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Les rois de France ont-ils manqué aux demandes du Christ ?

Louis XIV, roi de France, royauté, monarque

Hyacinthe Rigaud [Public domain], via Wikimedia Commons

Portrait de Louis XIV, roi de France, en costume de sacre, peint en 1701 par Hyacinthe Rigaud.

Anne Bernet - publié le 25/09/23

Ni Louis XIV, ni Louis XV ne voudront donner suite aux demandes du Christ adressées par la voyante de Paray-le-Monial, sainte Marguerite-Marie Alacoque. Quelle était cette demande ? Consacrer le royaume au Sacré Cœur (1/2).

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Depuis le baptême de Clovis, il existe un pacte entre le Ciel et la monarchie française. Ce pacte est splendidement revivifié en 1420. Pour épargner à la France la disparition que lui promet le traité de Troyes, prétendant l’unir à l’Angleterre sous un seul sceptre, « le Christ qui est vrai roi de France » réclame, par l’intermédiaire de Jeanne d’Arc, son royaume au futur Charles VII pour le lui rendre aussitôt. Il lui rappelle ainsi de qui il tient ses droits et son pouvoir. Dans un monde qui est déjà, en cette fin du Moyen Âge, de moins en moins chrétien, le projet divin pour les nations est d’instaurer sur elles ce que l’on appellera la royauté sociale du Christ. Aux princes catholiques, tant qu’ils en ont les moyens, d’y aider. Encore faut-il qu’ils le veuillent…

Les demandes de Marguerite-Marie Alacoque

En 1689, Louis XIV n’accède pas aux demandes du Sacré-Cœur que lui transmet Marguerite-Marie Alacoque, la voyante de Paray-Le-Monial. A-t-il perdu l’occasion d’éviter la Révolution et de changer l’histoire ? Ce qui est sûr, c’est que le contexte spirituel et intellectuel n’est pas favorable à l’entreprise. Si la Famille de France sera dans l’ensemble dévote du Sacré Cœur, ni Louis XIV ni Louis XV n’exauceront ses demandes et Louis XVI ne s’y résoudra que lorsqu’il ne sera plus en état de donner à son acte la portée qui aurait dû être la sienne. Le Roi Soleil a-t-il été informé du rôle que lui réservait le Ciel ? Il semble que le Christ ait répondu, l’été 1931, dans une révélation à sœur Lucie, dernière voyante de Fatima, religieuse en Espagne. Se plaignant de la lenteur mise par l’Église à réaliser la consécration de la Russie au cœur immaculé de Marie, Il dit : « Fais savoir à mes ministres qu’étant donné qu’ils suivent l’exemple du roi de France en retardant l’exécution de mes demandes, ils le suivront dans le malheur. » Louis XIV aurait donc su, mais quelles étaient ces demandes ? Les voici, selon Marguerite-Marie, qui les a communiquées à sa supérieure, et par elle au Père de La Chaise, confesseur royal, dans deux courriers, du 17 juin et du 25 août 1689 : 

Fais savoir au fils aîné de mon Sacré Cœur [le roi de France] que, comme sa naissance temporelle a été obtenue par la dévotion aux mérites de ma sainte Enfance [Anne d’Autriche avait, sur le conseil d’une religieuse du carmel de Beaune en Bourgogne, imploré l’Enfant Jésus que l’on y vénérait afin d’avoir enfin un fils], de même, il obtiendra sa naissance de grâce et de gloire éternelle par la consécration qu’il fera de lui-même à mon Cœur adorable qui veut triompher du sien et par son entremise de celui des grands de la terre. Il veut régner dans son palais, être peint sur ses étendards et gravé sur ses armes pour les rendre victorieuses de tous ses ennemis en abattant à ses pieds ces têtes orgueilleuses et superbes pour les rendre triomphantes de tous les ennemis de l’Église.

Demandes complétées le 25 août suivant : 

Le Père éternel, voulant réparer les amertumes et angoisses que l’adorable Cœur de son divin Fils a reçues dans les maisons des princes de la terre parmi les humiliations et les outrages de la Passion, veut établir son empire dans le cœur de notre grand monarque duquel Il veut se servir pour l’exécution de son dessein qui est de faire un édifice où serait le tableau de son divin cœur pour y recevoir la consécration et les hommages du roi et de la cour.

