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Le grand péché de sainte Clotilde

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Fred de Noyelle / GODONG

Sainte Clotilde.

Anne Bernet - publié le 03/06/23

Soumise aux pratiques de l’effroyable règle de succession des princes de sang, la reine Clotilde, veuve du roi Clovis, ne sut pas résister à l’honneur de sa dynastie. Ce fut sa grande désolation, dont elle se repentit toute la fin de sa vie. L’Église la fête le 4 juin.

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Il en est de la sainteté comme de la santé : elle se peut perdre facilement et l’âme la plus vertueuse, prise à l’improviste, peut succomber aux attaques du démon. C’est ainsi que la reine Clotilde, arrivée déjà à un certain degré de perfection spirituelle, a failli tout perdre pour une réaction d’orgueil et de colère. En novembre 511, au décès de Clovis, qu’elle a accepté d’épouser par devoir puis qu’elle a beaucoup aimé, Clotilde n’a pas encore quarante ans. Pour l’époque, elle n’est certes plus une jeune femme mais le temps de la vieillesse n’est pas encore venu et elle pourrait fort bien demeurer à Paris auprès de ses fils et continuer d’exercer sur eux son puissant ascendant maternel.

La reine fait pourtant un autre choix et, sitôt Clovis inhumé dans la basilique des Saints-Apôtres, qu’il a fait construire en vue des obsèques de sainte Geneviève, qui, nonagénaire, lui a finalement survécu, elle se retire à Tours, au couvent Saint-Pierre du Puellier, l’une de ses nombreuses fondations pieuses. Son intention est de n’en plus jamais sortir et d’y passer le reste de ses jours dans la prière et le service des pauvres mais les événements du siècle en décideront autrement.

Les empêcher de s’entretuer

Le droit royal germanique a cette particularité fâcheuse qu’il prévoit, à la mort du souverain, le partage du royaume entre ses héritiers, sur le même principe que le partage d’un héritage ordinaire. Le résultat de cette pratique est évidemment d’affaiblir le pays, partagé, dans le cas de Clovis, entre les quatre fils nés de ses deux mariages, puis de nouveau repartagé à la génération suivante, anéantissant l’œuvre unificatrice du fondateur de la dynastie. Il existe bien un palliatif à cette mauvaise pratique, radical : la suppression des cohéritiers par celui qui osera le premier se muer en fratricide… Clotilde en sait quelque chose, elle qui, à quatre ans, s’est retrouvée orpheline parce que son oncle, le roi Gondebaud de Burgondie, a fait assassiner ses frères et ses belles-sœurs… Tôt ou tard, elle le sait, ses fils, et leur aîné, Thierry, né du premier lit de Clovis qu’elle a élevé comme son propre enfant, en arriveront là, eux aussi ; telle est la règle du jeu politique.

L’unique moyen de les empêcher de s’entretuer est de leur fixer un autre but. Lorsque, en 516, le roi Gondebaud meurt, laissant son puissant royaume à son fils unique Sigismond, Clotilde, arguant des droits, hérités de son défunt père, qu’elle a sur la couronne burgonde, et de la vengeance que Clovis n’a pas exercée en son nom contre le meurtrier de ses beaux-parents, enjoint à ses fils de faire valoir ses droits de princesse burgonde en déclarant la guerre à leur cousin. L’annexion de ce vaste territoire calmera un temps leurs appétits. Elle a raison et Sigismond, battu, est fait prisonnier avec sa femme et ses enfants, puis conduit à Orléans, partie du royaume franc sur laquelle règne Clodomir, le fils préféré de Clotilde, que ses prières ardentes ont arraché à la mort au lendemain de son baptême, alors qu’il agonisait.

Sans états d’âme

Trop prompt à satisfaire sa mère qu’il adore, Clodomir ne se contente pas de cette victoire ; il fait jeter Sigismond, mais aussi sa femme et leurs très jeunes enfants, dans un puits… Ce meurtre ne lui porte pas bonheur. Quelques mois plus tard, au désespoir de Clotilde, punie de sa trop bonne idée, il trouve la mort dans une contre-attaque burgonde, laissant trois fils en bas âge, Théodebert, Gontier et Clodoald. Clotilde n’ignore pas combien la survie des trois orphelins s’avère problématique. L’usage franc est de laisser la couronne aux hommes faits, capables de porter les armes pour la défendre, serait-ce au détriment des descendants en ligne directe, s’ils sont trop jeunes pour combattre.

