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Bénédicte Delelis : « Je n’ai pas d’ange perché sur mon épaule ni Jésus dans mon salon ! »

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Benedicte-deleis

© Ange Provost / Mame

Marie Lucas - publié le 04/05/23 - mis à jour le 09/08/23

Bénédicte Delelis est écrivain catholique et très engagée dans l'évangélisation. Mariée et maman de quatre enfants de 15 ans à 3 ans, elle nous livre ici son histoire et son quotidien simple et profond à la fois. À l'image de la foi qui l'habite et la traverse.

Aleteia :Bonjour Bénédicte, racontez-nous : comment passe-t-on d’un travail en joaillerie de luxe à écrivain catholique ? 
Bénédicte Delelis : Après avoir fait des études d’art, je me suis mariée très jeune. Avec mon mari, nous avons fait partie d’un groupe d’adoration missionnaire (le groupe Abba de Paris). À ce moment-là, j’ai été littéralement saisie par le Christ dans l’adoration et mon désir profond était simple : faire connaître l’amour du Christ. Aussi, nous partions souvent en mission en couple, et avec notre petite fille ! J’avais 23 ans, et je commençais également à travailler dans une grande maison de joaillerie. Un jour Monseigneur Beau m’a appelé. Il avait besoin de jeunes qui consacrent leurs forces pour l’annonce de l’ évangile », m’a-t-il dit. J’y ai vu comme un appel de Dieu et, dans la foi, j’ai dit Oui ! Puisque je voulais consacrer ma vie à l’annonce de l’Évangile, c’était cohérent. Voilà comment on passe du luxe à la préparation d’un bac canonique.

Ce n’est pas très glamour de quitter l’univers de l’art pour des études de théologie …
C’est vrai ! J’ai vécu ce changement comme un grand dépouillement. Alors que je démarrais ma vie professionnelle, je me suis retrouvée comme ce négociant de l’évangile qui vend son champ pour acheter une perle. Je pensais : « Moi aussi, je vends mon champ… » Mais j’avais cette joie au fond du coeur, car c’était pour une perle ! Cela étant, après le Oui « coup du coeur », ce fut la traversée du désert. Car ces études de théologie étaient très austères, et cela a duré huit ans ! 

Huit ans ! C’est long…
Surtout que le rythme de travail était très dense, pas du tout adapté à une mère de famille avec des jeunes enfants, et l’environnement pas très « glamour » comme vous dites.  Je me souviens, lors d’une rentrée, m’être dit : « Cette fois-ci c’est trop, je ne vais pas y arriver. » Avec mes propres forces, ce n’était pas possible, mais comme Dieu m’y avait appelé, Il l’a rendu possible ! Par exemple, j’ai eu une grâce de rapidité pour écrire mon mémoire de fin d’études, j’ai eu un mari soutenant, des amitiés aidantes. Avec du recul, j’ai sans doute frôlé le burn-out  mais j’étais jeune… Et huit ans plus tard, je terminais mes études, avec une licence de théologie en poche. Pour fêter ça, nous avons été dans une crêperie et mon mari m’a offert une bague avec une perle, la Perle du Royaume…

Parfois je prends une matinée pour faire un pèlerinage dans Paris vers la Rue du Bac ou Notre-Dame des Victoires.

Aujourd’hui, avez-vous un rythme plus calme ? Comment articulez-vous vos engagements et votre vie de maman ?
Oui, je suis moins chargée aujourd’hui, mon rythme est plus raisonnable. Mon quotidien est bien organisé, avec un temps dédié pour chaque activité. Par exemple, j’ai des jours pour écrire, et des jours pour être professeur (des cours de théologie en classes préparatoires, ndlr). Comme tant d’autres, je travaille dur pour l’annonce de l’évangile. C’est une fatigue que je partage avec les prêtres, les missionnaires, les mamans… annoncer l’Évangile, c’est épuisant ! C’est fatigant d’être disciple du Seigneur, mais c’est une grande joie aussi !

Comment faites-vous pour vous ressourcer ? 
J’ai besoin d’être seule de temps en temps, et parfois je prends une matinée pour faire un pèlerinage dans Paris vers la rue du Bac ou Notre-Dame des Victoires, avec une amie… On prend un café, on rit, on prie et je suis requinquée.  J’ai aussi des anges autour de moi : une amie qui sait me réconforter, ou un ami prêtre qui m’encourage. Et les jeudis, je déjeune parfois en terrasse, cela me fait un bien fou ! Enfin, la confession est une grande arme contre une autre forme de fatigue : le découragement.

