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Alain de La Roche, le véritable inventeur du Rosaire

Alain de La Roche

CC / Wikimedia

Anne Bernet - publié le 08/09/23

Alain de La Roche, dominicain breton né au XVe siècle et béatifié par la vox populi, est dit-on l’inventeur du Rosaire. Moqué pour sa piété mariale immodérée, ce docteur en théologie prêcha dans toute l’Europe le chapelet à la main. L’Église le fête le 9 septembre.

Étrange destin que celui du bienheureux Alain de La Roche. Brillant théologien, ce dominicain breton a donné à la dévotion mariale et au rosaire une ampleur nouvelle. C’est probablement ce qui a gêné au siècle dernier, alors qu’il était de bon ton de comparer la récitation du chapelet à « un moulin à prière » et que certains s’ingéniaient à en éloigner les fidèles. Il ne faut pas s’étonner si ces mêmes détracteurs du rosaire s’en sont pris à son apôtre, tentant de réduire son rôle à pas grand-chose. On le moqua pour sa crédulité, pour le disqualifier aux yeux des gens sérieux, à propos de miracles et d’événements merveilleux, n’hésitant même pas à le traiter de « déséquilibré ». De Là-Haut, le frère Alain doit bien rire de tout cela et se dire que c’est grand honneur pour lui d’avoir mérité ces insultes uniquement pour son immense amour de Notre-Dame et de sa gloire.

Réformer l’ordre de l’intérieur

Alain de La Roche est né en Bretagne, à Plouër-sur-Rance en 1428. L’on ne sait rien de lui avant qu’il entre chez les dominicains de Dinan où il prend l’habit vers la fin des années 1450. Sans doute apparaît-il pieux et doué pour les études puisque ses supérieurs l’envoient au couvent de Paris afin d’y préparer un doctorat de théologie. Il soutient sa thèse au début des années 1460 sur les mérites de l’Ave Maria, sujet qui semble aller de soi pour un fils de saint Dominique.

Faut-il qu’il dérange, ce pauvre frère Alain, pour qu’on lui prête une telle escroquerie, que l’on excuse généreusement en la mettant sur le compte de sa tête un peu dérangée et de ses délires mystiques.

Mais en ce milieu du XVe siècle, l’Ordre des Prêcheurs n’est plus ce qu’il était. Il traverse une crise profonde et nombre de ses maisons se sont éloignées de la pensée de leur fondateur, au point que seules quelques communautés de l’ouest et du nord de l’Europe demeurent encore fidèles à ce qu’elles devraient être. Alain en est conscient et c’est la raison pour laquelle il quitte Paris pour Douai en 1462. Le but qu’il s’est fixé est simple : réformer son ordre de l’intérieur en s’appuyant sur les éléments restés sains, les plus pieux, et en se servant pour y parvenir de l’appui le plus efficace qui soit : la Sainte Vierge et la récitation du chapelet que, selon la Tradition, elle aurait confié à Dominique comme une arme invincible.

L’invention du Rosaire

En 1470, la Sainte Vierge lui apparaît, du moins le dit-il car certains, sans le taxer de mensonge ou d’affabulation, diront qu’il a fait passer pour des révélations divines le fruit de ses propres cogitations, leur prêtant, évidemment, un poids qu’elles n’auraient pas eu sans cela. Faut-il qu’il dérange, ce pauvre frère Alain, pour qu’on lui prête une telle escroquerie, que l’on excuse généreusement en la mettant sur le compte de sa tête un peu dérangée et de ses délires mystiques. Fou ou escroc : le choix n’est pas large ! 

L’on aura beau s’acharner à réduire sa vie et son œuvre à rien, le trésor de grâces et de mérites qu’il a constitué, ressource inépuisable de la catholicité, ne sera révélé qu’au jour du Jugement dernier.

Qu’a-t-il fait pour mériter cela ? Inviter à réciter non plus 50 Ave Maria mais 150, autant que les psaumes du Psautier, de sorte que, souvent, le rosaire remplacera l’office pour les illettrés. Ces Ave seront entrecoupés de quinze Pater et Gloria, en méditant les mystères joyeux, douloureux et glorieux de la vie du Christ et de Notre-Dame. Frère Alain fait aussi état de quinze promesses attachées à la récitation fidèle du rosaire, promettant des secours aussi bien matériels que spirituels, et l’assurance de mériter la grâce d’une bonne mort.

Bien entendu, les beaux esprits diront que cette idée relève, là encore, des délires d’un religieux un tantinet déséquilibré qui essaie de se faire une clientèle. Pourtant, rien dans la vie d’Alain ne laisse supposer que nous avons affaire à un exalté un peu fou. Sans doute a-t-il la foi du charbonnier et croit-il aux miracles, mais en quoi serait-ce folie ? Le petit livre que l’on tirera, après sa mort, de son enseignement, Livre et ordonnance de la dévote confrérie du Psautier de la glorieuse Vierge Marie, reflète une belle clarté d’esprit, tout comme, d’ailleurs, cette confrérie du Rosaire qu’il met en place, trésor de l’Ordre des Prêcheurs qui prospère toujours aux quatre coins du monde, répandant l’amour de Marie.

Son chapelet à la main

Mais, là encore, pauvre Alain, on va tout lui contester. Son rosaire ne serait pas de lui mais d’un mystérieux frère Juan de Monte, à moins qu’il l’ait emprunté à un chartreux, le frère Dominique de Prusse. C’est tout juste si on le crédite d’avoir donné une vraie structure à sa confrérie — preuve qu’il avait les pieds sur terre, quoiqu’on en dise — rendant obligatoire la tenue de registres assurant, avec la mise en commun des mérites des confrères, un « réseau de solidarités spirituelles » puissants. Le fait est que cela fonctionne et que la piété se réveille grâce à la dévotion mariale, tant dans l’Ordre qu’à l’extérieur.

Son chapelet à la main, inlassable, Alain parcourt la Flandre, les Pays-Bas, la Saxe. Il meurt le 8 septembre 1475, fête de la Nativité de Notre-Dame, à Zwolle aux Pays Bas et repose dans l’église des dominicains. L’on aura beau s’acharner à réduire sa vie et son œuvre à rien, le trésor de grâces et de mérites qu’il a constitué, ressource inépuisable de la catholicité, ne sera révélé qu’au jour du Jugement dernier et l’on pourra enfin rendre au frère Alain ce qui lui revient. Et ce sera éblouissant.

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