L’opposition d’un christianisme desséchant

Ces hommages publics complètent une demande antérieure : réclamer de Rome l’instauration d’une fête universelle du Sacré Cœur célébrée le premier vendredi dans l’octave de la solennité du Saint Sacrement et celle de la communion réparatrice des premiers vendredis du mois. C’est faisable pour le roi de France. Or il n’essaiera pas, sans doute parce que ses conseillers religieux, même les jésuites, dont Marguerite-Marie a dit qu’ils seraient les apôtres inlassables du divin cœur, voient d’un mauvais œil ce qu’ils tiennent, soit pour les délires d’une illuminée, soit pour une démarche ridicule dans un contexte de tensions spirituelles, alors que s’affrontent jansénistes, ennemis de la « superstition cordicole » mot signifiant « adorateur du Cœur ». Gallicans peu désireux de voir le roi s’entendre avec le pape, quiétistes de Mme Guyon et d’autres encore, ils sentent que le culte du divin cœur qui a tant aimé les hommes condamne leur christianisme desséchant d’où amour et miséricorde sont bannis.

Il ne faut rien moins qu’un désastre pour donner la première impulsion : l’épidémie de peste qui frappe Marseille et la Provence entre 1720 et 1722.

Et puis, et c’est le plus grave, Louis XIV qui, jusque dans les pires difficultés, préfère se fier à ses propres lumières que quémander l’aide d’En-haut, n’a sans doute aucune envie de déposer sa couronne entre les mains de Dieu et de s’en remettre à Lui du succès de ses armes, choix dont les drames et désastres de la fin du règne ne le feront jamais dévier… Comment s’étonner qu’il ne donne pas suite à ces messages célestes dont on lui dit l’accomplissement de mauvaise politique ? Cela n’a pu étonner la messagère qui écrivait, peu avant sa mort en 1690 : « Satan y mettra de grands obstacles mais Dieu est au-dessus de tout. » Le fait est que, et pour longtemps, le Ciel se passera de l’aide des puissants de ce monde pour faire avancer la cause du Sacré Cœur. 

La voie de la dévotion populaire

Il ne faut rien moins qu’un désastre pour donner la première impulsion : l’épidémie de peste qui frappe Marseille et la Provence entre 1720 et 1722, fait des milliers de victimes mais cesse de façon spectaculaire après que l’évêque, Mgr de Belsunce, consacre son diocèse au Sacré Cœur. Or tout laisse penser que cette dévotion nouvelle déplaît à Rome puisque toutes les demandes adressées aux papes pour obtenir une messe et un office propres sont rejetées, tantôt parce que l’instruction de la cause de béatification de Marguerite-Marie et l’enquête sur la réalité de ses révélations l’interdit, tantôt parce que reconnaître la dévotion au Sacré Cœur ouvrirait la voie à une autre, elle aussi venue de France grâce à Jean Eudes, celle du cœur immaculé de Marie dont l’Église ne veut pas entendre parler… 

Prêter foi à des apparitions du Christ, les transposer dans la vie du pays reviendrait à se discréditer auprès des beaux esprits, démarche que Louis XV n’osera jamais.

La fin de la peste vaut au Sacré Cœur la reconnaissance absolue des Marseillais et des Provençaux, population de marins qui bourlinguent sur toutes les mers du globe et qui va, avec le récit de la miraculeuse intervention qui les a délivrés du fléau, répandre de port en port la dévotion à ce cœur qui a tant aimé les hommes. Ce message répond à une attente profonde puisque, très vite, l’on dénombrera à travers le monde plus de 700 confréries et associations de prière « cordicoles » installées jusqu’à Pékin. Mais l’épiscopat français et la monarchie ne soutiennent pas le mouvement. 

