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Notre-Dame de Rocamadour, si loin de la mer, si près des marins

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Shutterstock I Belt944

Le sanctuaire Notre-Dame de Rocamadour à Camaret-sur-Mer.

Anne Bernet - publié le 02/07/23

Aleteia embarque cet été pour une visite des sanctuaires marins de France, placé sous la protection de Marie, l’Étoile de la mer. À tout Seigneur, tout honneur, notre voyage commence par le premier d’entre eux, à Rocamadour, au cœur des Causses. Si loin des côtes, mais si près des marins, comment Notre-Dame de Rocamadour est-elle devenue la patronne des gens de mer ?

L’histoire de Rocamadour est pleine de merveilleux et de mystères insolubles ; que cette église perchée dans le Quercy, loin de l’Atlantique et de la Méditerranée, ait été, et soit en passe de redevenir, l’un des sanctuaires les plus vénérés des marins n’est pas le moins étonnant. Tout commence en 1166, lorsque des fossoyeurs occupés à creuser une tombe près d’une vieille chapelle dédiée à Notre-Dame sur le causse de Gramat au lieudit la Roche Majeure, falaise dominant de très haut le cours encaissé de l’Alzon, découvrent une sépulture ancienne et, dans celle-ci, la dépouille intacte d’un homme. 

Le thaumaturge Amadour

L’incorruptibilité des corps est tenue, quand elle est avérée et sans cause naturelle évidente, pour preuve de la sainteté d’un défunt. Les voisins, accourus au lieu de cette « invention » miraculeuse n’en doutent point et d’ailleurs, quelques vieillards croient se souvenir avoir entendu leurs grands-parents, qui tenaient déjà l’histoire de leurs aïeux, parler d’un saint ermite nommé Amadour, l’Amoureux en langue d’oc, au sens spirituel du terme, renvoyant à l’amour de Dieu, installé dans une grotte de la falaise afin d’y prier en paix. Bénéficiant d’une réputation de thaumaturge, Amadour aurait attiré des foules en quête de guérison, et quelques disciples avec lesquels il avait bâti la chapelle dédiée à Notre-Dame.

À quelle époque ? Le pèlerinage est réputé antérieur au règne de Charlemagne puisque l’empereur s’y serait arrêté en rentrant d’Espagne au début des années 770 et y aurait déposé les tronçons de Durandal, la légendaire épée de son neveu Roland, comte de la Marche de Bretagne, tombé lors d’une embuscade tendue à Roncevaux par des paysans basques, et non par des Maures. Preuve de l’ancienneté du lieu, la cloche de la chapelle est antérieure au VIIIe siècle, et d’un modèle rarissime car elle n’a pas été fondue mais forgée.

L’hypothèse Zachée

La chapelle du causse possède donc depuis longtemps une incontestable notoriété, que sa situation sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle accroît. Une notoriété décuplée lorsque l’évêque de Cahors, et le pape Martin V lui donnera raison, s’avise d’identifier Amadour, l’humble ermite, à un personnage de l’évangile autrement prestigieux, Zachée le publicain. Certes, c’est une manie, en ces temps de piété, afin d’attirer les pèlerins dans un sanctuaire, de lui chercher les origines les plus glorieuses possibles, et quoi de plus glorieux qu’un témoin des temps apostoliques ? Cela relève souvent de la légende mais ici, tout n’est pas invraisemblable. 

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Comme Jeanne, épouse de Souza l’intendant d’Hérode, Zachée et sa femme, que la Tradition identifie à sainte Véronique, pouvaient avoir des contacts à la cour du tétrarque de Judée et, même si celui-ci avait déclenché une persécution contre la communauté chrétienne de Jérusalem, contraignant les fidèles à se disperser à travers le bassin méditerranéen, il est possible qu’après l’exil d’Hérode en Aquitaine, des judéo-chrétiens aient pu s’installer dans la région parce qu’ils comptaient des amis dans l’entourage royal. Véronique étant morte à Soulac, Zachée, veuf, se serait retiré dans la solitude afin d’y expier ses voleries d’autrefois et son amour immodéré de l’argent des autres… 

La chapelle de Camaret

Peu importe, au demeurant, que l’on préfère cette version ou l’autre. L’essentiel est que les dévots se pressent sur le causse, autour de ce qui devient Rocamadour. Et, même s’ils vénèrent le saint ermite, ils viennent surtout pour celle qu’Amadour a instauré maîtresse du sanctuaire, Notre-Dame, représentée sous les traits d’une antique Vierge noire. Très vite, le bruit se répand que Notre-Dame de Rocamadour multiplie les miracles et d’ailleurs, les prêtres desservant sa demeure ouvrent en 1172 un registre qui en recensera bientôt 126. Et ce ne sera qu’un début.