Et votre mari, quelle place prend-t-il à vos côtés ? 
Il a été merveilleux pendant mes études, il a refusé une mutation qui aurait été importante pour lui et pour notre vie de famille. Il a fait beaucoup de sacrifices et a été remarquable de foi et de don de soi. Par son travail, il rend tout possible au quotidien et rien de ce que je suis ne serait possible sans lui. Il fait des choses concrètes, par exemple il va garder les enfants un samedi après-midi pour une dédicace de livre. Sa joie, c’est de voir sa femme se déployer ! Et puis mon mari est très miséricordieux dans son amour pour moi, cela m’apaise beaucoup. Il m’aime avec toutes mes limites, je n’ai pas besoin d’être un personnage pour lui !

En couple, nous expérimentons jour après jour que la miséricorde de Dieu se déploie dans notre faiblesse.

Comme couple actif et, qui plus est, parisien, comment restez-vous connectés l’un à l’autre ? 
Nous avons des agendas bien remplis, mais nous sommes bien organisés. Parfois, pour nous retrouver, nous allons boire un verre tard le soir. Et surtout, nous avons une passion commune, le Christ, et l’annonce de l’Évangile. Mais au quotidien, nous sommes un couple « normal » ! Nous ne sommes pas parfaits, nous avons des caractères forts, nous nous fâchons (trop) facilement et beaucoup, et cela me rend triste. Mais nous nous pardonnons très vite aussi ! C’est d’ailleurs notre caractéristique : aimer la miséricorde, et être apôtre de la miséricorde… Nous expérimentons jour après jour que la miséricorde de Dieu se déploie dans notre faiblesse. C’est la conclusion d’une prière que nous aimons réciter ensemble : « Seigneur, nous sommes des pauvres et Tu peux réaliser le miracle de nous rendre saints et missionnaires… »

Vous avez écrit une magnifique « Lettre aux mamans » , et aujourd’hui un livre sur la consolation, quelles sont vos sources d’inspiration ? 
J’écris à partir des gens que je regarde. Ce sont les visages des gens qui m’inspirent, et les rencontres que je fais. Jésus, je Le cherche partout et tout le temps, dans l’épaisseur du quotidien, comme les apôtres qui ont rencontré le Christ en pêchant des poissons. Ainsi, je perçois des traces de la présence de Dieu ! Par exemple, je suis frappée par la beauté des mamans, cachée à leurs propres yeux et qui ne voient pas qu’elles sont belles ! Une mère pense souvent que sa vie est inutile, qu’elle fait du répétitif, de l’ennuyeux, du routinier. En faisant des lessives et en achetant des petits pois, elle vit un renoncement à ce que le monde trouve prestigieux et même à sa propre beauté. Pourtant, celle-ci me saute aux yeux ! 

Ah bon, comment cela ? 
Oui ! Par exemple, l’autre jour, je rencontre une amie. Elle me dit que sa fille doit se déguiser pour le carnaval en station de métro. Je lui donne quelques idées et finalement – elle me le racontera plus tard – comme ses enfants se disputaient, elle s’est installée au milieu d’eux et a cousu des petits poissons en tissu tout l’après midi, pour apporter la paix à sa famille. Sa fille s’est déguisée en « Poissonnière » (le nom d’une station de métro parisienne, ndlr) et a été ravie ! Je trouve ça splendide, cette maman qui passe tout son mercredi à coudre des poissons. Quelle gratuité d’amour, quel don de soi ! Les mamans ont besoin de ce regard extérieur qui leur dit « ta vocation de maman est belle ! »

J’essaie d’annoncer le Christ à mes enfants par le pardon, la prière régulière, les vies de saints.

