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Pourquoi l’évêque de Hong Kong se rend-il à Pékin ?

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Vernon Yuen / NurPhoto / NurPhoto via AFP

Mgr Stephen Chow, évêque de Hong Kong.

La rédaction d'Aleteia - avec I.Media - publié le 16/04/23

Évêque de Hong Kong, Mgr Stephen Chow se rend dès ce lundi 17 avril et pour cinq jour dans le diocèse de Pékin (Chine). Un déplacement officiel inédit et qui promet d’être particulièrement scruté à plus d’un titre. Décryptage.

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Répondant à l’invitation de Mgr Joseph Li Shan, archevêque de Pékin, Mgr Stephen Chow, évêque de Hong Kong, se rend dans le diocèse de Pékin dès lundi 17 avril pour une visite de cinq jours. L’annonce, qui a surpris tout le monde, a été faite par le diocèse de Hong Kong le 9 mars 2023. Ce déplacement officiel inédit depuis 1985 doit « promouvoir les échanges et les interactions entre les deux parties », assure le diocèse. 

Mgr Stephen Chow, un jésuite de 63 ans nommé il y a deux ans par le pape François, sera accompagné de Mgr Joseph Ha, évêque auxiliaire de Hong Kong, ainsi que du père Peter Chou, son vicaire général. « Cette visite souligne la mission du diocèse de Hong Kong d’être une ‘Église pont’ », explique le diocèse qui rapporte que l’invitation de Pékin remonte à l’année passée et qu’elle a été acceptée dans « un esprit de fraternité dans le Seigneur ». 

Pression sur Hong Kong

Cette visite officielle intervient alors que Pékin fait pression ces dernières années pour accélérer l’intégration de Hong Kong à la Chine communiste. L’enclave hongkongaise est régie théoriquement – depuis sa rétrocession en 1997 par le Royaume-Uni à la Chine – par le modèle « un pays, deux systèmes », et constitue un îlot démocratique adossé au pays communiste. Le fait que la liberté de culte soit respectée dans l’enclave en a longtemps fait pour l’Église catholique une de ses portes d’entrée privilégiées vers le Mainland.

Mais ce statut spécial semble disparaître progressivement et la société hongkongaise tend à se mettre au diapason chinois. En 2020, une loi sur la sécurité nationale à Hong Kong a symbolisé cette nouvelle mainmise de Pékin sur l’archipel et la péninsule. Le déplacement de l’évêque de Hong Kong à Pékin pourrait entrer dans un lent processus d’harmonisation des modèles. 

Une diplomatie ecclésiale complexe

L’archevêque de Pékin, Mgr Joseph Li Shan, a été élu en août 2022 à la tête de l’association patriotique des catholiques chinois, contrôlée par le parti communiste – et qui n’existe pas à Hong Kong. Contrairement à son prédécesseur à Pékin, sa nomination en tant qu’évêque, en 2007, avait été approuvée par Rome. 

« Ce qui est intéressant est que l’invitation vienne du diocèse de Pékin et non de la conférence épiscopale chinoise », note un bon connaisseur de l’Église en Chine. Celle-ci est affiliée à l’association patriotique et n’est pas reconnue par le Saint-Siège. « Ce choix est intelligent puisqu’il permet de ne pas embarrasser Mgr Chow et Rome », poursuit le spécialiste qui estime que, durant les cinq jours de visites, la délégation hongkongaise pourrait se rendre au siège de la conférence épiscopale. 

Cette venue à Pékin ne sera pas une première historique. En 1985, Mgr John Baptist Wu, alors évêque de Hong Kong qui était encore une colonie britannique, s’était rendu dans la capitale chinoise et à Shanghai. Ce voyage fut qualifié de « succès », en dehors du fait que l’évêque fut empêché de rencontrer Mgr Ignazio Gong Pinmei, qui était alors en prison depuis 30 ans. Mgr Wu, connu pour son travail en faveur du rapprochement de l’Église clandestine avec l’Église officielle, avait ensuite été créé cardinal par Jean Paul II en 1988, ce qui semble montrer que sa visite avait été approuvée par le Saint-Siège.

Mgr Chow, un « bon évêque » selon le cardinal Zen

Cette nouvelle visite intervient quatre ans après la signature d’un accord secret entre le Saint-Siège et Pékin concernant la nomination des évêques. Souvent critiqué, cet accord pastoral n’a pour l’heure eu que peu de résultats. Seules six nominations d’évêques ont pu aboutir depuis 2018. Et des divergences ont éclaté publiquement en novembre dernier, le Saint-Siège exprimant pour la première fois sa surprise et son regret suite à l’installation d’un évêque non reconnu par Rome. 

Le cardinal Zen, évêque émérite de Hong Kong, compte parmi les figures ayant le plus critiqué la stratégie de Rome vis-à-vis de la Chine. Le 6 janvier dernier, lors d’une rencontre avec le pape François au lendemain des funérailles de Benoît XVI, le cardinal Zen n’aurait pas évoqué les questions sensibles avec le pontife mais l’aurait remercié pour la nomination de Mgr Stephen Chow à Hong Kong, un « bon évêque », selon lui.  

La liberté religieuse est notre droit fondamental. Elle doit être garantie.

« Je n’ai pas peur d’évoquer des sujets sensibles mais je crois en la vertu de prudence », avait déclaré Mgr Chow au lendemain de l’annonce de sa nomination, en mai 2021. « La liberté religieuse est notre droit fondamental. Elle doit être garantie ». « Je crois que Dieu nous veut unis », a également souligné le prélat tout en précisant que « l’unité n’est pas la même chose que l’uniformité ».

« Cette visite a assurément été validée par le Vatican et s’inscrit bien dans cette volonté de dialogue engagée ces dernières années » , indique encore une source qui prévient que ce dialogue avec la Chine reste « forcément un jeu dangereux » qui s’apparente à une partie d’échecs. « Mais de toute façon, pour survivre, l’Église à Hong Kong ne peut pas rester en autarcie et doit apprendre à naviguer en eaux troubles », analyse le spécialiste.

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