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Mgr Zuppi en Chine, des ponts en construction avec Pékin

Cardinal Zuppi.

OLEG VAROV / MOSCOW PATRIARCHATE / AFP

Cardinal Zuppi.

Jean-Baptiste Noé - publié le 21/09/23

Le cardinal Matteo Zuppi s’est rendu à Pékin dans le cadre de la mission pour la paix en Ukraine dont le Saint-Père l’a chargée. Une visite surprise, note l’historien Jean-Baptiste Noé, spécialiste de la politique vaticane, qui marque un tournant dans les relations entre Rome et Pékin.

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Le cardinal Matteo Zuppi est un homme consciencieux, qui applique la feuille de route donnée par le pape François avec une patience toute diplomatique. Il est chargé depuis mai dernier d’une mission « qui puisse contribuer à l’apaisement des tensions dans le conflit en Ukraine, dans l’espoir, jamais démenti par le Saint-Père, que cela puisse mettre en place un parcours de paix », rappelle le communiqué officiel de la salle de presse vaticane. Le cardinal italien a depuis débuté un tour du monde des chancelleries. Kiev d’abord, les 5 et 6 juin, puis Moscou les 28 et 29 juin et enfin Washington, les 17 et 19 juillet.

Après ces trois premières villes, beaucoup se demandait si celui-ci irait à Pékin, dont les frontières chinoises sont fermées à la diplomatie vaticane. Un voyage fut initialement évoqué pour la mi-août, qui n’eut pas lieu, sans qu’aucune date ne soit donnée. Puis vint l’annonce surprise du voyage effectué le 14 septembre, durant lequel il se rendit au ministère des Affaires étrangères pour rencontrer le Représentant spécial pour les affaires eurasiennes. 

Ouverture des portes

C’est incontestablement une victoire pour le Saint-Siège. Alors que le Pape ne peut toujours pas se rendre en Chine, que les catholiques chinois subissent encore des vexations de la part du gouvernement communiste et que l’accord conclu entre Pékin et le Saint-Siège est appliqué avec heurt, cette réception montre que les voies de la diplomatie vaticane ne sont pas obstruées et que Rome dispose de quelques leviers de manœuvre. 

Le Saint-Siège privilégie des négociations sur des sujets précis, qui peuvent trouver un accord et qui contribuent à améliorer la situation, plutôt qu’à disserter sur les grands enjeux de la réorganisation stratégique mondiale. En Chine, Mgr Zuppi a notamment évoqué le cas des céréales ukrainiennes et de l’accord conclu pour permettre leur sortie. La question de « la sécurité alimentaire », comprendre les enjeux céréaliers, a ainsi été explicitement mentionnée dans le communiqué final. L’accord d’exportation des céréales d’Ukraine a été suspendu en juillet dernier. D’autres voies existent pour les sortir d’Ukraine et les vendre sur les marchés mondiaux, mais plus longues et plus compliquées. 

L’enjeu alimentaire

Le Saint-Siège et la Chine défendent la reprise de cet accord, mais pas pour les mêmes raisons. Quand Rome y voit un sujet humanitaire, afin de nourrir les pays dépendants des céréales d’Ukraine, notamment en Afrique, Pékin y voit un élément clef de sa souveraineté alimentaire. En effet, bien que pays très vaste, la Chine ne dispose que de peu de terres arables. Soit que les régions sont montagneuses (Himalaya et ses contreforts) soit qu’elles sont désertiques (désert de Gobi, steppes au nord de la Chine).

La question de l’accès au grain est donc un enjeu essentiel pour Pékin qui doit nourrir une population non seulement très nombreuse, mais dont le régime alimentaire a changé : le riz traditionnel perd du terrain par rapport au blé, perçu comme la céréale de l’opulence et du développement. Or le blé nécessite plus de terres arables que le riz. La Chine regarde donc en dehors de l’Asie pour assurer l’alimentation de sa population et notamment l’Ukraine. Dans les années qui ont précédé la guerre, plusieurs entreprises chinoises ont acheté des milliers d’hectares en Ukraine, profitant de la corruption de l’administration pour s’implanter dans le pays et produire là-bas les céréales consommées en Chine. 

La venue de la mission Zuppi démontre que des ponts sont malgré tout en cours de construction.

La guerre et l’arrêt des exportations de céréales bouleversent donc l’économie chinoise qui est tributaire des grains ukrainiens pour assurer la sécurité alimentaire de la population. On comprend donc que les représentants chinois et le cardinal Zuppi aient trouvé là un dossier d’entente commune sur lequel avancer. Des éléments qui seront aussi au centre des discussions entre Vladimir Poutine et Xi Jinping. Reste à voir quand cela aboutira étant donné que les moissons de la saison 2023 sont stockées dans les silos ukrainiens, mais que les pays dépendants en auront besoin dès cet automne.

Compte tenu du temps que nécessite la logistique (transport et chargement des navires) il ne faut pas trainer pour que la Chine et les autres pays soient fournis. Dans ce dossier où la sécurité alimentaire de la Chine est en jeu, et donc le maintien de son ordre social, tous les alliés sont bons à prendre, y compris ceux qui viennent de Rome et avec qui les portes sont fermées depuis longtemps. Si les relations diplomatiques entre la Chine et le Saint-Siège sont officiellement inexistantes, la venue de la mission Zuppi démontre que des ponts sont malgré tout en cours de construction.     

Tags:
ChinediplomatieVatican
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