Par précaution, les adultes suppriment alors sans états d’âme leurs petits rivaux, cela afin d’éviter qu’ils viennent un jour, devenus grands, réclamer leur bien. Il existe bien une alternative : enfermer les jeunes princes au monastère et leur imposer la tonsure, les privant ainsi de cet apanage de la royauté mérovingienne, l’abondante chevelure qui signale le roi parmi ses guerriers, mais la méthode n’est pas sûre car les cheveux coupés peuvent toujours repousser, pas les têtes…

Trop consciente du danger, Clotilde, afin de veiller sur ses petits-fils chéris, abandonne alors son couvent tourangeau et regagne Paris. Elle s’y fait la tutrice des trois enfants. Au grand dam de ses fils, jaloux, depuis l’enfance, de la préférence de leur mère pour Clodomir et qui n’auraient aucun scrupule à se débarrasser de leurs encombrants neveux…

Erreur fatale !

Une ou deux années passent et la vigilance de Clotilde ne se relâche pas. L’aîné des enfants de Clodomir, Théodebert, approche de l’âge de la majorité royale : douze ans. D’ici peu, il pourra, puis Gontier après lui, réclamer les terres paternelles. Cela, ses oncles ne le veulent pas, mais comment tromper la surveillance maternelle ? Childebert, qui a hérité du royaume de Paris, s’entend alors avec son frère Clotaire, qui règne à Rouen et qu’il invite à le rejoindre : ils feront ensemble croire à leur mère vouloir célébrer la majorité de leurs neveux et les introniser rois d’Orléans. Pour cela, bien sûr, il faudra que Clotilde leur remette les jeunes princes, et alors…

Sans méfiance, tant il est dur pour une mère d’imaginer la chair de sa chair capable de tels calculs, Clotilde, folle de joie, remet ses petits-fils aux envoyés des rois ses fils. Erreur fatale ! Alors qu’elle s’apprête à célébrer leur accession au trône, voilà qu’un envoyé de Childebert et de Clotaire se présente chez elle. Il pose à ses pieds un poignard et une paire de ciseaux, puis déclare :

Très noble reine, mes seigneurs, tes fils, m’envoient te demander quelle est ta volonté ; que veux-tu qu’il advienne des enfants ? Préfères-tu qu’ils vivent tondus ou qu’ils meurent ?

Le cœur brisé

Clotilde vacille, mais le sens de l’honneur dynastique, l’orgueil de sa naissance et de sa lignée font soudain taire la voix du sang, et même cette tendresse démesurée qu’elle porte à ses petits-fils. Très droite, elle réplique : « Je les aime mieux morts que tondus. » Abominable réponse qui la hantera le restant de ses jours, réplique d’aïeule dénaturée qu’elle ne se pardonnera jamais… L’envoyé des fils monstrueux ne verra pas la reine s’effondrer, en larmes, hurlant et appelant désespérément les enfants qu’elle adore et qu’elle a elle-même condamnés. De retour au palais, il rapporte aux rois le « choix » de leur mère. Théodebert et Gontier sont aussitôt égorgés par leur oncle Clotaire. Seul leur petit frère, Clodoald, échappera au massacre, sauvé par un fidèle de son défunt père qui parvient à quitter le palais en cachant l’enfant sous son manteau, et à le confier à un monastère des bords de Seine, dont il deviendra un jour l’abbé. C’est saint Cloud.

Quant à Clotilde, le cœur brisé, à jamais guéri des ambitions humaines, elle ira passer les années qui lui reste à pleurer ses péchés en son couvent, dans un tel silence et un tel repentir que l’histoire ne dira plus rien d’elle jusqu’à son dernier souffle, le 4 juin 545.

Tags:
FranceHistoire
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