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[HOMÉLIE] Et leurs yeux s’ouvrirent sur Dieu

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Brooklyn Museum

"Les pèlerins d'Emmaüs" de James Tissot.

Christian Lancrey-Javal - publié le 22/04/23

Curé à Paris, le père Christian Lancrey-Javal commente l’évangile du 3e dimanche de Pâques, avec le récit des pèlerins d’Emmaüs (Lc 24, 13-35). "Je me tiens à la porte ; prenez et mangez ; leurs yeux s’ouvrirent" : ce sont les trois questions que nous devons nous poser pour grandir dans la foi.

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« Deux heures de marche de Jérusalem », soit quatre heures aller-retour : quatre heures, le temps minimal que nous devons donner au Seigneur chaque semaine dans notre pèlerinage de foi. Combien de temps pour Dieu minimum par semaine ? Quatre heures. Pour les consacrés, prêtres, religieux, c’est quatre heures par jour, si nous ne voulons pas que notre foi dépérisse, devienne riquiqui, un raisin sec. 

Jésus s’adresse à nos intelligences

Nous avons chacun trois dimensions de notre être, trois dons de Dieu à nourrir : notre corps, notre intelligence et notre foi. Je ne dis pas qu’il faille consacrer autant de temps aux trois, mais autant d’importance. Les enfants le comprennent très bien. Je leur demande s’ils sont intelligents ? « Oui », répondent-ils, normalement, presque tous. « Est-ce que ton intelligence grandit comme ton corps ? » Ils sont un peu déroutés… Je me fais plus concret : « »Si tu ne manges que des bonbons et des chips, est-ce que ton corps se développe ? — Non ! — Et si tu passes ton temps devant des dessins animés et des jeux vidéo, est-ce que ton intelligence grandit ? — Non ! — Comment est-ce que tu nourris ton intelligence ? —Je vais à l’école ! — Oui, et tu écoutes tes parents dans ce qu’ils te disent de bien. » 

Arrêtons-nous un instant : le présupposé chrétien est le respect de l’intelligence de chacun. Jésus parle au cœur parce qu’il s’adresse à l’intelligence, il respecte l’intelligence de chacun, y compris des tout-petits. Reprenons avec les enfants : « Et pour ta foi ? Comment est-ce qu’elle grandit ? » L’évangile des disciples d’Emmaüs y répond : par la Parole de Dieu entendue ensemble, par le Christ notre Seigneur, dans son Église. « Si deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis présent au milieu d’eux. » La Parole de Dieu : « En partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait » (Lc 24, 27) — et la messe : la fraction du pain. Et tout le monde se retrouve à la fin pour partager nos expériences du Ressuscité. 

Un coup de force réparé

Pourquoi au début « leurs yeux étaient-ils empêchés de reconnaître » Jésus (Lc 24, 16) ? Et pourquoi est-ce à la fraction du pain que « leurs yeux s’ouvrirent » (v. 31) ? Sur quoi se sont-ils ouverts ? Il faut revenir au début de l’histoire sainte, aux premières pages de la Bible — c’était la première lecture du premier dimanche de carême, lorsque, trompée par le Diable, la femme « s’aperçut que le fruit de l’arbre était désirable, puisqu’il donnait l’intelligence. Elle prit de son fruit, et en mangea. Elle en donna aussi à son mari, et il en mangea. Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils se rendirent compte qu’ils étaient nus » (Gn 3, 7). Leurs yeux se sont ouverts sur eux-mêmes. Ils se sont crus le centre du monde.

Et voilà qu’en présence du Christ, en communiant à son Corps, « leurs yeux s’ouvrirent » sur Dieu ! Et par voie de conséquence, sur les autres qu’ils sont allés rejoindre. Leurs yeux se sont ouverts une fois qu’ils ont « pris et mangé ». C’est la deuxième expression à laquelle il faut être attentifs : « Elle prit de son fruit, et en mangea » (Gn 3, 6) était un coup de force, qui avait entraîné la Chute. L’expression est reprise et réparée au Jeudi saint par Jésus qui prit le pain et le leur donna : prenez et mangez. La troisième expression-clé se trouve un peu plus loin au livre de la Genèse quand le Seigneur dit à Caïn : « Le péché est tapi à ta porte. Il est à l’affût, mais tu dois le dominer » (Gn 4, 7). Elle est reprise au Livre de l’Apocalypse pour Dieu lui-même : « Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi » (Ap 3, 20).

Trois questions pour grandir dans la foi

Remettons-les dans l’ordre : Je me tiens à la porte. Prenez et mangez. Leurs yeux s’ouvrirent. Ce sont les trois questions que nous devons nous poser pour grandir dans la foi. Premièrement, qu’est-ce qui se tient à ma porte, qu’est-ce qui occupe l’essentiel de mes pensées, de mon énergie, de mes recherches ? Est-ce la satisfaction de mon corps ? Qui est-ce qui se tient à ma porte ? Est-ce le péché, le désir que je sais mauvais, la tentation qui me taraude, que je rumine ? Ou est-ce le désir de Dieu, voir Dieu de mes yeux ? Est-ce au Tentateur ou bien est-ce à Dieu que je veux m’ouvrir et me donner, corps et âme ? Vierge Marie, apprends-moi à faire de mon corps la « porte du Ciel ».

Deuxième question, après le corps, l’intelligence : comment est-ce que je la nourris, et comment est-ce que je nourris ma foi ? Est-ce que je suis un disciple déçu que les choses ne se soient pas passées comme je l’espérais, et que je suis tenté de m’éloigner de la Ville sainte et de Dieu ? Vierge Marie, toi qui retenais tous ces événements et les méditais dans ton cœur (cf. Lc 2, 19), apprends-moi à utiliser mon intelligence pour prendre patience et le temps de la réflexion. Après le corps et l’intelligence, troisième question sur la foi : sur quoi mes yeux se portent-ils, à quoi s’intéressent-ils ? Qu’est-ce que je regarde en premier : ce qui a les faveurs de ce monde, ce qui brille matériellement et socialement ? Quand est-ce que je prends le temps de regarder Jésus, de voir sa présence dans ma vie ?

Dans le regard même du Fils

Les deux papes François et Benoît XVI, dans leur encyclique Lumen fidei, la Lumière de la foi, du 29 juin 2013, disaient que « la foi non seulement regarde vers Jésus, mais regarde du point de vue de Jésus, avec ses yeux : elle est une participation à sa façon de voir » (n. 18). Vierge Marie, aide-nous dans notre pèlerinage de foi, que nos yeux s’ouvrent sur les autres, sur ceux qui ont besoin de nous, et qu’ils s’ouvrent sur le Christ, pour que nous nous laissions « transformer par Jésus, en entrant dans le regard même du Fils de Dieu incarné » (Lumen fidei, 58). Je me tiens à la porte. Prenez et mangez. Leurs yeux s’ouvrirent. Le corps, l’intelligence et la foi.

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emmausÉvangilesHomélie
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