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Jean Bosco, l’homme aux rêves prophétiques

SAINT JOHN BOSCO

Chaikom | Shutterstock

Anne Bernet - publié le 30/01/23

Connu pour son génie d’éducateur, saint Jean Bosco l’est moins pour ses prédispositions aux rêves prophétiques. En pleine tempête politique italienne, il prévint par exemple le roi des dangers auquel celui-ci s’exposait en s’attaquant à l’Église.

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Même si Jésus annonce qu’à la fin des temps, « les vieillards prophétiseront et les jeunes gens auront des songes », l’Église a toujours pris soin de ne pas trop encourager à croire aux rêves. Il arrive toutefois que certains saints, tel Joseph dans l’Ancien Testament, méchamment surnommé « l’homme aux songes » par ses frères jaloux, soient avertis dans leur sommeil d’événements à venir qui, en effet, se réalisent. En ce domaine, Jean Bosco est un champion hors catégorie mais ce don, qu’il a lui-même longtemps regardé avec méfiance, ne lui a pas toujours simplifié la vie…

Des visions pas toujours plaisantes

Il est un garçon de neuf ans au caractère déjà prononcé et violent quand il se voit en rêve au milieu d’une vaste troupe d’enfants qui s’insultent, se disputent et en viennent aux mains ; les entendant blasphémer, Giovanni, indigné, se précipite dans la mêlée, décidé à ramener l’ordre à coups de poings. Le Christ apparaît alors et lui dit : « Ce n’est pas par la violence mais par la douceur que tu devras conquérir tes amis. » Ce rêve prémonitoire en plusieurs phases qui aboutissent à la transformation des jeunes sauvages en doux agneaux, est connu, comme celui dit des « trois blancheurs » où Don Bosco voit l’Église, sous la forme d’un navire amiral entouré d’une flottille éparpillée aux prises avec une flotte ennemie qui menace de la détruire. Deux colonnes surgissent alors de la mer, l’une portant une hostie rayonnante, l’autre l’Immaculée, auxquelles l’homme en blanc, le Pape, peut arrimer solidement sa nef en détresse. Célèbre aussi le songe de 1857 où Giovanni voit le jeune Dominique Savio, décédé depuis peu, s’avancer vers lui au milieu d’un paysage magnifique, l’assurer qu’il est au Ciel et lui expliquer que les merveilles entrevues sont une pauvre représentation d’une réalité autrement plus belle mais impossible à appréhender par les vivants.

Le problème est que ces visions ne sont pas toujours plaisantes. Le monde onirique de Don Bosco est peuplé de créatures monstrueuses qui, sous la forme de chats énormes et terrifiants, d’éléphants féroces, de crapauds horribles ou d’un cheval rouge emballé, celui d’un des cavaliers de l’Apocalypse, menacent les âmes ou dévastent la chrétienté. Beaucoup, à commencer par le romancier italien Eugenio Corti, qui intitulera justement Le Cheval rouge son terrible récit de l’engagement des troupes du régime fasciste en Russie aux côtés des Allemands, identifieront la cavale écarlate au communisme. C’est aussi l’interprétation d’Irène Corona dans Les Prophéties de Don Bosco (Éd. du Parvis, 2013).

Si personne ne fait pénitence…

Pour Don Bosco, cet avenir, révélé dans un songe de 1870 annonciateur de cataclysmes pour l’Italie, l’Europe et l’Église, est conjurable, à condition que le clergé prenne l’avertissement au sérieux : « Mais vous, les prêtres, pourquoi ne courez-vous pas pleurer entre le vestibule et l’autel pour invoquer la suspension des fléaux ? Pourquoi ne saisissez-vous pas le bouclier de la foi et n’allez-vous pas sur les toits, dans les maisons, sur les routes, les places et en tous lieux, même inaccessibles, pour porter la semence de ma Parole ? Ne savez-vous pas qu’elle est l’épée terrible à deux tranchants qui abat mes ennemis et apaise la colère de Dieu et des hommes ? » Mais, si personne ne fait pénitence pour, comme le roi de Ninive, empêcher l’accomplissement de ces maux, alors « ces choses, inexorablement, se produiront une à une ». Don Bosco ne sera pas plus entendu, hélas, que Notre-Dame ne l’a été rue du Bac en 1830, à La Salette en 1846, à Fatima en 1917, et ailleurs encore… 

Pourtant, à l’instar de la Vierge du Rosaire annonçant : « À la fin, mon cœur immaculé triomphera », Giovanni prédit l’apparition d’un « soleil lumineux » annonciateur du feu du Saint-Esprit sur le monde. Dieu, et Il ne cesse de le redire à l’humanité par la voix de Marie et des saints, ne veut pas la mort des pécheurs mais qu’ils se convertissent et vivent. Cela implique de leur part un retour sur eux-mêmes. Dans le cas contraire, la justice divine frappera, en effet. C’est ce que le prêtre visionnaire annonce, en décembre 1854, au roi Victor-Emmanuel II.

