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Qu’est-ce qu’une hérésie ?

hérétique hérésie

© jorisvo I Shutterstock

Vitrail représentant un hérétique, dans la cathédrale de Saint Rumbold à Malines, Belgique.

Augustin Talbourdel - publié le 31/07/23

Curiosité d’archéologue ou actualité brûlante ? Il y a moins d’un siècle, l’historien Hilaire Belloc retraçait les grandes hérésies du christianisme, de leur émergence à leur déclin. Si de nombreux articles de foi du credo contiennent la réponse à une hérésie, chacune traduit une démission de la raison humaine qui, pour simplifier le mystère chrétien ou le rendre plus convaincant, isole ou supprime une vérité révélée dans l’Écriture ou établie comme un dogme.

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« Si tu demandes au changeur le cours d’une monnaie, il te répond par une dissertation sur l’engendré et l’inengendré », rapporte saint Grégoire de Nysse, à l’époque du concile de Constantinople (381). On est loin aujourd’hui des débats théologiques sur l’incarnation, qui se poursuivent jusque dans la rue. Persécutés dans le monde, les chrétiens des premiers siècles ont aussi dû mener un combat au sein même de l’Église naissante, afin de conserver et transmettre le dépôt de la foi hérité de la génération apostolique. Qu’on songe aux mises en garde de saint Paul à l’égard des « contre-vérités hypocrites » (1Tm 4, 2) et autres « raisonnements fallacieux » (2Co 10, 4) qui émanent d’une « philosophie trompeuse et vide » (Col 2, 8). Retirer un membre à ce grand corps qu’est l’Église nuit à son unité (1Co 12). En théologie, cela porte un nom : l’hérésie.

Qu’est-ce qu’un hérésie ?

Étymologiquement, il s’agit bien de prendre (hairein) ou prendre pour soi (haireisthai), c’est-à-dire choisir. Partant de cette étymologie, Hilaire Belloc, dans Les grandes hérésies, définit l’hérésie comme « l’entreprise de déconstruction d’un corps de doctrine unifié et homogène par la négation d’un élément inséparable de l’ensemble ». En contestant une de ses parties, parfois plusieurs, l’hérétique contrefait le corpus de fond en comble. L’hérésie se distingue donc de l’apostasie, « rejet total la foi chrétienne », et du schisme, « refus de soumission au Pontife Suprême ou de communion avec les membres de l’Église qui lui sont soumis » (CIC n°751). Comme le rappelle le Catéchisme de l’Église Catholique, citant le Code de Droit Canonique, l’hérésie est la « négation obstinée, après la réception du baptême, d’une vérité qui doit être crue de foi divine et catholique, ou le doute obstiné sur cette vérité » (CEC §817).

Vérifions cette définition auprès d’une des hérésies les plus célèbres. Cherchant à conserver l’unicité de Dieu, Arius, prêtre alexandrin du IVe siècle, déclare que le Fils a eu un commencement et que, subordonné au Père, Il n’est pas de même substance que lui. En refusant de reconnaître la pleine nature du Fils, l’arianisme ne rejette pas en bloc la doctrine chrétienne : il laisse « indemnes de larges pans de la structure » qu’il préfère « miner dans ses fondements ». Tel est bien le propre d’une hérésie selon Belloc : « la subversion du corps doctrinal par l’exclusion d’un de ses éléments ». En s’abritant dans « une ombre de christianisme », selon la formule de saint Augustin, l’hérésie paraît « plus vraie que la Vérité elle-même pour abuser par ses aspects extérieurs les esprits les plus simples », écrit un autre Père de l’Église, saint Irénée, dans son célèbre Contre les hérésies.