Comment faites-vous pour rester une femme et une maman rayonnante avec quatre enfants en bas âge et autant d’activités ? 
Je suis une maman comme les autres : j’essaie d’abord d’aimer inconditionnellement mes enfants pour qu’ils goûtent l’amour de Jésus, quoiqu’ils fassent ! Mais comme toutes les mamans,  j’éprouve mes limites constamment et je n’ai pas d’ange perché sur mon épaule, ni Jésus dans mon salon ! J’ai des pauvretés de caractère, je suis très anxieuse, je m’énerve facilement, je me fâche excessivement… J’essaie alors d’aller à la rencontre de Dieu comme une pauvre femme qui l’appelle au secours : « vers Toi j’ai les yeux levés comme une servante vers les yeux de sa maîtresse » (psaume 125). Et puis, je me confesse souvent, pour que Jésus puisse toucher les autres à travers ma faiblesse. Enfin, dans le quotidien, j’essaie d’annoncer le Christ à mes enfants par le pardon, la prière régulière, les vies de saints.

Quelle est votre astuce pour rester une maman « de bonne humeur » ? 
La famille est une école d’amour, on y apprend à s’aimer en vérité, de manière inconditionnelle. « Je t’aime, je te sécurise en t’aimant quoique tu fasses… en claquant la porte ou en disant une méchanceté !  » Et dans cette vie de famille, les choses souvent nous échappent ! Une jolie fête se passe en disputes, ou au contraire une discussion difficile avec un ado se transforme en moment de complicité. Ainsi, des grâces de joie surgissent au cœur de nos familles, un peu comme une divine surprise… Bien au-delà de ma bonne humeur ou de ma mauvaise humeur, c’est cette caresse de joie qui est importante ! 

Qu’aimez-vous le plus au monde dans votre vie de maman ? 
Voir mes enfants danser ! J’en pleure de joie. Chez nous, pour une fête, un apéro, on met de la musique et mon mari fait danser les enfants, et ils resplendissent dans les bras de leurs papas… c’est si beau ! Dans ces moments-là, je déborde de gratitude pour les enfants qui m’ont été donnés. Et je pense : « Mes enfants danseront éternellement dans l’éternité… c’est pour ça que les ai mis au monde ! »

J’ai une certitude : toute ma vie peut devenir louange à Dieu, même les ratés !

Comment priez-vous au quotidien ? 
Tous les jours, je vais à l’église, près du Tabernacle, 20 à 30 minutes : c’est ma force et mon secours. Je rencontre Jésus pour qu’il soit avec moi toute la journée. Évidemment, c’est un peu dur le mercredi, et le samedi je m’enfuie littéralement de la maison ! J’aime aussi beaucoup prier avec la Parole de Dieu. En prison, le vénérable cardinal Van Thuan – que j’aime beaucoup – priait avec des petites paroles de Dieu. Comme par exemple : « Voici la servante du Seigneur, »  « Un pauvre crie le Seigneur entend », « Seigneur tu es mon refuge, tu es mon rempart »… Ainsi, ma vie devient prière. J’ai une certitude : toute ma vie peut devenir louange à Dieu, même les ratés ! Saviez-vous que les Juifs, le jour du Grand Pardon, chantent la litanie des péchés  qui devient un Chant pour Dieu ? C’est magnifique ! 

Une prière qui vous aide, vous inspire, que vous aimez dire ? 
C’est le Magnificat ! « Mon âme dit que le Seigneur est Grand ! Exulte mon Esprit en Dieu ! » Et j’aime particulièrement ce verset :  « Il s’est penché sur la misère de sa servante… sa miséricorde s’étend d’âge en âge » Chanter la Miséricorde de Dieu dans nos faiblesses – et précisément dans celle d’une femme – que c’est beau !

Vous avez un saint préféré ? 
Marie-Madeleine, sans hésiter… Elle est apôtre de la Résurrection, j’aimerais pouvoir l’annoncer jusqu’à mon dernier souffle, elle est mon amie ! 

Pour finir, d’où vous vient cette foi ? 
Je viens d’une famille très chrétienne. J’ai vu ma chère grand-mère prier son chapelet, j’ai vu maman aller à la messe tous les jours. Et puis ma foi est devenue personnelle et vivante grâce au témoignage d’une femme venue témoigner d’une jeune fille extraordinaire, Claire de Castelbajac. J’avais 15 ans et en entendant cette femme veuve qui élevait seule ses 4 enfants, j’ai été saisie par le Christ !  Jésus était vivant dans cette femme et je me suis dit : « C’est cette Lumière que je veux pour ma vie. »

Propos recueillis par Marie Lucas

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