L’obstination de la reine Marie

Encore simple prince français, le roi Philippe V d’Espagne s’en est, lui, fait le dévot et le propagateur ; il intervient auprès du pape Benoît XIII, et se heurte aux mêmes réticences. C’est dire l’hostilité romaine… Pour en triompher, le Ciel se servira, de façon providentielle, d’une jeune fille pauvre et pieuse qu’il porte au trône de France, la polonaise Marie Leckzinska, fille de Stanislas, éphémère roi de Pologne, exilé en Alsace où il vivote misérablement avec sa famille. En ce début des années 1720, l’avenir de la monarchie française repose sur Louis XV, adolescent qui doit au plus vite se marier et engendrer un fils. Le problème est qu’on l’a fiancé à sa cousine, l’infante d’Espagne, fille de Philippe V venue en France pour y être élevée avec son fiancé. Or, la princesse n’est qu’une fillette et il faudra une douzaine d’années avant de la marier. Délai trop long. Alors, on la renvoie à Madrid et l’on se met en quête d’une princesse catholique en âge d’être mère. Il n’y en a pas, hormis cette Polonaise qui n’est rien, ne possède rien, sera un embarras diplomatique mais a 22 ans. L’incroyable demande en mariage sidère Stanislas ; Marie, si elle accueille à genoux la nouvelle a ce cri du cœur : « Je serai bien fâchée si la couronne de France devait me faire perdre celle du Ciel ! »

Répondant à la demande d’instaurer l’adoration perpétuelle du Sacré Cœur dans le Saint Sacrement, la reine Marie s’adresse en 1751 à une petite communauté religieuse parisienne, les Dames de Sainte-Aure.

Cette reine pieuse et charitable dérange au siècle des Lumières, l’on redoute son influence sur son époux, puis sur son fils, le dauphin Louis Ferdinand. Marie est une « cordicole » convaincue, la dévotion au Sacré Cœur s’étant tôt répandue en Pologne grâce aux visitandines. Et la reine va œuvrer à la faire fleurir dans cette France qui l’a reçue et ne veut pas la diffuser. Par elle, Louis XV connaît les demandes du Christ au roi de France mais il n’y donnera pas plus suite que son arrière-grand-père avant lui. Le peut-il politiquement ? Lancé dans un bras de fer avec les parlements, acquis au jansénisme, donc ennemis virulents de ce qu’ils tiennent pour des dévotions sentimentales absurdes, qu’il s’agisse du culte marial ou du Sacré Cœur, le roi, qui fera même l’objet d’un attentat, est dans une position malaisée. S’ajoute à cela l’atmosphère de l’époque où le merveilleux chrétien est systématiquement tourné en ridicule. Prêter foi à des apparitions du Christ, les transposer dans la vie du pays reviendrait à se discréditer auprès des beaux esprits, démarche que Louis XV n’osera jamais. Au moins laisse-t-il son épouse et leur fils, le dauphin Louis Ferdinand, s’adonner à leur dévotion et la répandre. 

Une chapelle du Sacré-Cœur à Versailles

Répondant à la demande d’instaurer l’adoration perpétuelle du Sacré Cœur dans le Saint Sacrement, la reine Marie s’adresse en 1751 à une petite communauté religieuse parisienne, les Dames de Sainte-Aure, qu’elle patronne, mais cette modeste congrégation enseignante n’est pas la mieux adaptée à ce rôle, les religieuses n’étant pas assez nombreuses, et l’adoration perpétuelle ne se répand pas, du moins pas autant qu’il serait souhaitable. La reine et le dauphin parviennent à faire bâtir à Versailles une chapelle du Sacré Cœur.

Ainsi, Marie forme-t-elle autour d’elle un cercle de vrais dévots conscients de l’importance du message de Paray-le-Monial ; les intelligences et les âmes y sont préservées des idées des Lumières. Ce cercle jouera un rôle important, après la mort de la reine, du dauphin et de la dauphine dans l’éducation de leurs enfants orphelins, plus spécialement des deux filles, Madame Clotilde, future reine de Piémont Sardaigne, et Madame Élisabeth, les préservant de la pensée philosophique, leur permettant de rester des catholiques sûres de leur foi, qui ne rougiront jamais de cette dévotion au Sacré Cœur qualifiée de « bien étrange » par ceux qui ne veulent pas d’un réveil du catholicisme. 

Tags:
FranceHistoireLouis XIVMarguerite-Marie Alacoqueroisacre coeur
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