Les trois phases d’une hérésie

Qu’il s’agisse du refus de reconnaître la divinité du Fils (arianisme) ou celle du Saint-Esprit (macédonianisme), ou au contraire de nier la pleine humanité du Christ (manichéisme, hérésie albigeoise) ; de contester l’hypostase unique en deux natures dans le Christ (nestorianisme, monophysisme) ; de prôner une Église purifiée et sans compromission avec le siècle (donatisme) ou la possibilité pour l’homme d’être justifié par le libre choix de sa volonté (pélagianisme). Les hérésies, selon Belloc, procèdent en trois phases. Primo, elles émergent lorsqu’on insiste exagérément sur « l’un des éléments du vaste corpus doctrinal catholique », chacun comportant un « attrait particulier ». La séduction est immédiate, puisqu’elle simplifie et rationalise le mystère, en protégeant l’unité de Dieu (arianisme) ou la pureté de l’Église (donatisme), donnant à la nature seule un importance exagérée (pélagianisme) et, réciproquement, à la grâce (jansénisme), doublé d’un rejet des sacrements (protestantisme). 

L’hérésie est la « négation obstinée, après la réception du baptême, d’une vérité qui doit être crue de foi divine et catholique, ou le doute obstiné sur cette vérité ».

Après cet élan initial vient une phase de déclin « qui semble durer (selon quelque loi obscure) environ cinq ou six générations », selon l’historien du XXe, déclin d’abord lié à sa condamnation. Enfin, dans une dernière phase, « l’hérésie en tant qu’option doctrinale disparaît tout à fait » mais « les répercussions morales et sociales de l’hérésie demeurent ». C’est pourquoi, d’après Belloc, les nombreuses hérésies de l’histoire ont laissé des traces dans un monde moderne que Chesterton, contemporain et ami de Belloc, considérait, dans Orthodoxie, comme « plein d’anciennes vertus chrétiennes devenues folles » parce qu’isolées les unes des autres.

Réhabilitées par le Christ, autant dans son enseignement que dans la rédemption qu’il offre par la croix, la dignité du corps, de la personne humaine, la liberté ou la fraternité, survivent ainsi séparément et sous une autre forme dans les « valeurs » contemporaines. Dans le même temps, « l’attaque moderne » faite contre la Foi au nom de principes issus, lointainement, du christianisme lui-même, professe un athéisme radical, considérant « l’homme comme autosuffisant, la prière comme pure autosuggestion et Dieu comme un simple produit de l’imagination ».

Le point commun des hérésies

Toutes les hérésies, selon Belloc, ont en commun ceci qu’elles prétendent purifier et simplifier une doctrine. Puisque l’hérésie se définit comme telle en fonction d’un dogme – sinon d’une vérité – qu’elle nie, l’existence d’une hérésie témoigne toujours, plus que d’une erreur, d’un refus de penser le mystère dans sa totalité. Fruit de la « tendance irrépressible de l’esprit humain à rejeter ce qui se situe au-delà des limites de son entendement », d’après Hilaire Belloc, les hérésies surgissent dès que ce même esprit humain cherche à « rationaliser le mystère de l’Incarnation, ou à se dérober à sa plénitude ». 

« Partout, tout le temps, on dénigre la raison », conclut l’auteur des Grandes hérésies. Ce « dédain et mépris pour l’exercice de l’intelligence », selon lui, va à l’encontre de la doctrine chrétienne, doctrine du logos incarné. L’incapacité à saisir la vérité, source des hérésies, naît de cette répudiation de la raison humaine et de ses capacités. Assurément, par sa seule intelligence, l’homme est incapable de rendre compte de toutes les vérités qu’il tient par la foi.

Mais avant de marteler les limites de la raison humaine, encore faudrait-il rappeler ce qu’elle peut connaître. « C’est précisément parce qu’elle conféra cette autorité divine à la raison que l’Église proclama le Mystère, c’est-à-dire qu’elle admit une fois pour toutes que la raison avait des limites », conclut Belloc. Objet, aujourd’hui encore, d’une « croisade » aux allures paradoxalement religieuses, la raison « a été limitée par cette notion de mystère uniquement dans le but de consacrer sa souveraineté dans la sphère qui lui est propre ». Tenir à la fois le pouvoir de la raison naturelle et la nécessité, pour cette même raison, d’être purifiée et restaurée par la grâce de la foi, permet de se prémunir, dans une certaine mesure, contre cette défaite de la raison qu’est l’hérésie.

Pratique

Hilaire Belloc, The Great Heresies, 1938, Les grandes hérésies : L’Église dans la tourmente, trad. Benjamin Ferrando, 2022, Artège, 272 p.

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