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Saint Tropez avant Saint-Trop’

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Shutterstock I Olesya Kuznetsova

Saint-Tropez.

Anne Bernet - publié le 28/04/23

Qui était Tropez, ce saint qui donna son nom à la célèbre station balnéaire de la Côte d’Azur ? Entre la légende et l’histoire, se glisse probablement un martyr du IIIe siècle dont les reliques accostèrent non loin de là. Les Tropéziens le fêtent le 29 avril.

Jusque dans les années cinquante, Saint-Tropez est un joli village de pêcheurs au bord de la Méditerranée. La Marine y recrute des matelots et c’est là qu’est né, au XVIIIe siècle, l’une des gloires de la Royale, le bailli de Suffren. Le succès d’un film « scandaleux », Et Dieu créa la femme, dans lequel triomphe Brigitte Bardot au sommet de sa beauté, va changer tout cela : parce que le tournage s’y est déroulé et que la jeune vedette s’installe sur la commune, attirant le monde du cinéma et du spectacle, les touristes, les curieux. Très vite, Saint-Tropez devient mondialement célèbre. Mais qui est le bienheureux qui a donné son nom à l’endroit ? Et dans quelles circonstances ?

Converti par saint Paul ?

À en croire la Tradition, Tropez se nomme en réalité Caius Silvius Torpetius, les trois noms indiquant ses origines romaines et son appartenance à la bonne société, voire au patriciat. Il meurt martyrisé pour le Christ à Pise en Italie. Voilà à peu près tout ce que l’on peut affirmer avec certitude. Sa légende est cependant plus riche en détails et, même s’il faut la prendre avec précaution, tout n’y est certainement pas à rejeter. Comme c’est souvent le cas, afin de se rattacher aux apôtres, ce qui donne une importance particulière aux reliques d’un saint, l’on affirme que Torpetius a été converti par saint Paul en personne et qu’il fait partie de ceux que l’apôtre nomme « ceux de la Maison de César », prouvant que, jusque dans l’entourage de Néron au Palatin, existent des convertis, dont la favorite de l’empereur, l’affranchie Acté qui sera la seule à lui rester fidèle même au-delà du trépas. 

L’ennui est que le fait d’appartenir à la Maison de César, composée d’esclaves et d’affranchis, est en contradiction avec le patronyme de naissance libre de notre Torpetius. Serait-il alors officier dans la garde personnelle de l’empereur, ainsi que d’autres le pensent ? Voilà qui cadrerait déjà mieux. Est-il possible, en ce cas, qu’il ait pu avoir la responsabilité de garder Paul prisonnier dans son cachot romain juste avant son exécution et se soit converti à son contact ? Pourquoi pas ? La Tradition fait bien état de la conversion, dans les mêmes conditions, de deux prétoriens, chargés de la surveillance de saint Pierre à la prison Mamertine. 

Lavé de ses péchés

En ce cas, Paul, s’il a commencé à instruire Torpetius dans la foi, n’a pas eu le temps de le baptiser puisqu’il est qualifié dans les textes de « catéchumène ». Or, dans les toutes premières années de l’Église, le baptême se confère beaucoup plus vite qu’il le sera par la suite. Dans ce cas, il faudrait, et c’est assez vraisemblable, supposer que Torpetius n’a jamais été contemporain de Néron et a vécu bien après ce prince de sinistre mémoire mais dont le nom est resté familier. Autre raison de le supposer, les supplices auxquels le martyr sera exposé et qui ne sont pas infligés aux citoyens romains avant le IIIe siècle, lorsque le simple fait de s’avouer chrétien privera un prévenu de ses droits et des avantages afférents, dont celui de mourir d’une mort rapide et relativement douce, par le glaive.

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Saint Tropez.

