mon Dieu » (Jn 20, 28). Sa profession de foi va plus loin que ce qu’il expérimente, puisqu’il voit un homme ressuscité et confesse son Dieu. Sa sensibilité et son intelligence sont donc unies et surélevées par la grâce pour produire un acte de foi en la personne de Jésus vrai Dieu et vrai homme, l’un de la Trinité, mort et ressuscité pour nous sauver du péché et de la mort. On comprend aussi à cette occasion que le cœur de Jésus est capable de vaincre toutes les résistances et tous les doutes, même s’il faut parfois du temps pour cela.

La dévotion au Sacré-Cœur intègre donc tout dans l’homme pour en faire un saint selon le cœur de Dieu. C’est peut-être sainte Élisabeth de la Trinité qui la synthétise le mieux : 

« Ô mon Christ aimé, crucifié par amour, je voudrais être une épouse pour Votre Cœur. Je voudrais vous couvrir de gloire, je voudrais vous aimer jusqu’à en mourir. Mais je sens mon impuissance et je vous demande de me revêtir de vous-même, d’identifier mon âme à tous les mouvements de votre âme, de me submerger, de m’envahir, de vous substituer à moi afin que ma vie ne soit, qu’un rayonnement de votre vie. Venez à moi comme Adorateur, comme Réparateur et comme Sauveur. »

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