Détail surprenant, dans cette liste, se rencontrent maintes interventions en faveur de gens de mer affirmant avoir été sauvés du naufrage après avoir invoqué la Vierge du Causse. Comment ont-ils entendu parler d’elle ? Grâce à la chapelle homonyme que le comte d’Anjou, Henri Plantagenêt, devenu, par son mariage avec la duchesse Aliénor d’Aquitaine, répudiée par Louis VII, et le jeu des héritages, maître de tout l’Ouest et le Sud-Ouest de la France, de la Normandie au Pays basque, fera construire à Camaret, en Bretagne, après avoir fait deux fois avec ferveur le pèlerinage du causse.

L’Étoile de la mer

Ce port est alors très actif et nombre de marins y font escale ; ils vont prier à la chapelle et découvrent ainsi l’histoire de Notre-Dame de Rocamadour dont elle porte le nom. Or, si en Méditerranée ceux qui vont en mer s’adressent à saint Pierre, pour rester entre professionnels, ou à saint Nicolas, vénéré en Grèce, sur le littoral Atlantique, aucun saint ne s’est encore imposé comme patron et protecteur de la corporation. Le clergé voit cette dévotion d’un bon œil et l’encourage. Marie n’est-Elle pas invoquée sous le titre de Stella Maris, l’étoile des mers, l’une des étymologies possibles du prénom ? Au cours des années et siècles à venir, des dizaines de sanctuaires marins vont se placer sous son patronage sous diverses appellations mais c’est bien de la chapelle bretonne, fille spirituelle du sanctuaire quercinois, que tout est parti. Voilà comment Notre-Dame de Rocamadour s’est rendue célèbre loin de chez elle. 

L’histoire ne s’arrête pas là. En effet, des marins qui l’ayant invoquée dans le péril, ont été sauvés miraculeusement, ne se contentent pas d’aller à Camaret mais entreprennent, reconnaissants, le pèlerinage en Quercy et, à Rocamadour, racontent aux chapelains leur sauvetage et la date de l’événement. Or, les prêtres s’aperçoivent, et peuvent le vérifier, qu’à chaque fois que Notre-Dame de Rocamadour est intervenue en faveur d’un équipage en danger, dans la chapelle du rocher, la vieille cloche s’est mise à sonner. Incontestablement toute seule car elle n’a pas de corde pour la mettre en branle. Signale-t-elle Là-Haut l’appel au secours des matelots ? Ou le miracle opéré ? On ne sait mais nul ne met en doute le phénomène. 

Secourus en un temps record

Jusqu’à la fin du XVIIe siècle, époque où le mépris janséniste pour la dévotion mariale et les progrès du rationalisme naissant pousseront à rire de la cloche qui sonne toute seule et à délaisser le pèlerinage. Officiellement, le carillon inexplicable ne s’est plus fait entendre depuis 1672. Officieusement, c’est une autre affaire, sur laquelle chacun reste discret…

Ce qui est sûr, c’est que la renaissance, amorcée depuis quelques décennies, de Rocamadour y conduit à nouveau de nombreux pèlerins, et parmi eux beaucoup d’officiers de marine ou d’amateurs de sports nautiques venus se placer sous sa protection. À bon escient puisque, en 2008, des jeunes plaisanciers, en mauvaise posture au large de Brest, avec un blessé à bord, l’ayant appelée à l’aide, ont été secourus en un temps record par un navire qui, cela ne s’invente pas, s’appelait le Notre-Dame de Rocamadour

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RocamadoursanctuaireVierge Marie
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