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Sainte Gianna Beretta Molla racontée par son fils, Pierluigi

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Avec l'autorisation de Pierluigi Molla

Sainte Gianna Beretta Molla avec Pierluigi et Mariolina (1958).

Aline Iaschine - publié le 27/04/23

Sainte Gianna Beretta Molla (1922-1962), canonisée par Jean Paul II en 2004 et fêtée le 28 avril, était une épouse, mère de famille et médecin. Elle a été reconnue par l'Église pour sa vie exemplaire de sainteté et pour sa défense de la vie à naître. Entretien avec son fils Pierluigi Molla.

Sainte Gianna Beretta Molla était une femme italienne, mère et médecin. Débordante de vie, elle avait de nombreux centres d’intérêt et se consacrait avec beaucoup de dévouement à ses patients et à sa famille. Pendant le temps de ses fiançailles, puis de son mariage avec Pietro, elle lui a écrit d’innombrables lettres qui sont aujourd’hui un très beau témoignage de sa vie et de sa spiritualité. 

Alors qu’elle est enceinte de son quatrième enfant, Gianna découvre qu’elle est atteinte d’une tumeur. Bien qu’elle décide de se soigner, en espérant vaincre la maladie, elle finit par accomplir un acte héroïque et généreux, suivant l’exemple du Christ qui « ayant aimé les siens… les aima jusqu’au bout » (Jn 13,1).

Pierluigi, 66 ans, est le fils aîné de sainte Gianna Beretta Molla. Il est aujourd’hui conseiller financier et habite à Milan. Il raconte à Aleteia l’histoire de sa mère, canonisée par le pape Jean Paul II en 2004, et désormais considérée comme la sainte patronne des médecins, des mères et des enfants à naître.

Aleteia : Pouvez-vous nous parler de l’enfance et de la jeunesse de votre mère et de sa vie de foi ?
Pieruigi Molla : Ma mère est née en 1922. Elle appartenait à une famille très nombreuse, avec treize frères et sœurs. Mes grands-parents étaient des tertiaires franciscains, donc des personnes de grande foi, qu’ils ont transmise à leurs enfants. Dans la famille de ma mère, il y a eu parmi ses frères et sœurs trois vocations. Ma mère est donc née dans un contexte très religieux. Elle avait une vie de prière très intense. Elle a fait sa première communion à l’âge de 5 ans et demi. Elle allait à la messe tous les jours avec sa mère et priait quotidiennement le chapelet à la maison. Elles attendaient que mon grand-père rentre du travail et avant le dîner, tous ensemble ils priaient le chapelet. 

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Avec Pierluigi et Mariolina (Ponte Nuovo, 1958).

Dès son plus jeune âge, ma mère a manifesté sa foi profonde en s’engageant au sein de l’Action Catholique et au sein de la Conférence de Saint-Vincent, une œuvre qui se consacre aux plus démunis. En plus de cela, elle aimait profiter des belles choses de la vie. Ma mère aimait le ski, ce qui n’était pas courant à l’époque, elle allait à la montagne et faisait aussi de l’alpinisme. Elle aimait la musique, jouait du piano et peignait. C’était donc une personne avec une quantité extraordinaire de talents et de dons qu’elle faisait fructifier. Elle aimait être au service des autres, mais aussi profiter des belles choses de la vie.

Votre mère est souvent invoquée avec votre père, Pietro. Ils sont un témoignage pour beaucoup de personnes. Pouvez-vous nous parler de leur vie de couple ?
Ma mère a compris sa vocation lors d’un pèlerinage à Lourdes. Lorsqu’elle a rencontré mon père, Pietro, ils ont échangé de nombreuses et extraordinaires lettres d’amour, puis ils se sont mariés en 1955. Je suis né en novembre 1956. En décembre 1957 est arrivée ma petite sœur et en juillet 1959, ma seconde sœur. La foi de mes parents se lit dans les lettres qu’ils se sont écrites pendant leurs fiançailles et après leur mariage quand mon père était en déplacement. Ma mère écrivait : « Pietro, dis-moi comment je dois être pour être l’épouse que tu veux. » Et mon père disait à son entourage : « Si elle pense ainsi, cela veut dire que nous allons nous entendre à merveille ! » C’étaient aussi des lettres simples dans lesquelles ma mère racontait tous mes caprices, parce que j’étais particulièrement agité, et mon père lui faisait le récit de ses journées de travail.

