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La rubrique des chats écrasés

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Henri Quantin - publié le 12/07/23

Quand la guerre de tous contre tous par avocats interposés se répand, constate l’écrivain Henri Quantin, ce sont toutes les contradictions d’une société malade de l’autorité qui nous sautent au visage.

Peut-être les deux affaires n’ont-elles aucun rapport et seul le fait qu’elles aient voisiné le même jour dans la presse nous pousse-t-il à les évoquer ensemble. La première pourrait être sous-titrée « Le petit chat est mort », en hommage à l’Agnès de Molière, mais le juge ne s’est pas contenté de répondre avec Arnolphe : « C’est dommage ; mais quoi ? Nous sommes tous mortels. »

« Particulièrement choqué »

Le mardi 4 juillet, la SNCF a été reconnue coupable et condamnée à verser 1.000 euros à chacune des deux propriétaires du chat qu’un TGV a écrasé gare Montparnasse. Le tribunal a mis en avant « l’absence d’engagement de moyens humains nécessaires pour récupérer le chat ». Peut-être des moyens canins auraient-ils été plus efficaces pour repérer et déloger l’animal de la voie, mais sans doute le risque était-il trop grand de faire basculer l’affaire dans la rubrique dite des chiens écrasés. Gérald Darmanin, en se déclarant « particulièrement choqué » par l’attitude de la SNCF avait mâché le travail au juge : il allait de soi que l’affaire était sérieuse. Toujours promptes à s’engouffrer dans un fait divers pour faire avancer leur cause, les associations de défense des animaux n’ont toutefois pas obtenu la correctionnelle espérée pour « sévices graves et actes de cruauté ». Devant les tribunaux, il faut croire qu’il est encore possible d’appeler un chat un chat, et seulement un chat.

Sévices graves ? C’est à peu près ce pour quoi des députés de La France Insoumise (LFI) semblent vouloir faire condamner le préfet de l’Hérault, puisqu’ils ont annoncé qu’ils saisissaient le procureur de la République de Montpellier, suite à cette déclaration : « Si demain vous attrapez votre gamin qui descend dans la rue pour brûler des véhicules de police ou caillasser des pompiers ou piller des magasins, la méthode, c’est quoi ? C’est deux claques et au lit ! » Propos jugés pendables, dans lesquels les députés rêvent de faire reconnaître une incitation à « atteinte volontaire à l’intégrité des personnes ». « Cette déclaration, affirment-ils, est un appel manifeste à contrevenir à la loi du fait qu’elle incite les parents à faire usage de violences physiques à l’égard de leur enfant. » Aussi réclament-ils des suites judiciaires à ces mots passibles de cinq ans d’emprisonnement et de 45.000 euros d’amende. L’un des députés en lutte contre cette violence éducative s’appelle Martinet, ça ne s’invente pas.

Recours constant au pénal, lutte contre des violences supposées qu’on peine à trouver graves. Autant il ne fait pas de doute que l’indignation des maîtresses du chat écrasé n’était pas feinte, autant on ne peut s’empêcher de se demander si les députés croient vraiment à leur combat ou s’ils cherchent seulement à essayer de faire taire un adversaire politique. « Deux claques et au lit ! » On peut penser qu’il s’agit d’une expression toute faite : la menace paternelle de « quinze jours sous une benne » a rarement été mise à exécution, à notre connaissance.

Il n’est pas très bon signe que des élus aient pour ligne directrice de dénoncer toute forme d’autorité, dont il s’agirait de démasquer la violence passant abusivement pour légitime.

Mais même si le préfet conseillait deux claques véritables, les députés croient-ils vraiment que la remarque va donner un sentiment d’impunité à des pères violents et les pousser à redoubler de coups sur leurs enfants ? Leur saisie du procureur, en tout cas, aboutirait plus sûrement à ce que des émeutiers se sentent soutenus par des élus, dans l’hypothèse, bien sûr, où des caillasseurs s’intéresseraient à ce que disent les préfets et les députés. Il n’est pas très bon signe que des élus aient pour ligne directrice de dénoncer toute forme d’autorité, dont il s’agirait de démasquer la violence passant abusivement pour légitime. La logique est alors simple : non aux pères, non aux flics ; violences policières, « deux claques et au lit », même fascisme.

Le père qu’on aime

« Où sont les pères ? » Qui posait cette question tout récemment ? Une couverture de Famille chrétienne ? L’affiche d’une conférence des Associations familiales catholiques ? Non, un reportage du journal de France Inter, après les émeutes de Nanterre et d’ailleurs. Micro en main, la journaliste demandait à des jeunes gens s’ils craignaient plus leur père ou leur mère, puis interrogeait des parents. L’un d’eux avait manifestement les suffrages de la journaliste : son fils n’est pas autorisé à rester dehors après 21 heures et il a visiblement intérêt à obéir. Le père interrogé, toutefois, ne jette pas la pierre aux parents débordés. Beaucoup de femmes, note-t-il, élèvent leur enfant seules et une mère ne peut pas jouer le rôle du père… Le propos, qui vaudrait l’anathème médiatique à un opposant au mariage homosexuel, a soudain droit de cité.

Nous voilà une nouvelle fois au cœur de la contradiction. Ce n’est pas seulement celle du président Macron appelant à la responsabilité des parents, tout en soupçonnant le reste du temps la famille de nuire à l’éclosion d’un bon républicain. Ce ne serait alors qu’une variante de la chanson de Jean-Pax Méfret : on méprise et maltraite l’enfant du flic et l’enfant du soldat, « mais dès qu’il arrive un problème, c’est le flic, le soldat qu’on aime ». C’est ici le père qu’on aime, quand il peut enfermer son voyou de fils chez lui. Mais la contradiction est plus vaste. C’est celle d’une logique à la fois permissive et étonnée du désordre, fustigeant le patriarcat et cherchant où sont les pères, traquant la famille traditionnelle chez les catholiques et donnant un exemple des pères musulmans qui n’estiment pas que père et mère sont interchangeables.

67 millions d’ennemis

On ne sait si les suites judiciaires que les députés LFI appellent de leurs vœux auront lieu. Pour ce qui est du chat de la gare Montparnasse, la Fondation 30 millions d’amis a réagi ainsi : « Nous espérons que la SNCF se dotera dorénavant de procédures claires pour que les décisions prises désormais par les agents ferroviaires dans une telle situation malheureuse ne puissent plus jamais conduire à la mort d’un animal. » 67 millions d’ennemis, ce pourrait être un résumé de la guerre de tous contre tous par avocats interposés, en attendant que le recours à la justice ne soit à son tour jugé inutile par tous et que la rue ne remplace définitivement le tribunal. Peut-être regrettera-t-on alors un temps où des pères déclaraient un peu vivement « deux claques et au lit » et où on jugeait qu’il n’y avait pas là de quoi fouetter un chat.

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