La suppression des ordres contemplatifs

Nous sommes au cœur de la crise qui durera jusqu’à la chute de Rome en septembre 1870, opposant partisans de l’unité italienne et défenseurs des États pontificaux qui font du pape un souverain temporel aussi bien que spirituel. L’unification de l’Italie implique la disparition de cette souveraineté, ce à quoi Pie IX ne veut, ni ne peut, consentir. Le jeune Victor-Emmanuel II, qui ambitionne de régner sur des possessions plus vastes que celles léguées par ses aïeux en Savoie, Piémont et Sardaigne, est entré, contre promesse de la couronne italienne, dans le jeu d’une gauche révolutionnaire, franc-maçonne, décidée à renverser les monarchies catholiques des Bourbons-Sicile à Naples ou des Habsbourg en Lombardie et Vénétie ; décidée, surtout, à en finir, non seulement avec le pouvoir temporel de la papauté, incarnée par les États pontificaux, mais avec le catholicisme.

Cette année 1854, le roi a donné des gages aux adversaires de l’Église en acceptant le projet de loi Ratazzi qui prévoit la suppression dans son royaume de tous les ordres religieux contemplatifs et la confiscation de leurs biens, ne laissant subsister que ceux voués à l’enseignement, la prédication et les œuvres de charité. Pour faire passer la pilule auprès de la hiérarchie catholique piémontaise, la loi Ratazzi affirme que l’argent ainsi récupéré sera attribué aux paroisses pauvres et à l’entretien des édifices cultuels. Don Bosco, à l’instar des promoteurs de la loi qui, eux, ne mésestiment pas la puissance de la prière et du sacrifice, sait que détruire les ordres contemplatifs, c’est priver l’Église de ses troupes d’élite et la livrer désarmée ou presque à l’Ennemi…  

Morts annoncées

Seul le roi peut arrêter le processus en opposant son veto ; Victor-Emmanuel, emporté par l’ambition, n’en a pas l’intention. Fin novembre 1854, Don Bosco fait un rêve : il se trouve au palais royal entouré d’autres prêtres. Soudain, un valet déboule dans la salle ; il crie : « Grande nouvelle ! » « Laquelle ? » demande Don Bosco et l’autre de répondre : « Grand enterrement à la Cour ! » Giovanni ne se rendort pas : « J’en ai été malade le reste de la nuit … » Il est si frappé qu’il écrit au roi afin de l’avertir. À cinq jours de là, il refait le même songe, à un détail près ; le domestique crie : « Pas un mais plusieurs grands enterrements à la Cour ! » Don Bosco réécrit à Victor-Emmanuel ; il l’avertit que, s’il signe la loi, il attirera sur la Maison royale de Savoie de grands malheurs.

Je n’ai écrit au roi que la vérité ; je regrette de l’avoir fâché mais j’ai fait cela pour son bien et celui de l’Église.

Ce n’est pas un avertissement à prendre à la légère. Don Bosco a déjà prophétisé des drames, accidents, morts, en en précisant souvent la date ; toujours, les faits lui ont donné raison dans les délais indiqués. Victor-Emmanuel, plus frappé qu’il l’admet, envoie l’un de ses proches rencontrer Giovanni. Cet envoyé s’emporte : « Croyez-vous raisonnable de mettre de la sorte la Cour sens dessus dessous ? Le roi est furieux, très impressionné, très troublé ! » Le message est clair ; il faut arrêter de vaticiner. Imperturbable, Don Bosco rétorque : « Je n’ai écrit au roi que la vérité ; je regrette de l’avoir fâché mais j’ai fait cela pour son bien et celui de l’Église. » Victor-Emmanuel ne recule pas, de peur d’être ridicule en prêtant foi à ce prêtre tenu par son ministre de l’Intérieur pour un dangereux réactionnaire. Le 5 janvier 1855, la loi passe en première lecture au parlement. Dans la soirée, la reine mère tombe brusquement très malade et meurt. Elle avait 54 ans.

« Ouvre les yeux ! »

C’est un coup très dur pour le roi, le premier. Le jour des obsèques, sa femme, accouchée huit jours plus tôt, et qui paraît très bien se remettre de la naissance, est emportée par des complications inattendues. Don Bosco, à l’annonce du premier décès, a envoyé un dernier courrier au souverain : « Une personne éclairée du Ciel prévient : ouvre les yeux. Si la loi passe, de grands malheurs s’abattront sur ta famille car ceci n’est que le début des maux… » En vain… Après les deux reines, c’est le frère de Victor-Emmanuel, le duc de Gênes qui meurt le 11 février. Le roi ne bouge pas. Mi-mai, alors que le processus législatif touche à son terme son dernier-né succombe à une maladie infantile. Son père signe malgré tout le décret qui supprime 334 couvents de son royaume. Dans des notes personnelles, Don Bosco écrit : « La famille qui vole Dieu subira maintes tribulations et ne passera pas la quatrième génération. »

La prédiction se réalisera. Le successeur de Victor-Emmanuel, Umberto Ier, est assassiné. Son fils, Victor-Emmanuel III, qui a déjà perdu l’essentiel de son pouvoir au profit de Mussolini, abdique en 1946, son fils est contraint d’en faire avant de quitter l’Italie avec sa famille, frappé par la loi d’exil. La Maison de Savoie ne règnera pas au-delà de cette quatrième génération marquée par le Ciel… 

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