Il y avait aussi de grandes différences entre eux. Ma mère aimait profiter des belles choses de la vie. Mon père venait d’une famille différente : sa vie était entièrement tournée vers le travail et il partait peu en vacances. Ma mère était très élégante. Elle s’inspirait des vêtements qu’elle voyait dans les magazines de mode et demandait à sa couturière de les lui confectionner. Mon père était plus traditionnel. Ils avaient, tous les deux, été éduqués dans la foi, mais leur façon d’être était très différente. Ma mère était plus exubérante et j’ai certainement pris plus de son côté.

Ils ont vécu ensemble si intensément que nous en parlons encore aujourd’hui, 60 ans plus tard.

Ma mère est morte en 1962 et mes parents ont donc été ensemble pendant huit ans seulement. Cependant, ils ont vécu ensemble si intensément que nous en parlons encore aujourd’hui, 60 ans plus tard. Cela signifie que c’était vraiment une explosion de vie, d’amour et de foi, parce que huit ans, ce n’est rien dans une vie, surtout pour une personne comme mon père qui a vécu jusqu’à 98 ans. Mais il nous a toujours fait sentir notre mère vivante.

Comment votre mère a-t-elle concilié sa vie familiale et sa vie professionnelle, de manière concrète ?
Pendant les premières années de leur mariage, ma mère était certainement très occupée parce que mon père voyageait beaucoup et elle n’avait jamais cessé de travailler. Elle travaillait comme médecin et couvrait plusieurs villes. Mais elle a toujours réussi à concilier sa profession et sa vocation de mère. Mais elle avait dit qu’à son quatrième enfant, elle ferait une pause. 

Comme elle était médecin responsable de plusieurs villes, elle pouvait gérer ses journées avec plus de souplesse. Son cabinet se trouvait dans la maison de ma tante, à cinq kilomètres seulement de chez nous, où elle travaillait deux ou trois heures. Je me souviens qu’elle nous emmenait avec elle lors de ses visites, dans sa Fiat 600. Puis mes sœurs et moi, nous jouions avec nos cousins pendant qu’elle travaillait. Elle faisait comme elle pouvait, mais elle ne s’est jamais arrêtée. Tout comme elle n’a jamais cessé d’aller au théâtre ou de séjourner trois mois à la montagne avec nous chaque été pendant les vacances scolaires. 

Pouvez-vous nous parler de la quatrième grossesse de votre mère ? 
Lors de sa quatrième grossesse, au deuxième mois, ma mère a découvert qu’elle avait un fibrome à l’utérus, une tumeur bénigne. Trois solutions se présentaient à elle : une interruption de grossesse, ce que ma mère n’aurait évidemment jamais accepté ; une opération qui aurait pu mettre en danger la vie de ma sœur au moment de l’accouchement ; ou potentiellement mettre en danger la vie de ma mère. Ce fut malheureusement le cas comme ma mère est décédée une semaine après la naissance de ma sœur, à cause d’une septicémie.

Elle a fait ce choix, de manière volontaire, pour deux raisons : d’abord parce que c’était un choix cohérent avec tout ce en quoi elle croyait et ce qu’elle disait depuis qu’elle était jeune. Elle était cohérente parce qu’elle faisait ce qu’elle disait. Après l’opération pour retirer le fibrome, la grossesse s’est poursuivie et ma sœur, Gianna Emanuela, est née le 21 avril 1962. Ma mère est décédée une semaine plus tard, le 28 avril. 

Elle savait qu’elle était le seul instrument de la Providence qui pouvait permettre à ma sœur de vivre.

On a pu dire parfois que ma mère avait renoncé à soigner sa tumeur. Ce n’est pas exact : non seulement elle s’est soignée mais elle a aussi tout fait pour que ma sœur et elle puissent vivre toutes les deux. Puis, lorsqu’elle a été confrontée au choix de manière très claire elle a dit à mon père : « Si vous devez choisir entre moi et l’enfant, je l’exige, choisissez l’enfant. » Elle a tout fait… et avant de mourir elle a dit à mon père : « Si tu savais Pietro combien il est difficile d’aller ailleurs quand on a quatre enfants. » 

Pourquoi ma mère a-t-elle fait ce choix ? Par cohérence et parce qu’elle croyait en la Providence. Elle savait à ce moment-là qu’elle était le seul instrument de la Providence qui pouvait permettre à ma sœur de vivre. Elle comptait aussi sur la Providence au cas où –comme cela s’est malheureusement produit – elle aurait mis sa propre vie en danger. Elle comptait sur la Providence pour que nous, ses quatre enfants restés avec notre père, nous soyons aidés par lui et par mes tantes, ce qui s’est ensuite produit.  

