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La petite musique de la GPA

CLEMENT BEAUNE

MIGUEL MEDINA / AFP

Clément Beaune, ministre délégué chargé des Transports.

Blanche Streb - publié le 04/09/23

La gestation par autrui (GPA) revient régulièrement sur le devant de la scène. Notre chroniqueuse Blanche Streb, auteur de "Éclats de vie" (éditions de l’Emmanuel, 2019) en rappelle les côtés sombres et inextricables : le risque serait de s’habituer à cette pratique inhumaine qui mine les droits des femmes et des enfants.

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Paris, quartier Saint-Lazare, 2008. Il y a quinze ans. Mon dossier médical étalé sur son bureau, le gynéco-obstétricien, mandaté pour une expertise, m’invite froidement à renoncer à tout espoir de porter la vie. Il me lance à la dérobade qu’il ne me reste plus qu’à prendre une mère porteuse, s’empressant de préciser qu’il peut nous y aider, aux États-Unis. Je ne le sais pas encore, mais cet événement marque le début d’une immense prise de conscience de l’importance, du caractère unique et singulier, de la puissance et de la fragilité de la maternité dans notre monde qui se targue de modernité. À cette époque, personne n’en parle. La GPA restait rare et les quelques « people » qui y avaient déjà recours se gardaient bien de s’en vanter publiquement et lançaient leurs avocats sur quiconque oserait faire sortir le loup dans un média. 

Paris, quartier Oberkampf, septembre 2013. Il y a dix ans, exactement. Avec quelques autres personnes, nous sommes reçus dans la discrétion d’un appartement par une agence américaine de mères porteuses. Un démarchage illégal sur notre sol : cette entremise est un délit pénal. Je suis là pour voir de mes yeux, entendre de mes oreilles, prendre la mesure de ces filières et leurs méandres, approcher ce qu’est cette réalité souterraine qui, sournoisement, gangrène. Et ramasser des preuves. Un seul mot résume cette après-midi : sordide. La presse nationale s’est largement fait l’écho de cette révélation lorsqu’une plainte sera déposée contre X par une association quelques semaines plus tard. Car oui, il y a dix ans, spontanément, l’immense majorité des gens se révoltait contre l’idée même qu’on puisse exploiter le corps d’une femme ou considérer qu’on puisse juste imaginer organiser par avance le troc d’un nouveau-né. 

Endormir les consciences

Mais depuis dix ans, malgré les tonitruantes annonces que la GPA est une « ligne rouge » qui ne sera pas franchie, pourtant portée au plus haut sommet de l’État, une petite musique n’a eu de cesse d’endormir les consciences. Aujourd’hui, les peoples ne se cachent plus, publient des livres, paradent sur les tapis rouges et font la Une des magazines. Des « influenceurs » publient « leur aventure » sur les réseaux sociaux, photos glamour à l’appui. Des politiques s’y disent régulièrement favorables et souhaitent sa légalisation, comme ce 30 août Clément Beaune, ministre délégué chargé des Transports dans l’Obs. Avant lui, Gabriel Attal, Élisabeth Moreno… Des films, téléfilms et débats sans débats créent des pièges émotionnels. C’est ainsi que l’idée de gestation pour autrui s’installe insidieusement dans les mentalités. 

La GPA prémédite et organise, avant même que l’enfant n’existe, un éclatement de sa filiation et une définitive séparation.

Pourtant, rien n’a changé. Il faut toujours neuf mois de vie commune, deux corps en intense communion, l’un qui porte la vie, l’autre qui émerge et grandit. La grossesse n’est pas une étape transparente de notre vie, elle en est la première page. Et il faut toujours accoucher. Souffrir. Se donner. L’être humain a toujours besoin de s’inscrire et comprendre sa filiation, ses origines. Il a besoin d’enracinements. Mais voilà : la GPA prémédite et organise, avant même que l’enfant n’existe, un éclatement de sa filiation et une définitive séparation. Parfois même efface purement et simplement « maman » de l’histoire d’un enfant. On décide par avance qu’il existera, grandira et se construira dans le sein d’une femme — aussi dévouée soit-elle —  qui sera contrainte ou se forcera elle-même à vivre sa grossesse sans s’attacher. C’est faisable, nous dit-on, mais est-ce humain ? 

Un nouveau-né cherche toujours sa mère

Rien n’a changé, un nouveau-né cherche toujours sa mère. Qu’en a-t-il à faire, lui, de cet adjectif épithète de « porteuse » qu’on y accole ? Aussi ficelé soit-il, le contrat qui programme l’éclatement de la conception en donneuse d’ovule, mère porteuse puis parent(s) commanditaire(s) n’effacera pas la souffrance d’une filiation brouillée ni la blessure originelle, psychique, émotionnelle de l’arrachement à la naissance de l’enfant à celle en qui sa vie a pris corps. Il cherchera sa présence, les battements de son cœur, sa voix, son odeur, son réconfort, ses bras. L’arracher au seul univers qu’il connaît, c’est l’amputer durablement et imprimer au fer rouge ce traumatisme dans son psychisme. Le simple fait qu’il soit conçu en vue d’être donné (ou vendu) le chosifie. C’est supportable, c’est surmontable, nous dit-on, mais est-ce humain ?

Et pourtant, tout a changé. Maintenant, on sait. Plus la GPA se répand, plus ses inextricables côtés sombres se révèlent au grand jour. Pays riches, pays pauvres, même constat : chacun rapporte régulièrement des faits déchirants. Marché mondialisé, abandon du bébé en cas de handicap, sort inhumain des mères porteuses en Ukraine révélé par la guerre, morts en couche, usines à bébé, avortements contraints en cas des grossesses multiples ou de suspicion d’anomalie, abandon des enfants lorsque les commanditaires changent d’avis, non-respect des clauses, refus d’indemnisation, atteintes aux libertés de la femme, à son intimité… Et bien sûr, conscience qu’il s’agit d’une industrie globale : cliniques, avocats, étuves, frigos, hormones, banque de gamètes, matériels de fécondation in vitro, promotions, satisfaits ou remboursés, Black Friday de la GPA, pack proposant le choix d’un enfant selon le sexe ou encore kit incluant le contrôle qualité des embryons, car oui, une dynamique eugéniste est inhérente à cette pratique de procréation artificielle. Dans une logique de production, les attentes sont là… 

Ne nous habituons pas

Et pourtant, on sait : les violences médicales imposées aux femmes pour mettre en place et suivre ces grossesses atypiques. On sait les risques accrus d’hypertension, de complications obstétricales, anxiété, dépression… souffrances physiques, psychiques, sexuelles, la GPA mine les droits des femmes. Ça se passe bien, parfois, souvent, nous dit-on, mais est-ce humain ? Tolérer la GPA, sous quelque forme que ce soit, revient à en accepter les mécanismes d’exploitation des femmes et des enfants qu’elle exige. Là, il y a alerte rouge. Ne détournons pas les yeux de cette pratique qui ruine la manière dont on conçoit l’enfantement. Quels qu’en soient les raisons et l’amour qui précède aux intentions, par la GPA, la vie n’est pas donnée par les commanditaires, elle est prise. De donner à prendre, un pas est franchi, un pas qui ne peut rester sans conséquences dans l’imaginaire collectif.  

Notre société a un immense besoin de progresser dans son exemplarité sur la manière dont elle prend soin, respecte et promeut la dignité des femmes, de leur corps, de la maternité et la dignité de la procréation humaine. Alors ne nous habituons pas. Nous sommes dans un enjeu d’humanité qui nous concerne tous.

Tags:
BioéthiqueGPA
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