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Survivant du régime Khmer Rouge, il a pardonné aux bourreaux de sa famille

CAMBODGE, KHMERS ROUGES, COMMUNISME

Golden Apple Silver Setting / Ucanews

Sokreaksa Himm, à droite, avec l'un des assassins de sa famille.

Cécile Séveirac - publié le 18/03/23

Sokreaksa a vu sa famille entière décimée par les Khmers Rouges en 1977, alors qu’il était adolescent. Habité par un puissant désir de vengeance durant de nombreuses années, sa conversion au christianisme a eu raison de sa colère et l’a conduit à pardonner à ses bourreaux.

« Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent », dit le Christ à ses disciples dans l’évangile selon Matthieu (5.44). Cet enseignement, d’une exigence rare, semble parfois absolument impossible à mettre en pratique. Sokreaksa Himm a pourtant réussi à pardonner l’impardonnable. À 59 ans, ce Cambodgien témoigne sur le site « The Forgiveness Project » — qui rassemble des témoignages de victimes de crimes ayant pardonné à leurs bourreaux —, de sa démarche de pardon envers les assassins de sa famille, près de 40 ans après le drame. 

Sokreaksa Himm était âgé de douze ans lorsque ceux que l’on appelle les Khmers Rouges —armée du Parti Communiste du Kampuchéa — prennent le contrôle de la capitale du Cambodge, Phnom Penh, après avoir vaincu les troupes gouvernementales. C’est le début d’une vaste opération de purge. Quelques semaines plus tard, la ville où vit Sokreaksan, Siem Reap (nord-est du Cambodge), est prise à son tour. Le petit garçon et sa famille sont contraints de fuir vers la campagne, où ils parviennent à survivre deux ans, notamment grâce au travail d’ouvrier du père de famille. Cela ne dure pas davantage. En 1977, son père est arrêté. Les Khmers l’exécutent immédiatement, suivi de toute sa famille, brutalement assassinée à coups de machette. Les treize corps sont jetés dans la fosse commune. Sokreaksa parvient miraculeusement à s’extraire en vie du charnier et se jure immédiatement de venger les siens. Les massacres perdurent jusqu’à l’invasion du Cambodge par le Vietnam en 1979, chassant les combattants Khmers dans les maquis et les reconduisant à la clandestinité. Entre 1,5 million et 2 millions de Cambodgiens ont péri pendant cette période. 

« Je devais trouver un moyen de leur pardonner »

Sokreaksa décide alors de fuir en Thaïlande, où il passe cinq années dans un camp de réfugiés à imaginer un plan de vengeance pour tuer les hommes responsables du massacre de sa famille, allant même jusqu’à imaginer les méthodes à employer pour les exécuter. Finalement, il immigre au Canada. C’est à ce moment que tout bascule : il se convertit au christianisme, et devient protestant méthodiste. De nombreuses années s’écoulent cependant avant que Sokreaksa ne parvienne à trouver la force nécessaire pour aller jusqu’au pardon véritable. « J’ai découvert au fil des années que mon serment de faire couler le sang et ma colère dévorante étaient en conflit direct avec ce que je m’efforçais d’être », explique-t-il. « J’ai réalisé que je ne connaîtrais jamais la paix véritable tant que je n’aurais pas traité cela. Je devais trouver un moyen de leur pardonner, avant que l’amertume intérieure ne me détruise. »

Si vous avez été profondément blessé, il n’est pas facile de pardonner, mais nous pouvons apprendre cette leçon de Jésus, qui a pardonné à ceux qui l’ont crucifié

« Je me suis cherché une nouvelle mission. Elle consistait toujours à retrouver les hommes responsables de la mort de mes proches mais dans un autre but », explique-t-il. « Je ne voulais plus leur infliger la mort, mais leur montrer la vie et l’espoir que j’avais trouvés. » Après plusieurs années de recherche, Sokreaksa a retrouvé deux des hommes impliqués dans la purge de son village, directement responsables de la mort de sa famille. « Au départ, en apprenant que je voulais les rencontrer, beaucoup pensaient que j’allais en réalité prendre ma revanche. À la surprise de la plupart des villageois, j’ai serré la main des deux hommes et leur ai pardonné. »

S’inspirer autant que possible du Christ

« Si vous avez été profondément blessé, il n’est pas facile de pardonner, mais nous pouvons apprendre cette leçon de Jésus, qui a pardonné à ceux qui l’ont crucifié », achève Sokreaksa, aujourd’hui père de deux enfants, dans son témoignage. « Comprenez bien que ce que je vous partage, ce n’est pas une méthode ou une théorie sur le pardon », avertit enfin Sokreaksa. « Je donne mon témoignage en espérant que les gens apprennent de mon expérience, pour que cela les encourage à guérir de leurs propres blessures. »

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Tags:
cambodgecommunismePardon
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