Pourquoi l’Église a-t-elle voulu canoniser votre mère et la proposer comme modèle de sainteté ?
La première reconnaissance de ma mère a été une reconnaissance laïque par la Province de Milan. En 1962, on lui a décerné une médaille à titre posthume pour son engagement en tant que médecin et la manière dont elle s’y était consacrée. Lors de la cérémonie, le cardinal Montini – devenu ensuite le pape Paul VI – était présent. À cette occasion, il a pris connaissance de l’histoire de ma mère et a demandé à son vicaire de l’époque, l’archevêque Colombo, d’enquêter sur sa vie. Après une étude approfondie, il a demandé à mon père l’autorisation d’entamer le procès de béatification.

Elle a ensuite été béatifiée en 1994 et canonisée en 2004 par le pape Jean Paul II. Ma mère a été la première sainte béatifiée et canonisée en tant que mère de famille. Les autres femmes canonisées par le passé étaient des veuves, des femmes ayant fondé un monastère ou des femmes particulièrement méritantes pour leurs activités. Mais aucune n’avait jamais été canonisée en tant que mère de famille.

Jean Paul II comme le cardinal Martini, dans les discours qu’ils ont chacun prononcés lors des cérémonies, ont souligné le parcours de vie de ma mère : pas seulement son acte généreux final, mais aussi tout ce qu’elle avait fait auparavant. En effet, Jean Paul II a déclaré à l’occasion de sa béatification : « Gianna Beretta Molla, couronnant une existence exemplaire en tant qu’étudiante, jeune fille engagée dans la communauté ecclésiale, épouse et mère heureuse, elle a offert sa vie en sacrifice, afin que l’enfant qu’elle portait en son sein puisse vivre. » 

Jean Paul II et l’Église ont voulu faire connaître toute la vie d’une personne qui a aimé les belles choses de la vie, qui se donnait pour les autres, était généreuse envers son prochain, aidait ses malades et disait : « Nous, les médecins, nous sommes importants parce que nous devons penser non seulement à la santé de nos patients, mais aussi à conduire leur âme à Dieu lorsque les médicaments ne font plus rien. » Elle a donc vécu sa profession de médecin comme un moyen pour se sanctifier, mais toujours de manière concrète, avec les pieds sur terre. 

Pouvez-vous nous parler du jour de la béatification et de la canonisation de votre mère sur la place Saint-Pierre ?
Il n’était jamais arrivé qu’à une cérémonie de béatification et de canonisation sur la place Saint-Pierre, les enfants et le mari soient présents. Par exemple, il était arrivé que la mère de sainte Maria Goretti soit présente, mais jamais un mari et les enfants. Mon père, qui avait déjà 92 ans, tenait à être présent. Nous avions rencontré le pape Jean Paul II en 1994 pour la béatification et en 2004 pour la canonisation. Je me souviens avoir échangé quelques mots avec lui en 1994. 

Nous nous préparions pour la photo finale après la cérémonie sur la place Saint-Pierre. Il s’est tourné vers moi et m’a dit : « J’ai connu la figure de votre mère quand j’étais encore archevêque de Cracovie et elle m’avait marqué parce que nous avions tant de passions communes : la montagne, le ski, l’art. » Ils étaient presque contemporains, car Jean Paul II était né en 1920 et ma mère en 1922. Ils étaient donc de la même génération et passionnés par les mêmes choses.

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Pierluigi Molla

Le 16 mai 2004, lors de la canonisation, Jean Paul II était déjà très malade. Elle a été la dernière sainte à être proclamée par Jean Paul II, car il est décédé en 2005. Ainsi, tout le cheminement du procès de béatification et de canonisation s’est déroulé sous son pontificat. Ce fut pour nous une joie extraordinaire, notamment parce que nous avons eu la chance de participer à cet événement unique, avec la présence de notre père, sur la place Saint-Pierre.

Enfin, pouvez-vous nous parler de la « fécondité », pour vous, d’avoir une mère sainte. Qu’est-ce que cela change dans votre quotidien ou dans votre vision de la vie ?
C’est certainement un privilège. C’est aussi une chance de pouvoir s’en souvenir en de nombreuses occasions, même si plus de 60 ans se sont écoulés depuis qu’elle nous a quittés. C’est aussi une responsabilité d’honorer sa mémoire. On m’a souvent demandé si elle maide toujours lorsque je m’adresse à elle… Je dirais presque toujours. Certainement, comme une bonne mère… seulement quand je le mérite !

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