En ce cas, une version acceptable de l’histoire se dessine. Caius Silvius Torpetius est un notable pisan, catéchumène, qui vit dans les années 250-310. La période connaît plusieurs vagues de persécutions sporadiques contre l’Église, souvent liées au contexte politique très agité de l’époque. Dénoncé, arrêté, Torpetius est conduit au temple de Diane où, conformément à la loi en vigueur, l’on exige de lui qu’il jette de l’encens sur l’autel de la déesse. En fidèle conséquent, il refuse. Le magistrat, un certain Sattelicus, lui offre un délai de réflexion, preuve supplémentaire de la date tardive des événements, beaucoup de juges, confrontés à la multiplication des arrestations de chrétiens, essayant d’obtenir des abjurations par la méthode douce. Torpetius feint d’accepter ce délai, ce qui lui permet de se précipiter auprès d’un prêtre de ses relations, Antoine, auquel il demande en urgence le baptême, puis, lavé de ses péchés, il revient défier ses juges et confesser sa foi.

Le martyr est décapité

Nouvelle preuve que nous ne sommes pas sous Néron, l’insolent chrétien est alors soumis à la flagellation, peine humiliante et très douloureuse, qui souligne qu’il a déjà perdu son statut d’homme libre, puis livré aux bêtes, là encore une fin réservée aux esclaves et à ceux qui ne sont plus citoyens. À en croire la légende, le lion et le léopard chargés de dévorer le martyr l’épargnent. Ce sont des choses qui arrivent, ces animaux, si on ne les pousse pas à attaquer, ne s’en prenant pas toujours spontanément à une proie immobile. Chargé de les exciter, un belluaire reçoit sur la tête le chapiteau de la colonne à laquelle le prévenu est attaché, qui lui fracasse le crâne. Sans doute ne s’agit-il pas, comme le dit la trop belle histoire, de Sattelicus en personne, qui ne serait certainement pas descendu dans l’arène… Quoiqu’il en soit, l’incident fait mauvais effet et le magistrat, pour abréger l’affaire, ou par compassion, ordonne de décapiter le martyr. Nous sommes un 28 avril, plus probablement celui de 268 que de 68.

Les chrétiens de Pise réussissent à récupérer sa tête, encore honorée de nos jours dans la ville. Donner une sépulture au reste du corps est plus difficile. Depuis quelques décennies déjà, pour éviter qu’un culte s’instaure autour de la sépulture du martyr, les autorités font en sorte de ne laisser aucune trace des dépouilles, brûlées comme celles des chrétiens lyonnais en 177, ou jetées à la mer ou dans un fleuve. Le cadavre de Torpetius est balancé dans l’Arno mais, à l’estuaire du fleuve, peu éloigné, d’autres fidèles le récupèrent et, par précaution, le dépose sur une barque qu’ils confient à la mer. L’on trouve le même rituel s’agissant des martyres Dévote et Réparate, que les flots conduiront vers Monaco et Nice. 

Abandonné à la mer

Une autre version affirme que ce sont les autorités qui abandonnent le corps à la mer, en compagnie d’un chien et d’un coq, qui sont, en fait, deux animaux symboliques, l’un étant censé conduire les morts vers l’Autre monde, l’autre annoncer le matin de la Résurrection. Au vrai, connaître les circonstances exactes de ces événements importe peu, l’essentiel étant que l’esquif atterrisse à Heraclea, l’actuelle Saint-Tropez où, miraculeusement avertie, une chrétienne nommée Celerina recueille les restes du martyr et les ensevelit. Cela se produit un 17 mai, ce qui explique que Torpetius possède deux fêtes, celle du jour de son martyre, et celle de la translation de ses reliques, qui pourrait aussi avoir eu lieu après la fin des persécutions et dans des circonstances moins extraordinaires. C’est d’ailleurs à cette seconde date que les Tropéziens célèbrent le martyr lors des bravades, fête traditionnelle toujours très prisée. Bien entendu, pour des raisons évidentes, Tropez, que le Ciel ramena à bon port, est le patron des marins.

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