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Thomas a Kempis, l’auteur catholique le plus lu au monde

Miniatura przedstawiająca piszącego świętego Tomasza a Kempis

Wikimedia Commons | domena publiczna

Anne Bernet - publié le 24/08/23

Comment cet obscur moine hollandais a-t-il pu écrire "l’Imitation de Jésus-Christ", l’œuvre catholique la plus lue au monde ? Ce guide pratique pour suivre le Christ est assurément inspiré de l’Esprit saint. L’Église, qui a béatifié Thomas, le fête le 25 août.

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Connaissez-vous Thomas Hemerken, également appelé Thomas von Kempen, ou en latin Thomas a Kempis ? Probablement pas. En revanche, vous avez sûrement lu, feuilleté ou au moins entendu parler de l’Imitation de Jésus-Christ, le livre le plus vendu au monde après la Bible. Eh bien, selon toute vraisemblance, Thomas en est l’auteur. Tout écrivain rêve d’écrire un ouvrage qui traversera les siècles, passera de génération en génération en conservant son charme et sa puissance, et transmettra son nom à la postérité. Ce rêve, l’auteur de l’Imitation l’a atteint, comme personne peut-être ni avant ni après lui, mais dans l’anonymat car cet authentique et profond mystique n’a jamais recherché la gloire telle que ce monde la donne et, s’agissant de lui, nous en sommes donc réduits aux spéculations. Faisons le point.

Une profondeur psychologique surprenante

Vers 1380, près de Cologne, naît Thomas ; précocement pieux, séduit par les Mystiques rhénans, école spirituelle tendue vers l’amour divin, la contemplation de la sainte humanité du Christ, des souffrances endurées afin de nous sauver et de l’Eucharistie, thèmes de la devotio moderna, la dévotion moderne qui renouvelle le catholicisme de la fin du Moyen Âge, Thomas décide de rejoindre une communauté nouvelle justement tournée vers ces pratiques, les Frères de la Vie commune. Il est reçu à leur noviciat en 1395, avant de gagner le couvent du Mont-Sainte-Agnès, près de Zwolle, aux Pays-Bas dont son frère aîné, Jean, est prieur. Thomas n’en bougera plus, ce qui convient à un homme qui écrira :

En toutes choses, j’ai cherché la paix et ne l’ai point trouvée, sinon dans les livres et le retrait.

Avec une profondeur psychologique surprenante si l’on songe que Thomas s’est enfermé au monastère à 15 ans, il médite sur la brièveté de la vie et de ses plaisirs trompeurs, les continuelles déceptions et souffrances qu’elle réserve à ceux qui placent de ce côté de la réalité toutes leurs ambitions, sur les fins dernières, le bonheur éternel promis à ceux qui choisissent Dieu plutôt que le monde et son prince, sur les moyens d’y parvenir, en trouvant un avant-goût dans la recherche de l’intimité de l’âme avec le Christ.

S’effacer derrière son œuvre

Pour l’heure, cette méditation écrite par tranches, à l’origine autonomes les unes des autres, tardivement rassemblées en un volume, reste sous le boisseau. Au sein de son monastère, frère Thomas a d’autres tâches. Copiste, il consacre l’essentiel de son temps à recopier et enluminer des Bibles, en réalisera cinq, travail énorme et inlassable. L’un de ces exemplaires est conservé à Darmstadt. Il poursuit ses études de philosophie et de théologie, est ordonné prêtre en 1413, élu sous-prieur en 1429, avant de devenir maître des novices. 

Plus l’âme chrétienne se détourne des plaisirs mondains décevants, plus elle se rapproche de Dieu et des vrais biens.

En parallèle, il rédige les biographies de quelques grandes figures de cette école rhénane qu’il aime : Gérard Groote, Florent Rodenyms, Lidwine de Scheedam. Précieux pour les renseignements qu’ils donnent, ces travaux sont laborieux, ne laissant pas supposer quel auteur est en germe derrière ces pensums. Au point que, lorsque les premiers exemplaires de l’Imitation, sans doute terminée en 1427, commencent à circuler dans la chrétienté, sans nom d’auteur, personne ne songe à l’obscur frère Thomas au fond de son couvent hollandais. Au demeurant, cela ne le dérange absolument pas, car ce qu’il souhaite, c’est s’effacer derrière son œuvre, ou plutôt derrière Celui qui l’a lui a dictée.

Un guide pratique pour suivre le Christ

En épigraphe, frère Thomas a placé cette citation évangélique : « Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres », ce qui fait de son livre une sequella Christi, un guide pratique pour suivre le Christ et L’imiter. Plus l’âme chrétienne se détourne des plaisirs mondains décevants, dans une fuga mundi, une fuite loin du monde, plus elle se rapproche de Dieu et des vrais biens. Certes, ce ne sera pas sans souffrances ni déchirement, mais la récompense promise sera à la hauteur des sacrifices consentis et se charger de la croix semblera finalement facile à ceux qui se souviendront que le Fils de Dieu l’a portée avant eux et pour eux. D’ailleurs, pour se soutenir sur la route, l’Eucharistie apporte le réconfort nécessaire.

Tout cela est exprimé avec une clarté, une simplicité, une profondeur qui dépasse le talent humain. S’il est loisible de lire l’ouvrage de bout en bout, il l’est aussi de l’ouvrir au hasard, en quête d’une vérité à méditer, d’une consolation, d’un conseil. Tout cela s’offre à coup sûr. Car l’Imitation est le fruit d’une inspiration du Saint-Esprit plus que des efforts de son auteur.

L’Église a reconnu sa paternité

Et cela explique le trouble des spécialistes, gens très savants qui se pencheront sur ce texte inclassable et peineront à croire que Thomas a Kempis ait écrit cet improbable et absolu chef d’œuvre. Des universitaires français, parce que dans le contexte de l’époque, accorder la paternité de ce livre admirable à un Allemand blesse leur patriotisme, attribueront l’Imitation à l’un des plus grands théologiens parisiens du XVesiècle, Jean Gerson, ce qui flatte, évidemment, notre côté cocardier. D’autres auront tôt fait de démontrer que l’on ne rencontre rien dans le livre à même de l’attribuer à Gerson : ni son style ni les thèmes qui l’intéressent. Des Italiens proposeront un quasi homonyme, Gersen de Verceil. Là encore, rien ne tient. Il faut en revenir à Thomas, qui s’éteint dans son couvent le 24 juillet 1471, très âgé, ignorant le succès de son livre et c’est très bien comme cela. Quant aux disputes qui l’entourent, il en aurait souri. 

L’Église ne lui a pas disputé la paternité de son chef d’œuvre, reflet magnifique de l’élévation de son âme ; elle l’a béatifié. On le fête le 25 août. Profitez de cette date pour lire ou relire l’Imitation et remercier l’humble frère Thomas de nous l’avoir donnée.

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Tags:
litteratureSaint
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